Jacky Fatton, la première légende du football suisse

Jacky Fatton, la première légende du football suisse

Si vous vous êtes déjà rendus au Stade de Genève, vous avez sûrement aperçu un maillot floqué Fatton n°11 en haut de la Tribune Sud. Ce maillot appartient à Jacques Fatton dit Jacky Fatton, légende du Servette FC, légende du football suisse.

Jacky naît le 19 décembre 1925 à Exincourt, un petit village français en Bourgogne-Franche-Comté. Compte tenu de l’époque, on ne sait pas quel parcours de vie à emprunter le jeune Fatton pour se retrouver au Servette FC 18 années plus tard. Il est toutefois envisageable que, puisqu’en 1943, l’atmosphère européenne n’était pas des plus conviviales et que le petit village d’Exincourt était aux mains de l’Allemagne nazie, la famille Fatton ait été amenée à rejoindre Genève, neutre et francophone.

Le petit Fatton, par son âge et par sa taille (1m66 et 18 ans), a beaucoup plu aux supporters grenats dès son arrivée. Sur le terrain, il était partout, il transcendait les foules et réchauffait les cœurs servettiens de toute classe sociale venue au Stade des Charmilles pour le voir. En dehors du terrain, c’était un personnage attachant et humble doté d’un vrai charisme.

De 1943 à 1954, Jacky joue 191 matchs en 11 ans pour Servette et inscrit plus de 185 buts. Des statistiques très impressionnantes pour l’époque qui sont à nuancer avec celles d’aujourd’hui. À l’époque, on ne jouait pas autant de matchs que de nos jours, car les compétitions européennes n’existaient pas encore, les championnats nationaux étaient plus courts et les remplacements n’étaient pas autorisés : on prenait 11 joueurs et puis c’est tout. De plus, le professionnalisme dans le monde du football est tout nouveau, seules les grandes nations du football l’ont déjà mis en place dans les années 30, ce qui n’est donc pas le cas de la Suisse. Ainsi, la plupart des footballeurs de l’époque travaillaient à côté pour gagner leur vie, jouant donc moins de matchs. Dans les années 40, on jouait 30 matchs maximum par saison tandis qu’aujourd’hui, on peut en jouer le double.

Durant ces belles années servettiennes, Jacky décroche deux championnats suisses (1945/46 et 1949/50), deux souliers d’or (1948/49 et 1949/50) et une coupe nationale (1949).

Niveau international, Fatton est appelé en sélection suisse à 53 reprises entre 1946 et 1955. Sa première sélection sera contre l’Angleterre, le 11 mai 1946, à Stamford Bridge (défaite 4-1). Cependant, il inscrit son premier but 6 mois plus tard, le 5 janvier 1947 contre le Portugal et récidive dans le même match une seconde fois (match nul 2-2).

En 1948, Jacky disputa la Coupe internationale européenne, une sorte de précurseur de l’Euro, qui a duré de 1927 à 1960 et qui opposait seulement 5 nations voisines : la Suisse, l’Italie, la Hongrie, l’Autriche et la Tchécoslovaquie. Cette compétition, créée dans les années 20, était censée rassembler les plus grandes nations footballistiques de l’époque. Les Britanniques, à leur habitude de complexe de supériorité, ne souhaitaient pas y participer. Lors de toutes les éditions, la Suisse a toujours fini lanterne rouge, largement dominée par le reste des nations. L’édition de 1948 était toutefois particulière et signa le déclin de la compétition. La compétition dura 5 années et la Guerre froide rendit difficiles les déplacements en Hongrie et Tchécoslovaquie. Le drame de la Superga, catastrophe aérienne qui décima une partie de l’effectif italien, ne facilita pas les choses. Suite à cette édition, l’UEFA fraîchement créée reprit la compétition.

Ce n’est assurément pas la compétition qui a marqué la Nati ou Jacky Fatton. En effet, c’est en 1950 que le joueur helvète va marquer les esprits. Même si la Suisse ne passe pas le 1er tour, elle va s’en sortir avec une victoire contre le Mexique et un match nul contre le Brésil, pays hôte et grand favori de la compétition. Dans ce match, notamment, Fatton inscrira un doublé devant plus de 42 000 spectateurs à Sao Paulo.

Jacky Fatton faisant la promotion de la marque Ovomaltine pour l’équipe nationale suisse

Le dernier grand fait de Jacky en équipe nationale est la Coupe du monde 1954 qui se déroule en Suisse. Dans un groupe assez relevé, la Suisse et sa vedette Fatton battent l’Italie à deux reprises (2-1 puis 4-1 en match d’appui) dont une réalisation de ce dernier, ce qui permet à la Suisse d’accéder aux quarts de finale. La Suisse échoue aux portes du dernier carré, lors du match le plus prolifique des coupes du monde, une défaite contre le voisin autrichien 7-5 dans le stade flambant neuf de la Pontaise, bien que menant par 3 buts à la 19e minute de jeu. L’aventure de Fatton en équipe nationale finit en 1955, à l’âge de 30 ans, après 29 buts en 53 sélections.

Après la Coupe du monde à la maison, Fatton signe à l’Olympique Lyonnais. En trois saisons avec les Gones, Jacky joue 98 matchs et plante 42 buts. La première saison, Fatton est élu joueur lyonnais de la saison avec 20 réalisations et 9 passes décisives qui ont permis d’éviter la relégation du club lyonnais.

En signant à l’OL, il reçoit la licence de joueur professionnel, ce qui était rare pour un footballeur suisse à l’époque.

Lors de sa dernière saison dans la capitale des Gaules, Jacky va vivre un épisode assez particulier. C’est le jour de Noël en 1956, son équipe se déplace à Paris pour affronter le Racing et l’Helvète reçoit un drôle de cadeau. Le grand espoir Gabriel Solakian, gardien de l’OL de 24 ans, se fracture violemment la jambe lors d’un contact avec un Parisien en fin de première mi-temps. Souvenez-vous en 1956, la règle du remplacement n’existe pas : c’est alors l’attaquant suisse qui doit enfiler les gants. À 10 contre 11, avec Fatton comme gardien, l’OL réalisera quand même l’exploit de gagner 2-1. Malheureusement, le jeune gardien de l’OL qui s’est fracturé la jambe ne jouera plus jamais au football.

Après trois saisons à l’OL, Fatton quitte le club pour des raisons financières. Le joueur revient alors au Servette pour y finir sa carrière. De 1957 à 1963, Fatton joue encore 109 matchs pour 90 buts. Il décroche le championnat pour la saison 1960/61 et 1961/62 où il finit également meilleur buteur de la compétition. Il participe aussi à la toute nouvelle Coupe des clubs champions européens, créée en 1955. À deux reprises, exactement, puisque la compétition était réservée aux champions de toutes les ligues nationales européennes. La première édition que dispute Jacky est en 1961/62, le club grenat atteindra les ⅛ de finale avant d’échouer contre le Dukla Prague. La seconde et dernière fois est l’édition 1962/63, où Servette ne passera pas le 1er tour au terme d’une triple confrontation très riche en suspens contre le Feyenoord Rotterdam.

Depuis la gauche: Vonlanthen, Rahis, Heuri, Schneider, Schaller, Maffiolo, Trainer Leduc, Fatton, Makay, Bosson, Pazmandy, Desbaillet, Farner, Mocellin, Kaiserauer

Finalement, Fatton raccroche les crampons à 38 ans après 17 ans au Servette FC. Dans sa carrière, il aura disputé 397 matchs pour 317 buts, redoutable finisseur, il fut le tout premier serial buteur suisse. Il reste à notre jour le meilleur buteur du club grenat.

Depuis la fin de sa carrière, Fatton est resté un fervent supporter grenat. Le plus souvent possible, on le retrouvait dans les travées du Stade des Charmilles ou celles de la Praille accompagné de son épouse à suivre les bons et mauvais moments du club grenat. Malheureusement, c’est à l’âge de 85 ans, en 2011, que notre cher Jacky nous quitta, laissant derrière lui son histoire. Alors, la prochaine fois que votre cœur vous mène à un match du Servette FC, regardez en direction de la Tribune sud et racontez à la personne qui vous a tendrement accompagné qui est Jacques dit “Jacky” Fatton, légende du Servette FC, légende du football suisse.

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Maradona Servettien ? Pas si impossible que ça !

Maradona Servettien ? Pas si impossible que ça !

Le 25 novembre dernier, le monde du football pleurait la disparition de l’idole de tout un peuple, le Grand Diego Armando Maradona, qui venait de fêter ses 60 ans un mois auparavant. On se remémorait sa légendaire  »Main de Dieu » ainsi que son numéro de soliste face aux Anglais lors du Mondial 1986, tout en abordant sa petite carrière d’entraîneur qui fut moins couronnée de succès. Pourtant, c’est dans ce costume que El Pibe de Oro a failli débarquer au bout du Lac !

On ne va pas se mentir : voir Maradona débarquer sur la pelouse des Charmilles, tunique grenat sur le dos, aurait été un rêve pour bon nombre de supporters à l’époque. Il avait foulé cette pelouse mythique le 21 septembre 1982 avec le Barça, chose dont bon nombre de médias suisses ont évoqué lors de son décès. L’arrivée de Rummenigge en 1987 ainsi que la  »presque-arrivée » de Michel Platini un an auparavant aura quand même permis aux habitués des Charmilles de rêver. En revanche, voir Servette et Diego être liés aurait pu être tout à fait possible ! Explications.

Nous sommes le 18 avril 2004, Servette s’incline 2-0 à la Praille face à YB mais l’événement se passe hors du terrain : Marc Roger, alors président du club, invite son ami de longue date, le Roi Pelé, à assister à la rencontre et ainsi marquer le coup. Le jour même, le triple vainqueur de la Coupe du Monde apprend que Maradona venait de faire un arrêt cardiaque et que son pronostic vital était engagé. Le Brésilien contacte la famille de l’Argentin et associe Marc Roger à son télégramme. Un premier contact qui précède le suivant quelques mois plus tard.

La saison 2004-2005 vient de débuter et Marco Schällibaum vient de prendre la porte. La direction Genevoise entend, au détour d’une interview, DM10 clamer son envie de venir entraîner en Europe et se presse pour le contacter. Roger se met à rêver de Pelé et Maradona dans l’organigramme, comme il le confiait récemment à L’Illustré : «Maradona nous a demandé de lui envoyer des vidéos de nos matchs ainsi que des informations sur le club et les joueurs. Il se disait prêt à garder Adrian Ursea, notre nouveau coach, comme adjoint. L’argent? Nous n’en avions pas encore parlé. A cette époque, Maradona cherchait avant tout à se retaper et à vivre une expérience dans un pays et une ville où il ne serait pas constamment harcelé et épié. Et puis, je n’ai jamais eu l’impression que l’argent était sa motivation principale. Comme Pelé d’ailleurs, qui ne m’a jamais demandé 1 franc pour le soutien qu’il a apporté au Servette.»

Malheureusement et comme tout le monde le sait, l’avenir va s’assombrir à Servette par la suite jusqu’à la faillite en février 2005, faisant voler en éclat le rêve de l’ancien agent de joueur qui a connu une première fois l’idole de Naples dans les années 90 par l’intermédiaire de Michel Basilevitch, l’agent de Johan Cruyff et également son associé. Il affirme également : «N’empêche que, grâce à Pelé, Diego a failli venir au Servette. Nous avions même convenu qu’il fêterait le réveillon du 31 à Genève, en famille. Cela aurait tout changé». Alors que Lionel Messi est en fin de contrat en juin, ne faudrait-il pas mieux lui proposer de venir plus tard en tant qu’entraîneur du côté du Stade de Genève ? À méditer.

Source : https://www.illustre.ch/magazine/grace-pele-maradona-failli-venir-servette

1890: LES DEBUTS D’UNE LEGENDE

1890: LES DEBUTS D’UNE LEGENDE

Il est très difficile de dire avec précision quand on joua pour la première fois au football (alors le football rugby) à Genève. Une chose est certaine, ce sport a été pratiqué bien avant la formation du Servette puisque c’est vers 1869 que certains instituts internationaux de jeunes gens, comme la Châtelaine et le Château de Lancy, ont commencé à pratiquer cette discipline sportive. En Suisse allemande, ce sport se développa dès 1881 dans la plupart des instituts internationaux d’éducation. C’est en 1881 également que l’on note l’existence du F.C de Genève, club formé en majorité d’Anglais, qui obtiendra à la fin de l’année le titre de champion suisse en battant à Berne une formation de Zürich.

A Genève, les enfants des écoles s’intéressent de plus en plus à ce nouveau sport et le pratiquent sur la Plaine de Plainpalais. Plusieurs clubs se forment entre 1880 et 1890, soit avant Servette à savoir le « Grand Club, le « Moyen Club », le « Club du Nord » Le Servette est fondé le 20 mars 1890.

Une fondation quelque peu fortuite. Le club fut en effet crée parce qu’un jeune garçon venait de recevoir un ballon ovale que son père lui avait rapporté d’un voyage en Angleterre. Et comment mieux utiliser ce ballon qu’en fondant un club ? L’histoire de la naissance du Servette FC est heureusement connue dans ses moindres détails grâce au rapport que fit son deuxième président Paul Ackermann à l’occasion du premier anniversaire du club. Paul Ackermann n’avait que 16 ans lorsqu’il succéda au premier président servettien, Emile Bally. Nous publions ci-contre les passages les plus importants relatant la fondation du club.

Rédigé par: Jacques Ducret, hors-ligne, 1990

1891: LE RAPPORT D’ACKERMANN

1891: LE RAPPORT D’ACKERMANN

Genève le 31 Juillet 1891  

Chers collègues et membres du Football-Club de la Servette. Nous voici enfin au premier anniversaire de notre Société et ce n’est pas sans peine que nous sommes arrivés à ce présent résultat. Ayant appris que mon collègue Gouy fondait un club de football, j’exposai à Emile Fiala l’idée suivante : « Vous qui, à la Servette, êtes nombreux, ne pourriez-vous pas fonder un club et, tout en étant en bonne relations avec le club de Gouy, vous pourriez vous exercer en faisant des matches ensemble ; surtout ayant déjà un ballon, ceci vous faciliterait beaucoup mieux la formation de votre société »

Fiala trouvant ses idées parfaitement d’accord avec les miennes, alla de suite vers Perrenod et Liomin pour leur présenter ces idées qu’ils acceptèrent avec empressement. Pendant notre récréation, Fiala, Perrenod et Liomin allèrent avec ardeur recruter des membres pour leur futures société. Ils en trouvèrent deux : Bally et Fiala Albert. C’est depuis ce jour du 20 mars que date notre Société. Ce ne fut pas tout de former un club mais il fallait le ballon, c’était l’essentiel.

Aussi Fiala Emile prêta le sien, ce qui arrangea toute l’affaire car sans ballon notre Société n’existerait pas aujourd’hui.Emile Bally donna aussi un bon coup de main en faisant les cartes d’entrée et en se donnant beaucoup de peine pour trouver les candidats. Les drapeaux furent décidés rouge et vert, dont l’étoffe fut fournier par M.Fiala et les manches achetés aux frais de la Société.

M.Perrenod, de son côté, fournissait des rubans servant pour les décorations de la Société : rouge, vert, blanc. Pour le jeudi suivant, tout était prêt : ballon, drapeaux et engins. Il y eut dix candidats qui se sont présentés ce jour là. Le jeu fut installé dans le pré Wendt, près de chez Fiala. Depuis ce jeudi les candidats arrivent peu à peu. Ce furent : Damon, 22 mars ; Egger, 27 mars ; Dethurens 27 mars ; Deschamps, 27 mars ; Zbinden 27 mars. La Société se composait, le 3 avril, de 12 membres.

La caisse fut ensuite visitée par le président et le capitaine. Ce dernier offrit au président de la ranger, vu qu’avec cet arrangement on ne pouvait arriver à aucune vérification. Le président accepta et le capitane mit la caisse à jour. Depuis ce temps la caisse fut vérifiée et de cette façon la principale chose marchait. Au 1er mai, la Société se composait de 17 membres, c’est-à-dire 5 membres en plus, qui furent Iturbine, Gouy, Paillard, Schroeder, Pagliero. Nous avons eu, le 1er avril, la première démission qui fut celle de Liomin pour cause de travail. Jusqu’ici, la Société n’avait point eu de ballon à elle. Une pétition décida l’achat d’un ballon et que chaque membre serait obligé de donner 50 centimes ; elle fut acceptée par 9 oui contre 3 non.

Le jeu était installé dans le pré Wendt et un jeudi matin, peu après la fondation de notre Société, le propriétaire de l’emplacement où l’on jouait arriva et nous fit déménager en nous disant qu’il ne voulait pas qu’on lui gâtât son pré. Alors nous plions sacs et bagages et nous nous établissons dans un pré situé au-dessus du collège de la Prairie. Là nous commençâmes à jouer avec plaisir.

Déjà depuis la fondation de la Société à nos jours une chose qui fut heureuse et ce qui sauva notre société est que le jeu marcha à cause des amendes que le président, M.Bally mettait aux membres. Sans cela l’on ne serait arrivé à rien, chacun aurait voulu commander dans le club et cela n’aurait pas marché. Un beau jouer, un nouvel obstacle se présenta. Une société de football s’était aussi fondée et jouait sur le même remplacement que nous et le même jour, de manière à nous forcer de dissoudre notre Société. Mais nous ne perdîmes pas courage et nous écrivions une lettre au maire de Plainpalais de manière à savoir si nous pouvions jouer sur la Plaine de Plainpalais.

Le 22 mai 1890 nous recevions une lettre, réponse du maire de Plainpalais avec la permission de jouer sur la plaine ; aussi nous l’acceptâmes avec plaisir. A ce moment le club se composait de 17 membres.

Nous arrivons donc un beau jeudi matin à la plaine où nous nous établîmes ; ceci alla bien, mais peu à peu ceux du Moyen Club ne nous connaissant pas, se moquent de nous ; ceci ne nous encouragea pas moins ; nous les laissions tout simplement faire. Lors de l’assemblée de juin, les cotisations furent fixée à 10 centimes par mois et les amendes des perdants abolies. L’assemblée qui eut lieu en juillet décida bien des artifices sur les membres passifs, de même que l’on jouera le dimanche matin, et c’est aussi depuis ce jour que les casquettes furent obligatoire. Le comité remercie Mlle Bally, qui a bien voulut se charger de faire les casquettes avec plaisir. C’est à partir de cette assemblée que M.Ballydonna sa démission de président et que j’ai été nommé pour prendre les charges de ce dernier…

Rédigé par: Jacques Ducret, hors-ligne, 1990

1899: DE PLAINPALAIS AU PARC DES SPORTS

1899: DE PLAINPALAIS AU PARC DES SPORTS

Le Football-Club de la Servette faillit bien disparaître quelques années seulement après sa fondation. Après avoir dû quitter le Pré Wendt puis le terrain de la Prairie, il obtint donc l’autorisation d’évoluer sur la Plaine de Plainpalais. Les choses se passaient même très bien : le nombre des sociétaires augmentait et les entraînements étaient bien suivis.

Tout va cependant être remis en question en 1896.. Car Genève va recevoir l’Exposition Nationale Suisse et les organisateurs ont besoin de la Plaine de Plainpalais. Les Servettiens doivent trouver un autre terrain. Ils se rendent à Sécheron ou à Plan-Les-Ouates mais les surfaces ne sont pas aptes au jeu. On décide alors de suspendre l’activité du club. Sans l’amitié qui unissait les fondateurs et les nouveaux sociétaires, Servette disparaissait. Mais non, il survit et repart en 1889, année où il récupère les terrains de la Plaine de Plainpalais pour rejouer au rugby puisque c’était le sport que l’on pratiquait alors au Servette.

A l’époque où Servette était condamné à l’inactivité, d’autres clubs étaient crées et imitaient les collèges de Lancy et de la Châtelaine pour se lancer le football association. C’est ainsi qu’en 1896 naissaient le Racing-Club de Genève qui pouvait jouer sur le terrain de l’hippodrome des Charmilles et le F.C la Garance. Ce club avait l’avantage de pouvoir évoluer sur les terrains de la Garance, mis à disposition par M.Barton, qui comptaient parmi les meilleurs « grounds » d’Europe pour la pratique du football et du cricket.

Servette n’avait pu évoluer sur ces magnifiques terrains de la Garance parce qu’il ne jouait pas encore au « football association » mais au rugby. Pas étonnant dès lors si Servette ne fit pas partie des clubs qui fondèrent l’ASF, le 7 avril1895 à Olten et qui furent Grasshoppers, Anglo-American Zurich, Excelsior Zurich, Lausanne FC, La Villa Lausanne, La Villa Longchamp Lausanne, Yverdon, Château de Lancy, la Châtelaine, Bâle, Saint-Gall et Neuchâtel. A l’époque, les Anglais dirigeaient le Football Association suisse et imposaient leur manière de jouer et leurs vue, exigeant par exemple de jouer le samedi ce qui allait provoquer bien des problèmes quelques années plus tard.

C’est en automne 1898 que Servette reprît l’entraînement sur la Plaine de Plainpalais. Le club prenait en effet son vrai départ puisque dimanche après dimanche ses joueurs se rendaient sur la plaine pour s’entraîner. Comme ils pratiquaient le rugby alors que tous les autres clubs genevois se mettaient au football association, il devenait toujours plus difficile de trouver des adversaires. Le comité, alors présidé par Marc Perrenod dût donc se tourner vers la France pour conclure le premier match amical international, face au Stade Grenoblois. L’affrontement eût lieu le lundi de Pâques 3 Avril 1899 à Grenoble et les Servettiens s’inclinèrent 3 à 9.

Servette reçut ensuite la grande équipe de Lyon (3-11 sur la Plaine de Plainpalais, devant 3000 spectateurs) puis sous l’impulsion de son capitaine Déjerine qui jouait au rugby avec Servette et au football association avec le Stellula, l’équipe du Collège puis de l’université, une véritable transformation s’opérait. Réticents au début, les membres du comité du Servette créaient ainsi une section football association.

Celle-ci se développa d’autant plus rapidement que la section rugby ne pouvait rencontrer que des équipes étrangères. Cette année (1899) le championnat de l’ASF fut remporté par l’Anglo American de Zurich. La saison se termina par d’âpres discussions et une scission qui aboutit à la création de la ligue romande. Celle-ci était dirigée par les directeurs des instituts de jeunes gens où prédominaient les Anglais et ceux-ci ne voulaient pas jouer le dimanche. Dégerine, partisan des matches du dimanche, créa alors la « Coupe du dimanche » et fonda le « Sunday team » que l’on peut considérer comme le précurseur de l’équipe de football association du Servette. Le « Sunday team » fit sa première sortie le 3 décembre 1899 à la Chevillarde où il battit le FC Excelsior 2-1.

Dégerine était secrétaire de rédaction à la « Suisse Sportive », revue dont le premier numéro était sorti de presse le 27 avril 1897. Le rédacteur en chef était le DR Aimé Schwob donna son accord et il devait diriger le club du 17 janvier 1900jusqu’en 1912. Aimé Schwob, qui allait s’avérer comme un grand dirigeant, forma un nouveau comité puis fit adopter officiellement par Servette le football et association et le 14 janvier 1900, l’ex-Sunday Team devenu Servette FC battait le FC Exclesior 2-0 sur le terrain de la Garance.

Cette année, Servette remportait la Coupe du dimanche créée parDéjerine  : 14-0 contre Aigle, 2-0 contre le FC Genève et 4-0 en finale contre le FC Neuchâtel. Servette devint membre de l’ASF le 21 Octobre 1900, en même temps que le FC Baden et le FC Fire Flies de Zurich. Après s’être reconstitué, Servette a joué sur la Plaine de Plainpalais puis sur le terrain de la Garance qu’il loue au Stellula, puis loue directement pour… Le sous-louer au même Stellula. Les deux clubs s’entendent parfaitement et leurs joueurs participent la semaine aux match de la ligue romande et le dimanche à ceux de l’ASF.

A cette époque (déjà !) la question des emplacements de jeu est très importante. Certains clubs disparaissent parce qu’ils n’ont pas de terrain. Servette se tourne donc vers le pré Cayla qui deviendra le Parc des Sports. C’était alors l’emplacement du Tennis Club de Genève. Servette obtint l’autorisation d’y jouer au début de 1901. Le premier match au Parc des Sports eut lieu le 31 mars 1901. C’est l’équipe de… Rugby du Servette qui l’inaugura.

Rédigé par: Jacques Ducret, hors-ligne, 1990

1907: LE PREMIER TITRE

1907: LE PREMIER TITRE


Le Servette va connaître un rapide développement dès l’inauguration du Parc des Sports. Il devient le premier club de Genève, tant en rugby qu’en football. En 1902, alors que le club compte plus de cent membres, on construit la première tribune réservée aux dames et aux membres du comité. Sa réalisation coûta quelque 2000 francs, somme couverte par les souscriptions des joueurs qui achètent des parts de 5 francs.
 
Cette même année, Servette assit de manière spectaculaire sa suprématie genevois. Il est défié par son grand rival du moment, le FC Excelsior, et les quatre équipes des deux clubs s’affrontent en janvier aux Charmilles. Servette l, ll et lV s’imposent, alors que Servette lll concède le match nul à Excelsior lll. Cette même année Servette football (on ne parlera plus désormais de Football association) effectue son premier déplacement à l’étranger, allant affronter à Paris le Racing-Club de France et obtenant un méritoire 2 à 2.


A l’époque, le championnat suisse est divisé en trois régions. Servette doit attendre 1904 pour remporter le groupe romand, ce qui lui vaut de participer aux finales pour le titre. A Berne, il tient en échec Saint-Gall 1-1 mais s’incline ensuite 2-0 devant les Bâlois d’Old-Boys. Servette dispute encore les finales en 1906 (défaite contre Winterthour, victoire sur les Young-Boys-Winterthour champion grâce à sa nette victoire de 5-2 sur les Bernois). Ce n’est  toutefois que partie remise. Servette est à nouveau vainqueur du groupe romand en 1907, devant Genève, Neuchâtel, Montriond et la Chaux-de-Fonds. Les autres champions de groupe sont Bâle pour la Suisse centrale et les Young-Fellows pour la Suisse orientale.

Servette remporte son premier titre de champion suisse en battant en finale Bâle 5-1 puis les Young-Fellows 1-0 après prolongations.
En 1908, la Suisse est divisée en deux régions. Servette termine sa poule à égalité de points avec les Young-Boys mais s’incline en match de barrage. Cette saison est marquée par le premier match international sur le terrain de football des Charmilles qui se trouvait alors le long de la rue de Lyon, la tribune agrandie pour contenir 200 places étant parallèle à la route. Le terrain de rugby était lui à l’emplacement actuel du stade.

Les buts de l’équipe de Suisse sont défendu par le gardien servettien Dreyfuss qui ne peut empêcher le succès de la France (2-1). Jusqu’à la mobilisation en 1814 les « grenat » remportent encore trois fois le titre romand mais échouent régulièrement dans les finales. Outre Dreyfuss, un autre Servettien devait s’illustrer avec l’équipe nationale, l’attaquant Renand qui émerveilla même les Anglais en 1910. En1914, l’ASF décide de n’organiser qu’un championnat intérimaire en quatre régions. L’année suivante, les « grenat » sont champions romands et en demi-finale ils battent les Youg-Boys, tandis que Bruhl se défait d’Aarau. Le 6 juin 1915 en finale à Berne, Bruhl gagne 3-0. Les deux prochaines saison sont moins fructueuses, Cantonal et la Chaux-de-Fonds dominant le groupe romand.


Autre événement d’importance à signaler pour cette période. Le DR. Aimé Schwob, président du club depuis 1900décide de ne plus accepter de réélection en 1912. Il a énormément apporté au club, le structurant, le dirigeant avec une compétente autorité, le plaçant sur les rails du succès. Le DR. Schwob a également crée le « bulletin officiel du Servette F.C » en 1911 et a fait partie de la commission des arbitres. Pierre Carteret (1912-1913) André Vierne (1913-1915) et surtout Gabriel Bonnet (1915-1927) se succèdent à la présidence du club.


Autre événement d’importance à signaler pour cette période. Le DR. Aimé Schwob, président du club depuis 1900décide de ne plus accepter de réélection en 1912. Il a énormément apporté au club, le structurant, le dirigeant avec une compétente autorité, le plaçant sur les rails du succès. Le DR. Schwob a également crée le « bulletin officiel du Servette F.C » en 1911 et a fait partie de la commission des arbitres. Pierre Carteret (1912-1913) André Vierne (1913-1915) et surtout Gabriel Bonnet (1915-1927) se succèdent à la présidence du club.

Rédigé par: Jacques Ducret, hors-ligne, 1990

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