Les joueurs viennent puis partent, les présidents changent, les stades se détruisent et se construisent, mais les supporters eux sont toujours là. Voici une idée bien encrée dans nos têtes. Mais est-ce vraiment le cas ? Enquête sur l’affluence du club du bout du lac au travers des époques.

Le Servette Football Club (et non le Servette de Genève, n’en déplaise à quelques collègues de Teleclub Sport) est un club très populaire, tant à Genève qu’à travers la Suisse. Beaucoup sont ceux nostalgiques de l’époque du Stade des Charmilles et beaucoup sont ceux aujourd’hui à se plaindre du peu de supporters présents au Stade de Genève (La Praille), pour les matchs du club. Certains n’hésitent pas à parler d’une certaine époque où « beaucoup plus de gens allaient au stade ». Le stade de La Praille sonne creux, certes, mais les questions suivantes peuvent tout de même se poser : Le club a-t -il perdu des supporters ces vingt, cinquante ou même cent dernières années ? Pourquoi un club aussi « populaire » joue dans un stade aussi vide ? Et surtout : Il y avait-il vraiment plus de monde au stade avant ?

Des questions pour lesquelles le seul moyen d’y répondre est d’aller consulter les archives, pour mieux se rendre compte de la ferveur du club dans sa ville. Que ce soit pour les matchs de championnats, de coupes ou européens. Nous allons aussi essayer d’analyser si ce sont les mauvais résultats du club et les relégations qui ont poussé les supporters à « déserter » le stade.

Parc des Sports 1902-1930

Difficile de trouver des archives avant 1945, cependant grâce à quelques sources, nous pouvons aujourd’hui en avoir une toute petite idée. Pour les débuts du club, il faut dire qu’il n’a pas commencé tout de suite à jouer dans un stade. Après sa création, le club dut trouver un terrain où jouer leurs matchs. Après un bref passage sur la Plaine de Plainpalais et ensuite dans les alentours du Cayla, ce fût au Parc des Sports que tout commença vraiment.

(Inauguration du Parc des Sports le 31 mars 1901)

Les données récoltées disent que de 1902 à 1930, le club réuni plusieurs fois plus de mille personnes pour certains matchs, par exemple contre le FC Genève, un derby visiblement apprécié, qui réunit 1’200 spectateurs en 1912, puis en 1913, il y eût 1’000 spectateurs ainsi qu’un « record » pour l’époque, le 22 octobre 1916, de 2’500 personnes présentes.

Le 26 mars 1920, à l’occasion d’un match amical contre le Slavia Prague, il y a eu environ 3’000 spectateurs. Mais la plus grande affluence de cette époque, qui nous est connue, est celle de la finale de la Coupe Suisse, le 25 mars 1928, entre Servette et Grasshopper de Zürich. Une finale gagnée et la coupe soulevée devant 12’000 supporters.

Stade des Charmilles 1930-2003

Inauguré le 20 juin 1930, le Stade des Charmilles devient la nouvelle maison des Grenats. De 1930 à 1945, on relate quelques grosses affluences principalement les grosses affiches comme GC ou Young Boys. Les premières dont nous avons connaissance sont celles contre GC. Par exemple, le 20 novembre 1932, 5’000 personnes sont venues au stade ! On relate aussi entre 7 et 8’000 personnes pour le même match le 31 mars 1935, puis 10’000 spectateurs en décembre 1937 et 7’500 supporters le 22 janvier 1939. C’est dire si ce n’est un classique !

(Stade des Charmilles)

A partir de 1945, les données deviennent plus complètes. Le nombre de spectateurs pour chaque match y est référencé. GC continue à faire remplir le Stade des Charmilles, le 12 octobre 1947 par exemple, avec 13’000 spectateurs. Hormis l’équipe de Zurich, les Lausannois font vite connaissance des grosses affluences à Genève, ainsi que les grosses défaites, les 20’000 personnes venues voir le derby du lac ont dû apprécier la victoire de 5 buts à 1 en demi-finale de la Coupe Suisse. Une coupe que les Grenats soulèveront par la suite au Stadion Wankdorf à Berne en 1949.

Pour la Coupe du monde de football de 1954, on rajouta au stade des Charmilles des gradins qui le porteront à environ 30’000 places.

En 1958, c’est cette fois une équipe anglaise qui fera venir les foules. En effet, Wolverhampton fit se déplacer 16’200 personnes lors d’un match amical.

Il y a eu un autre match qui a fait bouger les foules durant cette décennie. Cet autre match, fût le derby contre UGS. On relate qu’à la fin des années 50, les affluences records des saisons sont les derbys entre clubs Genevois. D’abord 12’000 personnes en mars 1956, puis le même nombre de spectateurs la saison suivante lors du match en novembre et encore 10’500 supporters venus pour la demi-finale de la Coupe Cantonale en 1959.

Mais Servette va connaitre ses plus grandes affluences lors des années 60. Lors de la confrontation contre le Dukla Prague, le 5 novembre 1961, 26’000 supporters se sont rendus au stade pour le match en Coupes de Champions de l’UEFA. Puis 27’000 personnes contre les Lausannois en septembre 1962.

Dans les années 70, les Lausannois seront les mieux reçu aux Stade des Charmilles, entre dix et vingt mille personnes à chaque match. On y assiste aussi à des beaux matchs contre des clubs européens, tels que Liverpool (20’000), Cardif City (21’500), l’Atlético Bilbao (18’500), Dusseldorf (23’000) et Dynamo Berlin (20’000).

Ensuite de 1980 à 1998, les Genevois ne verront plus qu’une seule fois leur affluences atteindre les 20’000 personnes, ce sera contre Bordeaux, le 3 novembre 1993, en Coupe d’Europe.

Il faut dire qu’en 1998, pour répondre aux normes de sécurité européennes, le stade devient totalement assis. A partir de ce moment-là, il ne pourra accueillir plus qu’environ 9’250 personnes.

Malgré le nombre de places réduites, l’affluence moyenne ne change pas pour autant. En comparaison, lors de la saison 95-96, il y a eu une moyenne de 5’211 spectateurs et en 98-99 la moyenne était de 5’120.

Servette jouera aux Stade des Charmilles jusqu’à fin 2002, le dernier match s’étant déroulé le 8 décembre devant 9’293 supporters grenat, avant de partir sur la rive gauche.

Stade de Genève (La Praille) : 2003-Aujourd’hui

Viens donc le nouveau stade, le troisième plus grand du pays avec 30’000 places. Inauguré lors du premier match de l’année à domicile face au Young Boys, le stade est rempli. Un nouvel engouement populaire ? Le stade sera t’-il rempli toutes les deux semaines ?

(Le Stade de Genève lors du match contre Lausanne en mai dernier)

Malheureusement, ce ne fût qu’un écran de fumée. Le match suivant à domicile se déroula devant 7’000 personnes, comme quand l’équipe jouait aux Charmilles.

Les saisons 2003-2004 et 2004-2005 ne furent pas trop mal en termes d’affluence avec 9’211 de moyenne lors de la 1ère saison (pique de 18’825 contre Bâle) et 8’583 lors de la 2ème (11’223 contre Xamax). Mais la première faillite de l’histoire du club fera chuter ces chiffres.

Ensuite la barre des 3000 spectateurs de moyenne ne sera plus dépassée avant 2011 avec le retour en Super League. La promotion face à Bellinzone, reste aujourd’hui la rencontre ayant connu la plus grande affluence au stade pour Servette depuis son inauguration, 23’338 personnes étaient présentes au stade ce jour-là.

La saison 2011-2012 est la saison la plus prolifique en termes d’affluence de l’histoire du club, avec 10’696 supporters de moyenne par match ! Il faut remonter à la saison 1976-1977 pour retrouver une telle performance, avec une moyenne de supporters de 10’343 par match.

Et aujourd’hui ? Le bilan en fin 2019 à la mi-saison est très positif, après le 1er et 2ème tour, le club accueille en moyenne 7’424 spectateurs par match. Une belle performance pour le club.

Analyse :

Trop de données, c’est bien, mais pour ne pas se casser la tête avec des chiffres, des graphiques s’imposent. Pour se rendre vraiment compte voici des graphiques par tranche de 10 saisons :

Durant ces 10 saisons, de 1945 à 1955, Servette a gagné deux titres. Deux titres de champion Suisse, le premier lors de la saison 45-46 et le deuxième celle de 49-50. Pourtant, on constate un pic lors de la saison 1952-1953 avec une affluence moyenne de 8653 spectateurs par match. La raison ? Bonne question. Cette saison-là s’est bien passée, les Grenats ayant fini 4ème du championnat et ayant été jusqu’en demi-finale de la coupe Suisse avant une défaite contre l’inévitable Grasshoppers de Zürich, devant 18’000 personnes aux Charmilles. Le très bon début de saison du club a attiré les foules, avec une moyenne de 10’928 personnes par match jusqu’à la mi-saison. Mais le club n’ayant gagné aucun titre cette saison, il s’agirait donc surtout du beau jeu des Grenats de cette époque qui a fait se déplacer les supporters.

Champion Suisse lors de la saison 1960-1961, la hausse de la fréquentation du stade s’est clairement faite ressentir selon ce graphique. La saison suivante, le club gagne une deuxième fois le championnat d’affilé, l’affluence affiche tout de même une légère baisse, passant de 9’161 personnes de moyenne à 8’746.  

Mais les hausse n’est pas due uniquement grâce aux performances du club sur la scène nationale, car Servette commence justement à connaitre les matchs européens à cette époque-là.

On relate, sur ce graphique entre 1965 et 1975, un pic lors de la saison 69-70. Sachant que le seul titre national lors de cette décennie est celui de la coupe Suisse en 1971, pourquoi cette hausse d’affluence une saison avant ?

Quand on compare les saisons 68-69, 69-70 et 70-71, le club a fini 8ème, 7ème et encore 7ème en championnat. En coupe, il y a eu de belles performances aussi, s’étant hissé jusqu’en demi-finale deux fois avant d’atteindre la finale et de la gagner. Mais il n’eut, niveau statistique, aucune différence notable pour expliquer cette augmentation.

En tout cas, la question se pose, un article de presse de l’époque (ci-dessus) en fait référence. Peut-être la moyenne est faussée par le derby lémanique, qui a accueilli 21’000 spectateurs le 26 septembre 1969.

La saison 76-77 connaîtra la deuxième plus grosse affluence moyenne de l’histoire du club, avec 10’343 personnes par match. Il faudra attendre 2011 pour battre ce record.

On peut apercevoir surtout une baisse lors de la saison 81-82. Il est clair qu’après le formidable quadruplé de l’année 79, la 7ème place du club durant cette saison a dû en décevoir plus d’un.

Il est en tout cas intéressant de voir que même après 1979 et les plus belles heures de gloire du club, l’affluence ait été en légère baisse. Les Genevois semblent être un public difficile, si l’équipe ne gagne pas, ils ne se déplacent pas, si l’équipe gagne souvent, ils s’y habituent et ne se déplacent plus. On le constate d’autant plus avec le titre de 84-85 et le graphique suivant.

Car cette décennie là commence avec des petites moyennes de 4’990 puis 4’913 supporters par match. Puis comment expliquer que la saison 91-92 attire plus les foules que celles du titre en 93-94 ? Surement par le fait que Servette est allé en demi-finale de coupe Suisse. Les spectateurs doivent plus apprécier les matchs de coupe à élimination directe.

De 1995 à 2002 la moyenne est restée drôlement stable, avec environ 5’000 supporters par match. Le Stade des Charmilles, même après être devenu totalement assis, remplit très bien sa tâche jusqu’à son dernier match. Puis vient donc le Stade de Genève, avec ses infrastructures et ses 30’000 places, il attire indéniablement plus de gens au stade. Les chiffres ne mentent pas. La première saison complète à La Praille se conclu avec 9’211 supporter par match. Un record depuis la saison 76-77. Puis en 2005 vient donc première faillite de l’histoire du club.

De la 1er Ligue à la Super League, en 10 ans le club aura tout fait. Il aura joué devant 800 personnes comme devant plus de 23’000. Ayant connue la pire affluence moyenne de l’histoire, 1’488 spectateurs/match en 07-08, ainsi que la meilleure de tous les temps, 10’969 spectateurs/match 11-12.

La population du Canton semble suivre les hauts et bas de leur club, présente quand ça va et absente quand cela ne va pas.

Pour ceux qui trouveraient le stade « vide » actuellement, sachez que le club a déjà réuni 66’814 personnes au stade à la mi-saison, contre 77’888 au total la saison dernière. Avec actuellement une moyenne de 7’424 supporters par match, le club effectue l’une des meilleures performances de ces vingt dernières années.

Conclusion

Dire que le club a perdu des supporters est un grand mot. Les Genevois sont difficiles, comme nous le citions plus haut, à force de perdre ou de gagner, ils se lassent et ne vont plus au stade. Cependant, le club a gardé un bon nombre de fervents supporters. Ils ont toujours été là, à travers les époques. En faisant la moyenne par décennie, les chiffres varient entre 6’000 et 8’000 supporters de moyenne, hormis après 2005. La faillite et les relégations ont certes porté un coup dur aux Grenats, mais nous relatons que dès que ça va mieux, les affluences augmentent.

Le Stade de Genève sonne creux actuellement, cela n’étonnera personne, mais il est logique de remarquer que le stade est trop grand pour les Grenats. Même lors des plus grands évènements du club, le Servette n’a quasiment jamais attiré plus de 25’000 personnes. Hormis l’inauguration du stade, sa plus grande affluence reste le match contre Bellinzone. Il faut dire aussi que les caméras de télévision filment en permanence la Tribune Est, une tribune souvent très peu remplie, le stade à donc l’air beaucoup plus vide à la télévision que pour un supporter dans le stade.

La dernière question que nous nous posions, était de savoir s’il y avait, ou pas, vraiment plus de gens au stade lors du dernier siècle. Il n’est pas si facile d’y répondre que ça en à l’air. Car, avant les années 2000, le club n’a jamais évolué en division inférieur depuis que nous avons des statistiques précises. Il est en tout cas important de remarquer que sur les saisons en Super League au Stade de Genève (actuellement 4 saisons), les affluences ont toujours été entre 8’000 et 10’000 spectateurs de moyenne sur la saison.

Il est clair que compte tenu de l’augmentation de la population dans le canton et ses environs, le nombre de supporters aurait pu augmenter aussi. Cependant, nous sommes dans une autre époque, où nous pouvons regarder les matchs depuis notre salon, en direct, ou à d’autres moments ou encore juste suivre les « livescores » via les applications. Plus besoin nécessairement donc de se déplacer au stade.

Le prix des places au stade sont aussi parfois contraignantes, un père de famille désirant regarder un match calmement en Tribune Latérale avec son enfant doit généralement dépenser entre 50 et 65 CHF, même si le club a fait quelques efforts là-dessus en créant une « Tribune » avec des tickets « Family » à 25 CHF.

Il est pourtant évident qu’actuellement on remarque un regain populaire auprès des citoyens du canton, avec une bonne communication marketing, du temps, des victoires et, peut-être, des titres, il ne fait aucun doute que le peuple se déplacera de plus en plus pour voir son équipe jouer. Servette peut en tout cas compter sur son « 13ème homme » pour, qui sait, remplir de quelques lignes le long palmarès du club et marquer à nouveau l’histoire du football Suisse !

Post Tenebras Lux

Source : Super-servette.ch

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