Jacky Fatton, la première légende du football suisse

Jacky Fatton, la première légende du football suisse

Si vous vous êtes déjà rendus au Stade de Genève, vous avez sûrement aperçu un maillot floqué Fatton n°11 en haut de la Tribune Sud. Ce maillot appartient à Jacques Fatton dit Jacky Fatton, légende du Servette FC, légende du football suisse.

Jacky naît le 19 décembre 1925 à Exincourt, un petit village français en Bourgogne-Franche-Comté. Compte tenu de l’époque, on ne sait pas quel parcours de vie à emprunter le jeune Fatton pour se retrouver au Servette FC 18 années plus tard. Il est toutefois envisageable que, puisqu’en 1943, l’atmosphère européenne n’était pas des plus conviviales et que le petit village d’Exincourt était aux mains de l’Allemagne nazie, la famille Fatton ait été amenée à rejoindre Genève, neutre et francophone.

Le petit Fatton, par son âge et par sa taille (1m66 et 18 ans), a beaucoup plu aux supporters grenats dès son arrivée. Sur le terrain, il était partout, il transcendait les foules et réchauffait les cœurs servettiens de toute classe sociale venue au Stade des Charmilles pour le voir. En dehors du terrain, c’était un personnage attachant et humble doté d’un vrai charisme.

De 1943 à 1954, Jacky joue 191 matchs en 11 ans pour Servette et inscrit plus de 185 buts. Des statistiques très impressionnantes pour l’époque qui sont à nuancer avec celles d’aujourd’hui. À l’époque, on ne jouait pas autant de matchs que de nos jours, car les compétitions européennes n’existaient pas encore, les championnats nationaux étaient plus courts et les remplacements n’étaient pas autorisés : on prenait 11 joueurs et puis c’est tout. De plus, le professionnalisme dans le monde du football est tout nouveau, seules les grandes nations du football l’ont déjà mis en place dans les années 30, ce qui n’est donc pas le cas de la Suisse. Ainsi, la plupart des footballeurs de l’époque travaillaient à côté pour gagner leur vie, jouant donc moins de matchs. Dans les années 40, on jouait 30 matchs maximum par saison tandis qu’aujourd’hui, on peut en jouer le double.

Durant ces belles années servettiennes, Jacky décroche deux championnats suisses (1945/46 et 1949/50), deux souliers d’or (1948/49 et 1949/50) et une coupe nationale (1949).

Niveau international, Fatton est appelé en sélection suisse à 53 reprises entre 1946 et 1955. Sa première sélection sera contre l’Angleterre, le 11 mai 1946, à Stamford Bridge (défaite 4-1). Cependant, il inscrit son premier but 6 mois plus tard, le 5 janvier 1947 contre le Portugal et récidive dans le même match une seconde fois (match nul 2-2).

En 1948, Jacky disputa la Coupe internationale européenne, une sorte de précurseur de l’Euro, qui a duré de 1927 à 1960 et qui opposait seulement 5 nations voisines : la Suisse, l’Italie, la Hongrie, l’Autriche et la Tchécoslovaquie. Cette compétition, créée dans les années 20, était censée rassembler les plus grandes nations footballistiques de l’époque. Les Britanniques, à leur habitude de complexe de supériorité, ne souhaitaient pas y participer. Lors de toutes les éditions, la Suisse a toujours fini lanterne rouge, largement dominée par le reste des nations. L’édition de 1948 était toutefois particulière et signa le déclin de la compétition. La compétition dura 5 années et la Guerre froide rendit difficiles les déplacements en Hongrie et Tchécoslovaquie. Le drame de la Superga, catastrophe aérienne qui décima une partie de l’effectif italien, ne facilita pas les choses. Suite à cette édition, l’UEFA fraîchement créée reprit la compétition.

Ce n’est assurément pas la compétition qui a marqué la Nati ou Jacky Fatton. En effet, c’est en 1950 que le joueur helvète va marquer les esprits. Même si la Suisse ne passe pas le 1er tour, elle va s’en sortir avec une victoire contre le Mexique et un match nul contre le Brésil, pays hôte et grand favori de la compétition. Dans ce match, notamment, Fatton inscrira un doublé devant plus de 42 000 spectateurs à Sao Paulo.

Jacky Fatton faisant la promotion de la marque Ovomaltine pour l’équipe nationale suisse

Le dernier grand fait de Jacky en équipe nationale est la Coupe du monde 1954 qui se déroule en Suisse. Dans un groupe assez relevé, la Suisse et sa vedette Fatton battent l’Italie à deux reprises (2-1 puis 4-1 en match d’appui) dont une réalisation de ce dernier, ce qui permet à la Suisse d’accéder aux quarts de finale. La Suisse échoue aux portes du dernier carré, lors du match le plus prolifique des coupes du monde, une défaite contre le voisin autrichien 7-5 dans le stade flambant neuf de la Pontaise, bien que menant par 3 buts à la 19e minute de jeu. L’aventure de Fatton en équipe nationale finit en 1955, à l’âge de 30 ans, après 29 buts en 53 sélections.

Après la Coupe du monde à la maison, Fatton signe à l’Olympique Lyonnais. En trois saisons avec les Gones, Jacky joue 98 matchs et plante 42 buts. La première saison, Fatton est élu joueur lyonnais de la saison avec 20 réalisations et 9 passes décisives qui ont permis d’éviter la relégation du club lyonnais.

En signant à l’OL, il reçoit la licence de joueur professionnel, ce qui était rare pour un footballeur suisse à l’époque.

Lors de sa dernière saison dans la capitale des Gaules, Jacky va vivre un épisode assez particulier. C’est le jour de Noël en 1956, son équipe se déplace à Paris pour affronter le Racing et l’Helvète reçoit un drôle de cadeau. Le grand espoir Gabriel Solakian, gardien de l’OL de 24 ans, se fracture violemment la jambe lors d’un contact avec un Parisien en fin de première mi-temps. Souvenez-vous en 1956, la règle du remplacement n’existe pas : c’est alors l’attaquant suisse qui doit enfiler les gants. À 10 contre 11, avec Fatton comme gardien, l’OL réalisera quand même l’exploit de gagner 2-1. Malheureusement, le jeune gardien de l’OL qui s’est fracturé la jambe ne jouera plus jamais au football.

Après trois saisons à l’OL, Fatton quitte le club pour des raisons financières. Le joueur revient alors au Servette pour y finir sa carrière. De 1957 à 1963, Fatton joue encore 109 matchs pour 90 buts. Il décroche le championnat pour la saison 1960/61 et 1961/62 où il finit également meilleur buteur de la compétition. Il participe aussi à la toute nouvelle Coupe des clubs champions européens, créée en 1955. À deux reprises, exactement, puisque la compétition était réservée aux champions de toutes les ligues nationales européennes. La première édition que dispute Jacky est en 1961/62, le club grenat atteindra les ⅛ de finale avant d’échouer contre le Dukla Prague. La seconde et dernière fois est l’édition 1962/63, où Servette ne passera pas le 1er tour au terme d’une triple confrontation très riche en suspens contre le Feyenoord Rotterdam.

Depuis la gauche: Vonlanthen, Rahis, Heuri, Schneider, Schaller, Maffiolo, Trainer Leduc, Fatton, Makay, Bosson, Pazmandy, Desbaillet, Farner, Mocellin, Kaiserauer

Finalement, Fatton raccroche les crampons à 38 ans après 17 ans au Servette FC. Dans sa carrière, il aura disputé 397 matchs pour 317 buts, redoutable finisseur, il fut le tout premier serial buteur suisse. Il reste à notre jour le meilleur buteur du club grenat.

Depuis la fin de sa carrière, Fatton est resté un fervent supporter grenat. Le plus souvent possible, on le retrouvait dans les travées du Stade des Charmilles ou celles de la Praille accompagné de son épouse à suivre les bons et mauvais moments du club grenat. Malheureusement, c’est à l’âge de 85 ans, en 2011, que notre cher Jacky nous quitta, laissant derrière lui son histoire. Alors, la prochaine fois que votre cœur vous mène à un match du Servette FC, regardez en direction de la Tribune sud et racontez à la personne qui vous a tendrement accompagné qui est Jacques dit “Jacky” Fatton, légende du Servette FC, légende du football suisse.

➡️ Retrouvez le dernier article rétro sur Alex Frei

Alexander Frei, meilleur Suisse de l’histoire ?

Alexander Frei, meilleur Suisse de l’histoire ?

Qui est pour vous le meilleur joueur suisse de tous les temps ? Les plus vieux répondront Stéphane Chapuisat, les plus jeunes citeront Xherdan Shaqiri, mais Alexander Frei fait incontestablement partie des plus grands joueurs suisse de l’histoire, voire le plus grand. Résumé de la carrière hors-norme de notre cher Alex national.

Débuts juvéniles

Tout a commencé le 15 juillet 1979, dans la ville de Bâle. Bien qu’étant né en Suisse alémanique, le petit Alexander grandit en Romandie. Fan de l’AC Milan des années 80, Frei était admiratif du néerlandais Marco van Basten. À 9 ans, il repart au FC Aesh, à Bâle-Campagne, où il évolue jusqu’à ses 16 ans. Lors de la saison 1994-1995, le jeune Rhénan performe à tel point qu’il se fait remarquer par les recruteurs du néo-promu de Ligue Nationale A, le FC Bâle.

Débuts pro au FC Bâle

Saison 1997/98, le club bâlois décide après une saison moyenne de faire monter deux jeunes du centre de formation en équipe première. Parmi ces deux jeunes, se trouvait Alexander Frei. Le 26 juillet 1997, Alexander Frei fait ses débuts en Ligue Nationale A contre le FC Zürich à la 87’ (0-0). Il va ensuite enchaîner 8 matchs à la suite. Mais suite à de mauvais résultats, l’entraîneur se fait licencier. L’adjoint du précédent ne croit pas en Alex Frei et le relègue sur le banc sur 6 des 8 matchs. La situation empire lorsque le 1er janvier, le nouvel entraîneur Guy Mathez prend les rênes du club. Alex ne va disputer que 16 petites minutes sur 14 matchs.

Bref passage au FC Thoune

Le Suisse doit alors se résigner à quitter le club rhénan libre lors du mercato estival. Il signe alors au FC Thoune pour la saison 1998/1999 en Ligue Nationale B. Ce n’est guère mieux, il ne va jouer que 4 matchs sur l’ensemble de la saison pour quand même 2 buts inscrits.

Emergence à Lucerne

À l’aube des années 2000, Frei, du haut de ses 20 ans, n’a pas encore explosé et ses deux dernières saisons sont plus que moyennes mais l’espoir demeure. Lors de la saison 1999/2000, les dirigeants du FC Lucerne engagent l’Helvète. Titulaire indiscutable, il dispute 32 matchs sur les 36 possibles avec le club. Le Rhénan va planter 13 buts dont une quasi-série où il marque lors de 8 matchs consécutifs. Lors de la saison 2000/2001, le Suisse est en confiance et il commence en trombe. Il marque 5 buts en première moitié de saison avec Lucerne.

Révélation au Servette FC

En janvier 2001, aux abords du Lac de Genève, l’attaquant suisse attire un certain technicien : Lucien Favre, entraîneur du Servette FC. Un échange Alexandre Rey – Alexander Frei s’envisage (niveau administratif ça doit bien arranger aussi il n’y a qu’à changer trois lettres). Malgré les intérêts du leader Lugano et du tenant du titre Saint-Gall, c’est le club genevois qui rafle la mise.

Le bâlois dispute son premier match sous les couleurs grenats le 25 février 2001 contre son club formateur. Sans demi-mesure, il marque et délivre une passe décisive. Servette bat le FC Bâle 3-0.

Le score fait très vite le tour de la presse suisse, et la nouvelle recrue genevoise est vue comme l’homme du match. Le buteur servettien récidive de 5 autres buts le reste de la saison dont un magnifique doublé lors du derby contre le Lausanne-Sport. En Coupe, il marque en demi-finale le seul but de la rencontre contre Saint-Gall et il clôture la marque en finale contre Yverdon-Sport (3-0) gagnant ainsi le premier titre de sa jeune carrière.

En sélection, l’attaquant servettien impressionne le sélectionneur suisse de l’époque l’Argentin Enzo Trossero, qui le sélectionne pour les éliminatoires de la Coupe du monde 2002 organisée par le Japon et la Corée du Sud. Le 24 mars 2001, Alexander Frei fait ses premières foulées sous la tunique de la Nati contre la Yougoslavie, le match finira par un match nul 1-1. Quatre jours plus tard, l’attaquant helvète est titulaire contre le Luxembourg et claque un triplé. Cette saison est bien celle de la révélation.

Saison 2001/2002, nouvelle saison mêmes standards, l’attaquant ravi les supporters grenats. Véritable bourreau des formations suisses, Frei plante 18 buts en 33 matchs. Le 13 avril 2002, il inscrit même un quadruplé contre la formation sédunoise. Virtuose.

Cette saison est celle de l’épopée européenne pour Servette déjà racontée dans un article précédent : L’épopée européenne de 2001-2002

Le n°11 servettien clôture son aventure avec le club grenat par un exercice 2002/2003 avec 13 buts en 19 matchs en championnat. Un soir de décembre 2002 contre les Young Boys (4-4), Alexander Frei, à l’âge de 23 ans, dispute son dernier match avec le Servette FC. Ce soir-là, nous avons perdu deux monuments : Alexander Frei et le Stade des Charmilles.

En France: Stade Rennais

En hiver 2003, le club grenat reçoit une offre qu’il ne peut pas refuser : 1,5M € pour l’attaquant rhénan. Les débuts du buteur suisse en Ligue 1 sont plus que mauvais. Sur 15 matchs lors de la saison 2002/2003, il ne marque que deux petits buts. En fin de saison, il sera mis à l’écart par son coach ne croyant plus en lui. Dès novembre 2003, il reprend sa place de titulaire. Frei enchaîne alors les buts dont un mémorable quadruplé contre l’OM de Fabien Barthez qui permet à son équipe de s’imposer 4-3. Il finit l’exercice 2003/2004 avec 20 buts en 28 matchs, second meilleur buteur de Ligue 1 derrière un certain Djibril Cissé.

À l’Euro 2004, Alexander Frei, après un match moyen contre l’Angleterre, est suspendu pour le reste de la compétition suite à un crachat à l’encontre de Steven Gerrard lors du match contre l’Angleterre.

Sa saison 2004/2005, continue sur la lancée de celle d’avant. Alex Frei va planter 20 buts et 2 passes décisives en 36 matchs ce qui va lui permettre cette fois-ci de finir en tête du classement des buteurs de la Ligue 1 et dans l’équipe-type du championnat.

L’histoire Alexander Frei et le Stade Rennais prend fin lors de l’exercice 2005/2006. Une saison en demi-teinte, car malgré un bon début de saison, le buteur helvète va contracter une pubalgie qui va durer toute la seconde partie de saison. Mais l’international suisse se remet sur pied juste avant la Coupe du monde 2006.

Dans le groupe de la France, du Togo et de la Corée du Sud, la Nati va mener un véritable récital, finissant première du groupe avec 2 victoires et un match nul et 2 réalisations de notre Alex national. Malheureusement, même si l’équipe n’a pas concédé de buts de toute la compétition grâce à un Zuberbühler aux mains d’or, la Nati sort en ⅛ de finale aux tirs au but sans en transformer un seul contre l’Ukraine.

En Allemagne: Dortmund

En Allemagne, le Rhénan a tapé dans l’œil et durant le mercato estival, Dortmund sort le chéquier et signe l’Helvète pour 4,1M €. Le Suisse ne va pas décevoir : 17 buts et 6 passes décisives en 34 matchs. Le Bâlois va même claquer un doublé et une passe décisive contre l’ogre bavarois et permettre la victoire 3-2 des siens. Il finit second meilleur buteur de Bundesliga derrière Theofanis Gekas.

Toutefois, la saison 2007/2008 d’Alex Frei va être accompagnée de problèmes à la hanche et une grosse blessure musculaire qui va l’écarter des terrains jusqu’en février 2008. Il va quand même être promu au rang de capitaine pour la fin de saison et en 15 matchs de Bundesliga, il va planter 6 buts et 5 passes décisives.

Tout s’annonçait bien pour l’Euro 2008, le capitaine et l’idole du pays joue à domicile chez lui. Le 7 juin 2008, à Bâle, c’est le match d’ouverture Suisse-République Tchèque. Frei brille, mais ne trouve pas le chemin des filets. À la 42e, Barnetta prolonge pour son capitaine, le ballon lui vient trop en arrière, Grygera lui rentre dedans, le genou tourne. L’attaquant suisse vient de subir un début de rupture du ligament intra articulaire du genou. Il doit sortir. Suite à ça, la Suisse fera un parcours désastreux où la victoire contre le Portugal 2-0 ne sera qu’anecdotique.

Frei revient de blessure en mi-septembre 2008. Un nouveau coach à la tête du Dortmund: Jurgen Klopp. Il revient en bonne forme puisqu’à son retour, lors du Derby de la Ruhr, Alex rentre en jeu à la mi-temps et permet à son équipe de revenir de 3-0 à 3-3 grâce à deux buts et une passe décisive. Lors de cette saison 2008/2009, il va enregistrer 12 buts et 9 passes décisives en 29 matchs. Mais en fin de saison, le joueur âgé de 30 ans cherche désormais un retour à la maison.

Le retour au sources au FC Bâle

Le 18 juillet 2009, le FC Bâle annonce la venue d’Alexander Frei pour la somme de 4,25M€. En championnat, Frei finit l’exercice avec 15 buts et 11 passes décisives en 19 matchs. Il manque une grande partie du second tour à cause d’une fracture au bras. Il revient juste à temps pour la finale de la Coupe de Suisse face au Lausanne-Sport. Victoire 6-0, l’attaquant helvète décroche ainsi son deuxième titre. Et quelques semaines plus tard, il remporte la Super League pour la première fois.

Côté sélection, la Suisse se qualifie pour la Coupe du monde 2010. Absent au premier match, il est présent contre le Chili, comme à l’Euro 2008 contre la République Tchèque, il sort sur blessure à la 42e et son équipe perd 1-0. Il revient contre l’Honduras en rentrant à la 70e, mais n’arrive pas à débloquer le score (0-0).

La perspective de l’année 2010/2011 a l’air bonne. En Super League, il réalise alors sa meilleure saison : 27 buts et 10 passes décisives en 35 matchs. Le club remporte à nouveau le championnat et Frei est élu meilleur joueur de la compétition en plus d’être le meilleur buteur.

Avec la Suisse, Frei voit son rôle petit à petit diminuer sous Ottmar Hitzfeld. Il disputera encore un match de qualifications contre la Bulgarie en mars 2011 avant qu’il ne décide de quitter la sélection suisse à cause des sifflets qu’il reçoit depuis plus d’un an. C’est donc la fin de son aventure helvétique. Frei et la Suisse, c’est fini. Il aura marqué 42 buts et fait 8 passes décisives en 84 matchs ce qui fait de lui le meilleur buteur de l’histoire de la sélection suisse.

Saison 2011/2012, le Bâlois est comme un bon vin : plus il est vieux, plus il est bon. Il marque 33 buts et 14 passes décisives en 44 matchs. En Super League, comme la saison dernière, il finit meilleur buteur et remporte le championnat. En Coupe de Suisse, il remporte aussi le titre en étant décisif à chaque tour (4 buts et 2 passes décisives en 5 matchs).

En Ligue des Champions, Bâle tombe dans le groupe du Manchester United. Lors de la double confrontation, Frei va performer à son plus haut niveau en inscrivant un doublé à Old Trafford alors que Bâle était mené 2-1. Au match retour, Streller et Frei donnent une véritable leçon à la défense Ferdinand-Vidic en inscrivant chacun un but, victoire 2-1. Le FC Bâle se qualifie en ⅛ de finale de la Ligue des Champions avant d’échouer contre le rouleau compresseur bavarois.

Je vous laisse apprécier ce but de Frei à la 83e qui décrit parfaitement son rôle. Un véritable renard des surfaces. Sur le centre de Shaqiri, il est caché derrière Rio Ferdinand. Ce dernier se croyant seul, laisse rebondir le ballon. Grosse erreur, Frei n’attendait que ça et se jette dessus pour crucifier un De Gea impuissant.

La saison 2012/2013 serait la dernière pour Alexander Frei. Du haut de ses 33 ans, il sent son corps faiblir et préfère arrêter au meilleur de sa forme. Son ancien coéquipier Murat Yakin, devenant le nouvel entraîneur, relègue Frei sur le banc petit à petit. En 18 petits matchs de Super League, il marque 7 buts et délivre 4 passes décisives. Le Bâlois enchaîne avec son club son 4e championnat d’affilée. Le 14 avril 2013 marque la fin de la carrière du légendaire Suisse. Contre Lucerne, il clôt son aventure en inscrivant un magnifique coup-franc avant de céder sa place à Marco Streller à la 64e sous une standing ovation.

Alexander Frei, c’est 262 buts et 76 passes décisives en 511 matchs. Alexander Frei, ce sont 4x Super League, 3x Coupe de Suisse, 3x Soulier d’or (2x Suisse, 1x France), élu 3x Meilleur suisse de la saison. Depuis, l’Helvète s’est converti dans une carrière en dehors des terrains. D’abord Directeur sportif à Lucerne, puis entraîneur chez les jeunes de Bâle, il est désormais coach du FC Wil 1900, club de Challenge League.

À l’image de la Suisse, Alexander Frei incarne la simplicité, la justesse, le calme et la rigueur. Il a réussi à re développer l’image du pays à l’international et à inspirer de nombreux jeunes Suisses des années 2000.

Rétro : Retour sur l’année 2020 du Servette FC Chênois Féminin

Rétro : Retour sur l’année 2020 du Servette FC Chênois Féminin

Plus que quelques heures avant la fin de l’année 2020 : après les garçons, c’est au tour des filles d’être à l’honneur de notre rétrospective façon Twitter, où malgré une saison 2019-2020 annulée, l’année civile aura été tout de même passionnante !

Voilà, le chapitre 2020 appartient au passé. La rédaction de Servettiens.ch vous remercie pour votre fidélité durant cette année compliquée et vous donne rendez-vous en 2021 !

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Rétro : Retour sur l’année 2020 du Servette FC

Rétro : Retour sur l’année 2020 du Servette FC

L’année 2020 a rimé bien évidemment avec COVID ou Coronavirus (appelez ce virus comme vous le voulez) mais aussi avec les 130 ans du Servette FC ! Une année bien particulière pour le club grenat qui va être retracée ci-dessous dans une forme inédite.

C’est ainsi que se conclut cette rétrospective sauce digitale de l’année 2020 du Servette.

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Sonny Anderson, de Servette au FC Barcelone.

Sonny Anderson, de Servette au FC Barcelone.

Du Servette FC au Barça, en passant par Marseille, Monaco et Lyon : qui prédisait cet avenir à ce petit gaillard tout souriant ? Voici l’histoire du brésilien Anderson Da Silva, ou plutôt Sonny Anderson, une histoire qui en fera rêver plus d’un.

Rivaldo, Neymar, Ronaldinho, Ronaldo et Romario, pour ne citer qu’eux, sont tous grandement talentueux, mais qu’ont-ils en commun ? Ils ont rayonné au Brésil avant de venir exhiber tout leur talent en Europe et principalement au FC Barcelone. Ce n’est pourtant pas du tout le cas pour notre très cher Sonny Anderson. Arrivé dans l’anonymat en Europe en 1992, il a posé tout d’abord ses valises au Servette FC.

Un inconnu au bout du lac

Son histoire a tout du conte de fées : il arrive en terres genevoises à 21 ans pour effectuer un essai mais ce n’est pas lui qu’on attendait. En effet, le joueur attendu en question a fait faux bond à son agent et pour le remplacer, l’agent décida de venir avec Sonny.

Totalement inconnu des dirigeants genevois, il effectua son premier essai lors d’un match amical opposant le club Grenat à l’AS Monaco d’Arsène Wenger. Une équipe qui d’ailleurs avait son petit lot de pépites, avec par exemple Emmanuel Petit, Youri Djorkaeff et George Weah.

Suite à ces essais, le président du Servette FC de l’époque, Paul-Annick Weiler, se prit de sympathie pour le joueur. « C’était un grand monsieur. Comme un père, déclarait Sonny Anderson à la presse1. Il me protégeait. Il veillait à ce que les gens ne profitent pas de moi. J’ai toujours eu une confiance totale en lui ». Il décida de garder Sonny dans son effectif.

Les Brésiliens ensorceleurs

(Sonny Anderson à gauche, José Sinval au centre et Renato Canil à droite)
(Sonny Anderson à gauche, José Sinval au centre et Renato Canil à droite)

Avait-il décelé l’immense talent du joueur ou avait-il été juste conquis par son sourire lumineux ? Un peu des deux, Weiler était un excellent homme d’affaire et dans ce domaine comme dans le foot, il faut avoir le nez creux.

Sonny Anderson ne lui a en tout cas pas fait regretter son choix. En effet, pour sa première saison au club en 1992-1993, il marqua pas moins de 20 buts en championnat. Accompagné de Renato Canil (10 buts), un autre Brésilien arrivé en même temps que lui, et de l’inoubliable José Sinval (5 buts), Servette avait là une belle brochette de Brésiliens. Avec Oliver Neuville (ex-international allemand, finaliste de la Coupe du Monde 2002) en soutien, l’attaque Servettienne avait fière allure. Sur les 48 buts marqués en championnat cette saison, 35 venaient des trois brésiliens.

Fait notable lors de cette saison : le match contre le FC Sion, lorsque Servette infligea 5 buts à la défense sédunoise, aux Charmilles. Un match que n’oubliera sûrement pas Alain Geiger, jouant à cette époque chez les valaisans. Sonny Anderson et José Sinval ont signé un doublé chacun permettant aux Genevois de gagner le match 5 buts à 2.

Servette finira la saison à la troisième place du classement et Sonny Anderson commence à voir arriver ses premiers courtisans.

Une adaptation express

Car un Brésilien avec du talent, ça se remarque. Pré-saison 93-94, lors du match amical entre le Servette FC et l’Olympique de Marseille le 14 juillet 1993, tous les spectateurs présents ont pu constater la hauteur du talent de notre cher Sonny, avec un but et une victoire 3-2 pour le club Grenat.

(Sonny Anderson face aux Girondins de Bordeaux de Zinédine Zidane)

Par la suite, il éclabousse le championnat par son talent. Il marque 11 buts en 18 matchs jusqu’à la mi-saison et fait rêver les supporters Grenats. On n’oublie pas aussi son match en Coupe UEFA face aux Girondins de Bordeaux avec nul autre que Zinédine Zidane, où il marque le seul but pour les Servettiens après un rush incroyable.

Le président-député-ministre de l’Olympique de Marseille, Bernard Tapie, ayant dû se séparer de la plupart de ses joueurs offensifs suite aux scandales de cette année-là, décide de lui mettre le grapin dessus. Weiler négocie intelligemment un départ en prêt et accepte de laisser filer son meilleur buteur.

Les Grenats arriveront à tenir la cadence sans leur brésilien fétiche et finiront champions cette saison-là. Il faut dire qu’Oliver Neuville palliera parfaitement à son absence, en terme de buts en tout cas, terminant la saison avec 16 buts marqués en championnat.

Mais revenons sur Sonny Anderson et son arrivée dans le sud de la France. Ayant déjà étonné par sa facilité d’adaptation en Suisse car comme nous le savons, tous les sud-américains peinent à s’habituer aux conditions hivernales de l’Europe, il surprend encore lorsqu’il change de niveau car il ne faut pas se mentir, passer de LNA à la Divison 1 (Ligue 1 de l’époque) n’est pas chose aisée. Mais notre brésilien ne s’en soucie guère et dès son premier match face au FC Martigues, il claque son premier but.

Il finira sa saison avec 16 buts en 20 matchs de Ligue 1, portant son total à 27 buts en 38 matchs dans les deux championnats et en finissant pas loin des meilleurs buteurs de la saison en France,  aux côtés de Youri Djorkaeff (AS Monaco), Roger Boli (RC Lens) et Nicolas Ouédec (FC Nantes) finissant eux aussi meilleurs buteurs avec 20 buts. Il aide le club à atteindre la 2ème place du classement derrière le Paris Saint-Germain, mais Marseille sera victime de ses scandales et sera rétrogradé en 2ème Division.

La vie sur le Rocher

Durant l’été 1994, Anderson Da Silva, de son vrai nom, revient au Servette, qui vient d’être couronné champion de Suisse. Notre cher président de l’époque lui offre alors un bon de sortie. Ce sera l’AS Monaco qui remporte les enchères en achetant le brésilien pour 32 millions de francs français (ce qui ferait aujourd’hui 5 millions de francs suisses). Weiler en profite pour insérer une clause dans le transfert, une clause connue de tout bon joueur de Football Manager, qui permettrait au club de toucher 45% sur une plus-value en cas de futur transfert. Une clause gagnante en cas d’explosion du joueur, mais aussi une clause qui, à l’avenir, l’empêchera de jouer pour un certain club Rouge et Bleu mais on y reviendra plus tard.

Le top 5 et flop 5 de la (petite) colonie brésilienne de l'AS ...

Pour sa première saison sur le Rocher, il ne joue que 23 matchs en championnat, en raison d’une blessure mais plante 11 buts pour une première saison honorable avec une 6ème place au classement pour le club. C’est lors de la saison 95-96 que Sonny Anderson se distingue, avec 21 buts en championnat, il finit meilleur buteur de Ligue 1 et lors de la saison suivante, permet au club de devenir champion de France grâce à ses 19 pions.

Elu aussi meilleur joueur de la saison, il ne tarit pas d’éloges par rapport à cette époque-là : « On était amis, dit-il au sujet de ses coéquipiers2. On avait un groupe exceptionnel. Barthez, Dumas, Scifo, Benarbia, Ikpeba, Henry, Djetou… on est liés, solides sur le terrain. On est champions à quatre journées de la fin. »

C’est donc après cette saison-là que beaucoup de clubs viennent taper à sa porte. Beaucoup de clubs souhaitent attirer le buteur brésilien dans ses rangs, dont le Paris Saint-Germain à l’époque. Le club Rouge et Bleu souhaitant renforcer son effectif après une défaite en finale de la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupes (C2) face au FC Barcelone, mais l’AS Monaco se refuse de leur vendre son joyau.

Pourquoi ? Tout d’abord le souhait de ne pas renforcer la concurrence, mais pas que car Servette avait brillamment négocié le transfert de son Brésilien en y insérant la fameuse clause des 45% sur la plus-value. Ce qui ferait donc presque la moitié de la plus-value dans les poches de l’actionnaire majoritaire du club Grenat, à savoir Canal+ et qui était propriétaire du Paris Saint-Germain à l’époque ? Canal+.

Le PSG n’aura donc ni Sonny Anderson, ni Ronaldo, au Barça à l’époque, qui était en contact avec Michel Denisot pour un hypothétique transfert mais R9 quittera bel et bien le FC Barcelone pour rejoindre l’Inter Milan et les Blaugranas se penchent alors sur Sonny pour le remplacer.

D’inconnu à international

100 millions de francs français. Voici le prix du transfert de Sonny Anderson au FC Barcelone. Avec la clause de plus-value, 30 millions de francs rentrèrent directement dans les caisses du Servette FC.

Malgré une première année compliquée pour lui sur le plan sportif, Van Gaal ne lui faisant pas pleinement confiance, il enquille quand même 10 buts en 23 matchs. La saison suivante, l’entraineur recrute Patrick Kluivert, preuve de sa non confiance à l’attaquant Brésilien. Il déclarera plus tard n’avoir jamais eu réellement sa chance. « Ce n’est pas contre Patrick (Kluivert), mais vu le discours du coach, même si j’avais été en pleine forme et lui non, je n’aurais pas joué »2.

Au final il n’aura jamais réellement sa chance en catalogne. Il décida donc de partir à la fin de saison. Un passage court dans l’un des plus grands clubs au monde certes, mais les supporter en gardent encore un bon souvenir. Au final il claqua 22 buts en 72 matchs toutes compétitions confondues (dont 16 buts en 47 matchs de championnat).

Ce sera Jean-Michel Aulas qui ira le chercher. Il ne dépense pas loin de 120 millions de francs français pour s’attacher les services du brésilien. L’Olympique Lyonnais fait donc un gros coup dans le marché des transferts en s’attachant un joueur international de 28 ans. Le club à l’époque ne compte que des Coupes de France à son palmarès et compte sur son nouvel attaquant pour changer la donne.

Et le joueur ne va pas le décevoir ! Pour sa première saison en 1999-2000, il amène Lyon jusqu’à la 3ème place au classement  avec 23 buts en championnat et finit meilleur buteur. En 2000-2001, il est encore le meilleur avec 22 buts, et obtient une deuxième place au classement pour l’OL ainsi que la Coupe de la Ligue.

Pour sa troisième saison au club, il ne marque « que » 14 buts, mais aide les Lyonnais à conquérir quelque chose de beaucoup plus important : Leur premier titre en championnat, en 2002. Une expérience merveilleuse pour lui :

« Aujourd’hui partout où on parle de moi, on parle de moi comme d’un Lyonnais, declara-t’il3. Et c’est normal ! J’ai passé quatre ans au club [..] A Lyon, on a construit quelque chose ensemble, on a gagné ce premier titre. »

Le premier titre d’une longue série pour le club. Sonny Anderson effectue encore une saison au club Lyonnais, ponctuée de 12 buts en 24 matchs et de son 3ème titre en tant que champion de France (1 avec Monaco et 2 avec OL) puis s’envole pour Villareal et retrouver la Liga.

Fin de carrière professionnelle et après carrière.

Il reste un peu plus d’une saison à Villareal, le temps de marquer 24 buts en 59 matchs et d’aider le club à atteindre les demies-finales de la Coupe de l’UEFA, où il finira meilleur buteur de la compétition avec 7 buts. Puis il prend la direction du Qatar pour deux saisons, jusqu’en 2006 et il mettra un terme à sa carrière professionnelle lors de son jubilé à Gerland.

Il est ensuite embauché par l’OL pour être l’entraineur des attaquants de l’équipe. Il reste à ce poste jusqu’en 2011 avant de faire un (très) court passage en Suisse à Xamax. Depuis il est devenu consultant TV, sur la chaine BeIN Sports.

De Servette où il n’était pas celui attendu jusqu’aux plus grands clubs européens, Sonny Anderson nous aura toujours surpris. Elle est si loin l’époque où nous avons eu cette pépite au club Grenat, à quand la prochaine ?

(1Article Le Temps de Giuseppe Costa publié le mercredi 9 février 2000)

(2Article SoFoot de Flavien Bories publié le 7 mai 2017)

(3Article Café du commerce publié le 18 juin 2019)

L’épopée européenne de 2001-2002

L’épopée européenne de 2001-2002

Nous sommes en septembre 2001 : Servette a entamé sa saison avec 4 victoires, 3 nuls ainsi que 3 défaites et s’apprête à débuter une nouvelle campagne en Coupe UEFA, obtenue grâce à la victoire en Coupe la saison dernière. Les Grenat, emmenés par l’actuel coach du Borussia Dortmund Lucien Favre, est composée d’anciens qui ont connu le titre de 99 (Pédat, Fournier, Lonfat et Wolf) et de jeunes espoirs qui deviendront des noms par la suite au sein de la Nati (Frei et Senderos). On pourrait citer Hilton ou Oruma comme autres joueurs fameux mais il y en avait tellement au sein de cet effectif qui voulait faire mieux que la cinquième place de l’an dernier.

Exemptés de tour préliminaire, Servette commence son premier tour face au Slavia Prague, vice-champion tchèque qui vient d’être reversé en C3 suite à leur élimination au troisième tour qualificatif contre la Panathinaïkos. Les Sešívaní, qui signifient  »les cousus », comptent dans leurs rangs des joueurs comme Jan Suchoparek et Pavel Novotny, finalistes de l’Euro 1996 cinq ans auparavant. Le match aller a lieu quelques jours après les événements du 11 septembre, plus précisément le 20 au Stade des Charmilles. Durant une rencontre ou les occasions viennent de part et d’autre, c’est Wilson Oruma qui délivre tout le stade à un quart d’heure du terme pour permettre aux servettiens de s’imposer sur la plus petite des marges.

Le match retour a lieu une semaine plus tard au Stade Evzena Rosickeho devant une affluence digne des plus belles de la Pontaise (3000 spectateurs). Servette veut directement se mettre à l’abri et c’est ce que fait l’équipe genevoise, qui jouait en bleu ce soir-là, juste avant la quinzième minute de jeu par l’inévitable Wilson Oruma. Le champion olympique 1996 reprend du gauche à l’entrée des seize mètres pour ouvrir la marque et place son équipe sur orbite. Malgré un poteau trouvé par Dill, c’est le Slavia qui va égaliser à la 89e par Petrous, après avoir touché aussi les montants. Le score ne bougera plus et c’est donc le SFC qui se qualifie logiquement.

Le tirage au sort du deuxième tour offre un sympathique déplacement dans la capitale de l’Aragon Saragosse. Le Real Zaragoza s’est sauvé de justesse en Liga la saison dernière (17e et premier non-relégué) mais a remporté la Coupe du Roi en disposant du Celta Vigo en finale (3-1) pour pouvoir disputer la C3, durant laquelle ils ont éliminé Silkeborg sur le score de 5-1 dans les deux confrontations. Pourtant, les Blanquillos restaient sur une belle 4e place en 2000 devant le Real Madrid mais grâce à leur victoire en Champions League, la Maison Blanche leur ravira la dernière place qualificative en C1, mais revenons à notre rencontre du 18 octobre 2001.

Dans une Romareda à moitié garnie (18’000 spectateurs), c’est Servette qui entame de la meilleure des façons la rencontre avec un premier pétard d’Oruma (encore lui) dévié sur le poteau. Servette est clairement la meilleure équipe sur le terrain et mériterait d’ouvrir la marque. On pense que cela va intervenir à la 51ème minute de jeu lorsque Alex Frei allume Lainez qui relâche le ballon entre ses jambes et qui roule lentement ver mais malheureusement Esquerdinha dégage le ballon juste sur la ligne. Du côté espagnol, on ne montre rien du tout mais les coéquipiers de Yordi auront la plus grosse opportunité de la partie. Sur un centre de ce même Esquerdinha, Galletti remet pour Juanele qui n’a plus qu’à la pousser dedans mais heureusement pour les genevois ce dernier loupe l’immanquable. Score nul et vierge au final, tout se jouera le 1er novembre.

Dans un Stade des Charmilles comble, on assiste à un match équilibré ou chaque équipe a ses occasions mais n’arrive pas à inquiéter réellement les portiers Pédat et Juanmi. Les Servettiens perdent Sébastien Fournier sur blessure et qui aurait pu être expulsé mais Monsieur l’arbitre en décida autrement. On se dirige gentiment vers une prolongation lorsque Goran Obradovic, sur une contre-attaque, sert ce diable de Wilson Oruma qui se joue de Pablo pour ajuster Juanmi et faire exploser les Charmilles à la 87e minute. Servette sera au rendez-vous des seizièmes tandis que le Real Saragosse terminera lanterne rouge de Liga en fin de saison.

C’est le Hertha Berlin qui se dresse sur la route de Servette en seizièmes. Le club de la capitale a terminé cinquième de la dernière édition de Bundesliga en ratant de peu la qualification en C1. Ils se sont débarassés aisément de Westerlo et du Viking Stavanger par le même score sur les deux confrontations, à savoir 3-0. C’est donc le 22 novembre que le match aller a lieu aux Charmilles entre un Servette qui vient de s’incliner dans le derby du Rhône et un Hertha privé de son portier au jogging Kiraly, que vous avez pu voir lors de l’Euro 2016, et Sebastian Deisler. Au terme d’un match qui aurait pu basculé d’un côté comme de l’autre, le score de 0-0 laisse tout ouvert pour le match retour le 6 décembre à l’Olympiastadion.

C’est donc un Servette FC qui vient d’assurer sa qualification pour le tour final qui se présente sur le pré face à un Hertha Berlin qui reste sur dix matchs sans défaite, notamment le dernier ou les hommes de Jürgen Röber se sont imposés face au Bayern devant 52’000 personnes. Malheureusement, seuls 10’000 personnes ont bravé le froid pour cette rencontre qui voit le Hertha se porter à l’assaut du but de Pédat qui montre qu’il est présent.

Servette est au niveau de son adversaire et va profiter de sa première offensive pour ouvrir le score par l’increvable Vitorino Hilton (43 ans et toujours en activité à l’heure ou j’écris ces lignes !) bien servi sur coup franc par Oscar Londono. Malgré l’expulsion de van Burik, les berlinois assiègent toujours le but adverse mais Eric Pédat dégoûte Marcelinho et ses coéquipiers pour permettre aux Grenat d’être devant à la pause.

Les servettiens vont faire le trou juste après le retour après un contre mené par Londono qui transmet le ballon à Obradovic. Le numéro 10 trouve Alexander Frei qui ne se pose pas de questions. Le coup de grâce sera donné par ce même Obradovic qui reprend victorieusement de la tête un coup franc de  »Piquet » qui s’était écrasé sur la barre et plus rien ne bougera. Le Servette FC vient très certainement de réaliser le plus grand exploit européen de son histoire (Fournier avouera plus tard avoir estimé à 20% les chances de qualification avant le match retour) en éliminant une équipe avec un budget huit fois supérieur au sien. Pour la première fois depuis onze ans, un club suisse sera au rendez-vous printanier des Coupes d’Europe !

Toutefois, le tirage au sort ne fut pas le plus clément pour les Grenat, qui héritèrent du FC Valence qui est à ce moment-là une redoutable équipe sur la scène nationale et continentale. En effet, les hommes de Rafael Benitez restent sur deux finales consécutives de Champions League perdues face au Real et au Bayern et malgré une qualification ratée pour la C1, se bat pour un titre de champion qui le fuit depuis 30 ans et qu’il obtiendront en fin de saison.

Néanmoins, malgré deux qualifications aisées lors de deux premiers tours face au Tchernomorets puis au Legia Varsovie, les Blanquinegros ont été obligés de passer par les tirs au but contre le Celtic, laissant penser qu’un autre exploit des genevois est possible. Malheureusement, la manche aller le 19 février 2002 à Mestalla tournera largement en faveur des coéquipiers de David Albelda qui s’imposent 3-0 grâce à un CSC d’Hilton ainsi que des buts de Pablo Aimar et Salva. Les hommes de Lucien Favre pourront ruminer deux grosses occasions ratées qui auraient pu mettre l’équipe dans une meilleure posture avant le match retour.

Avant ce match retour, les joueurs veulent terminer sur une bonne note mais aucun d’eux n’évoque un improbable exploit. Croyaient-ils vraiment au fond d’eux-même ? Si c’est le cas, leurs espoirs vont vite être douchés par Sanchez dans le premier quart d’heure. Servette pousse face à une équipe valencienne remaniée mais ne trouve pas la faille jusqu’à la 37e minute par Robert. On se dirige vers un score de parité lorsque Angulo ajuste Pédat et glace le 9018 spectateurs présents au Charmilles.

Alex Frei évitera une nouvelle défaite face aux Espagnols en égalisant à la 67e pour établir le score final à 2-2, avec un score cumulé de 2-5 qui qualifie les coéquipiers de Canizares pour les quarts ou ils seront battus par l’Inter mais remportera la Coupe UEFA en 2004 avec le championnat par la même occasion. De son côté, le Servette FC gagnera le droit de re-disputer la Coupe UEFA en finissant 4e de LNA. Ils élimineront le Spartak Erevan avant de tomber face à l’Amica Wronki au 1er tour. C’est d’ailleurs la dernière fois que le club aux 17 titres atteindra le tour principal d’une compétition européenne.

Si vous souhaitez en apprendre plus sur cette épopée :

http://www.super-servette.ch/europa_uefacup_FR.htm

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