De champion suisse à barragiste: La longue déroute du XXIe siècle du Servette FC

De champion suisse à barragiste: La longue déroute du XXIe siècle du Servette FC

Club historique ?

Comment reconnaît-on un club historique ? Est-ce sa capacité à dominer son championnat national pendant plusieurs années ? À gagner toujours plus de titres ? Certes, l’histoire veut qu’on ne retienne que les vainqueurs, le Real Madrid de Zidane, le Manchester United de Sir Alex Ferguson ou encore le Brésil de Pelé pour ne citer qu’eux. Dans les livres d’histoire, ces noms sont marqués au fer-blanc, sous-lignés et surlignés. Mais on n’oublie souvent que ce qui fait l’histoire est souvent ce qui étonne, une équipe qui se relève, qui sort de nul part et n’abdique jamais : l’Ajax en Ligue des Champions récemment, la Juventus reléguée en
Serie B en 2006, les Pays-bas des années 70. Des équipes qui n’ont jamais rien gagné, mais qui ont marqué le cœur des supporters et des amoureux de football.

L’histoire que je vais vous raconter montre ce qui fait du Servette FC, un club historique. Mettons de côté le palmarès, les titres glanés, les joueurs légendaires, les épopées européennes, toutes plus belles les unes que les autres, qui certes contribuent, sans aucun doute, à l’image et au prestige du club, mais qui ne sont rien comparés à ce que je vais raconter.

Car c’est à travers les pires moments qu’on reconnait les gagnants, n’est-ce pas ce qu’on vous a toujours appris ? “Oui c’est un bon entraîneur mais il n’a jamais été dans une équipe qui n’a pas le niveau”, “Oui c’est une bonne équipe mais elle n’a jamais été mené au score”, “Oui c’est un bon joueur, mais il n’a jamais confirmé ailleurs”. Le compétiteur se relève, le
perdant reste à terre. On respecte celui qui s’impose aussi bien quand il gagne que quand il perd. C’est exactement ce qui s’est passé avec Servette en ce début de siècle. Le club a réussi là où beaucoup auraient échoué : il est revenu, alors qu’il était au plus bas.

Laissez-moi, alors, vous raconter la longue déroute du Servette FC des années 2000-2010, de la double faillite à l’Europe.

Tout allait bien…

Au sortir de la saison 98/99, le Servette remporte le championnat suisse pour la 17e fois face au Lausanne-Sport, l’éternel rival. Personne ne se dit alors que le club genevois ne va plus en gagner un suite à ça et que le club va bientôt disparaître des radars de l’élite suisse footballistique. Quelques mois plus tard, le club sous la houlette de Christian Hervé, du groupe Canal+, entame la construction d’un stade à la hauteur du prestige du club. Au revoir le Stade des Charmilles, bonjour le Stade de Genève. Malheureusement, entre 2000 et 2003, les comptes du club s’aggravent, le stade coûte cher, le budget n’est pas respecté, les joueurs ne reçoivent plus leur salaire et les lunettes d’illusions que portaient les dirigeants se brisent.

Le club qui en une saison a perdu le Stade des Charmilles et Alexander Frei (cf. Alexander Frei, meilleur suisse de l’histoire ?), mais aussi Canal+, le bénéficiaire majoritaire du club. De plus, on se rend compte aussi que les affluences prévues ne sont pas au rendez-vous : « Nous avions budgété une moyenne de 8000 spectateurs payants par match (avec les
abonnés) et sur un sponsoring en hausse. La moyenne s’est élevée à 6500-7000, avec les 30 000 personnes du match d’ouverture (15 000 payants). Une diminution de 1000 spectateurs coûte 25 000 francs à Servette par match. Quant au sponsoring, nous avons encaissé 30 à 40% de moins que prévu.
»1 (cf. Affluences des supporters grenats au fil des
époques.
).

Le Stade de Genève, partiellement rempli à son habitude…

À la trêve estivale, le responsable financier du club, Olivier Bull démissionne : «Je suis arrivé sous l’ère de Canal +, et les choses ont bien changé depuis. Les problèmes incessants de trésorerie rendent mon travail nettement moins intéressant. Je suis un financier d’un certain niveau, et dans la structure actuelle, je n’ai plus ma place ici. Pour gérer les dettes au quotidien, le club peut engager un «scribouillard» bien rigoureux. Je comprends la situation économique, je cautionne le travail de fond effectué, mais j’ai d’autres ambitions.»2

Pelé et Marc Roger

Pas le temps de se préoccuper, Marc Roger, agent de joueurs français, reprend le club. Il est connu pour être l’agent de plusieurs stars du foot tel qu’Anelka, Vieira, Makélélé, et même Ronaldo. Ceci va lui permettre d’attirer beaucoup de grands joueurs au club comme Karembeu, Moldovan, Valdivia ou Beauséjour.

Pour permettre de retrouver une sérénité financière, les joueurs acceptent de baisser leur salaire la saison suivante. Marc Roger souhaite aussi réaliser le plus de plus-value possible sur le transfert de jeunes talents du club comme Senderos à Arsenal, mais cela ne couvre pas toutes les dettes. Car en effet, Canal+ injectait 4 à 5 millions de francs par année dans le club pour boucher les trous et combler les dettes s’élevant à 7 millions de francs. Les derniers 2 millions de francs étaient avancés par les actionnaires. Les choix de Roger se sont avérés très aléatoires, et même s’il était un bon agent, il n’est pas devenu un bon dirigeant. Les résultats sportifs de Servette n’ont pas aidé le dirigeant et après une saison, le club est à nouveau en difficulté financière ce qui lui fait débuter le championnat 2004-05 avec 3 points de retard.

Au plus bas

Malheureusement, le club ne terminera jamais cette saison en Super League, car le 4 février 2005, le juge proclame la faillite de Servette, les M-21 devenant ainsi l’équipe première. Le club est alors relégué au statut d’amateur et est relégué en 1ère Ligue. Le club finit 14e de 1ère ligue, jouant contre Etoile Carouge, Chênois, Grand-Lancy ou UGS dont la moitié dans un Stade de Genève démesurément vide. Francisco Vinas, catalan actionnaire du club, reprend le Servette durant cette période difficile.

Toutefois, Servette n’y reste pas longtemps, puisque la saison d’après le club finit premier et rejoint avec Etoile Carouge la Challenge League. On est loin des Senderos ou Frei, mais des jeunes émergent comme Tibert Pont cette saison-là. Et puis en Coupe de Suisse, le club franchira quand même les quarts de finale en ayant éliminé Meyrin, Collombey-Muraz et Thoune avant de s’incliner à Winterthur.

L’euphorie de la montée et de la Coupe, nous ferait presque penser que cette faillite est du passé, que Servette va très vite remonter dans l’élite et que le pire est derrière.

C’est pourtant dans le ventre mou de Challenge League que Servette va passer deux saisons sans rien proposer de vraiment bien ni en championnat, ni en coupe. Au début de saison 2008-09, Francisco Vinas dépose sa démission au sein du club à la suite de la défaite du club contre le FC Bienne 1-5. De tous les présidents cités précédemment, c’est la première fois que ce n’est pas pour des raisons financières que le président quitte le club. Vinas a aussi nettement contribué à la rénovation du centre sportif de Balexert. Mais les supporters trouvaient en Vinas quelqu’un de trop prudent et lorsque le projet de Majid Pishyar est arrivé sur table tout le monde a été séduit.

“Magic” Pishyar

L’homme d’affaires iranien gérant de la compagnie 32group propose un projet d’investissement à long terme dans le club. Sa première saison en tant que dirigeant n’est pas optimale puisque le club finissait en bas de tableau et est éliminé assez vite en Coupe face à Concordia Bâle, mais c’est pardonnable, car il n’y a pas de temps d’adaptation encore. La saison 2009-10 est alors très encourageante, l’équipe finit 4e de Challenge League, franchit les ⅛ de Coupe de Suisse et le club enregistre cette année les arrivées de Christopher Mfuyi, François Moubandje et de Marcos de Azevedo.

Plus le temps avance, plus le projet de Majid Pishyar se concrétise, l’équipe reprend du galon de saison en saison. La saison 2010-11 est tonitruante avec 19 victoires et seulement 6 défaites durant l’exercice. Le club est la meilleure défense et attaque du championnat avec Eudis (16 buts), de Azevedo (14 buts), Vitkieviez et Esteban (12 buts). Malheureusement, le club ne décroche pas la première place, mais la deuxième signe de barrage. Servette affronte alors Bellinzone d’abord au Tessin. Au terme d’un match serré, le club tessinois décroche la victoire dans les dernières minutes.

Il faut alors un miracle pour le club grenat s’il veut retrouver l’élite suisse après 6 ans d’absence. Le 31 mai 2011, 20h15, devant plus de 23’000 spectateurs (première depuis l’inauguration du stade), Nikolaj Hänni donne le coup d’envoi du match. Boostée par des supporters très animés, Servette est au mieux de sa forme. 1-0 à la 11e, 2-0 à la 45e et 3-0 à la 56e, le public est en extase. Et même si Bellinzone revient à 3-1, les fumigènes éclatent, un gros brouillard s’installe, les supporters n’attendent que le coup de sifflet final. Et parmi les supporters, Majid Pishyar se ronge les ongles. Il est à quelques secondes d’accomplir l’exploit de remonter une équipe qu’on croyait finie. Sur une dernière contre-attaque servettienne, le dernier défenseur tessinois fauche l’attaquant grenat et voit rouge. Quelques secondes plus tard, l’arbitre libère les 22 acteurs et c’est les 23’000 spectateurs qui entrent sur le terrain qui célèbre cette ascension après une longue attente.

Majid Pishyar devient “Magic” et les supporters grenats saluent le dirigeant comme il se doit. Pour le coach Joao Alves: «Servette mérite vraiment cette promotion. (…) La Challenge League est trop petite pour eux.»3

Le coach Joao Alves et Majid Pishyar, les deux artisans de la remontée en Super League

Brève euphorie en Super League (2011-2013)

Le club est revenu dans l’élite suisse et cherche à reconquérir son statut de grand club. Première saison dans l’élite, Servette néo-promu, étonne tous les bookmakers et arrache une 4e place, signe de qualification en barrage d’Europa League. Alors l’histoire devrait s’arrêter là, n’est-ce pas ? Le club n’est plus au fond du trou, est à nouveau européen, que faut-il de plus ? Alors, comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, nous découvrons avec effroi que “Magic” Pishyar, devant la situation financière catastrophique du club, est très pessimiste quant à l’obtention de la licence de Super League pour la saison prochaine. Face à la menace d’une nouvelle faillite, “Tragic” Pishyar ne voit pas d’autre alternative que
de céder ses actions, pour 1 franc symbolique à Hugh Quennec, le président du Genève Servette Hockey Club.

Le Canadien, nouvellement président, se voit très optimiste sur l’avenir du club. Affichant toujours un grand sourire, il est très proche des supporters,
rejoignant à quasi chaque match à domicile, la Tribune Nord. Mais côté sportif Servette est au plus mal, éliminé en Europa League, le club enchaîne les défaites et plafonne à la dernière place. Rien n’y fait, avec seulement 26 petits points, le rêve de l’élite est terminé pour le club grenat au bout seulement de deux saisons. C’est la première fois que le club est relégué pour des raisons sportives.

Rebelote, on redescend

La saison 2013-14 est plus que moyenne, le club n’arrive plus à retrouver son standing habituel. L’effectif vieillit, la plupart qui ont joué contre Bellinzone il y a 2 ans sont partis, le recrutement sous Quennec n’est pas optimal à l’image d’un Jocelyn Roux en perdition. Le club ne fait pas mieux qu’une 5e place. Décevant.

La saison d’après est plus optimiste. Côté sportif, la formation helvète permet au club grenat d’aligner quelques beaux noms : Guillemenot, Zakaria, Kutesa. Le club se hisse à la 2e place derrière Lugano, qui n’est pas synonyme de barrage suite au retrait de cette règle en 2012 (réintroduite en 2019). Sauf que pour une énième fois, Servette va mal financièrement, 5 millions de francs de dettes sont à noter et Hugh Quennec n’obtient pas la licence pour la Challenge League de la saison prochaine. Le club est au bord de la faillite à nouveau et risque de tomber en 2e Ligue Inter. Un groupe d’entrepreneurs genevois arrive à la rescousse sous la bannière de la Fondation 1890 dirigée par Didier Fischer. La Fondation efface les dettes et met en place une structure financière sereine pour l’avenir. Le club est quand même relégué en 1ère Ligue Promotion. Pour Fischer : «Servette doit redevenir un grand club et briller»4

Et Servette brille !

Il n’a pas fallu plus d’une saison pour que le club quitte la 1ère Ligue Promotion. En 30 matchs, les grenats survolent la compétition portée par un Tibert Pont de haut niveau et un Vitkieviez de retour. En 2016, on assiste peut-être à la Challenge League la plus relevée depuis longtemps, avec un Xamax de retour (lui aussi en faillite en 2012), un Zürich relégué (anomalie pour une équipe de ce calibre) et Servette qui revient aussi. Les hommes de Meho Kodro finissent derrière les deux cadors à la 3e place. À noter que cette saison le club grenat bénéficie des services du grand Jean-Pierre Nsame, auteur de 23 buts en 31 matchs.

À la saison 2017-2018, Servette est cette fois devancé par Xamax. Il faut
attendre la saison 2018-2019, pour que Servette prenne ses responsabilités de leader. Alors que tous les bookmakers voyaient Lausanne remonter en Super League, les hommes d’Alain Geiger, nouvellement entraîneur, ne le voyaient pas de cet oeil-là. En 36 matchs, le club grenat empile 79 points et seulement 5 petites défaites. Meilleure attaque et défense du championnat, l’histoire a quand même voulu retarder la promotion du club jusqu’au match contre l’éternel rival : le Lausanne-Sport. Ceux contre qui Servette est descendu en 2012, ceux contre qui en 1999 Servette a gagné son dernier titre de champion suisse. Servette décroche sa promotion le 10 mai 2019, à la Praille, sous le score de 3-1.

La suite de l’histoire, vous la connaissez : Servette retrouve la Super League galvaude la 4e (2019-20) et 3e place (2020-21), se qualifie deux fois pour l’Europe (Europa League et Conference League), le club atteint la demi-finale de Coupe de Suisse en 2021, une première depuis le sacre en 2001. Il n’y a pas à dire : Servette brille depuis !

Alors, il paraît presque aujourd’hui égoïste, d’un point de vue externe et récent, quand on entend les fans se plaindre de la situation actuelle du club. Mais au vu de ces 20 dernières années, le supporter grenat a vécu de véritables montagnes russes et on peut comprendre la peur de certains vis-à-vis d’une nouvelle contre performance du club. Cependant, financièrement, le club semble avoir repris nettement du galon depuis l’arrivée de la Fondation 1890 et côté sportif, Servette semble posséder un effectif à la hauteur de la division. Ainsi, quand vous regardez un match de Servette à la TV ou au stade, observez aussi l’évolution qu’on a parcouru, de Marc Roger à Pascal Besnard, de Sébastien Fournier à Alain Geiger, de Jocelyn Roux à Gaël Clichy et appréciez ce qu’est redevenu aujourd’hui le Servette Football Club. Un club historique dont même l’argent n’a pas réussi à le faire couler.

Post Tenebras Lux!

1LE SERVETTE FC S’ENFONCE DANS LA CRISE, Le Temps, Publié jeudi 10 juillet 2003

2 ibid.

3SERVETTE REVIENT EN SUPER LEAGUE!, RTS Sport, le 1er juin 2011

4«SERVETTE DOIT REDEVENIR UN GRAND CLUB ET BRILLER», Tribune de Genève, le 20 juillet 2019

Jacky Fatton, la première légende du football suisse

Jacky Fatton, la première légende du football suisse

Si vous vous êtes déjà rendus au Stade de Genève, vous avez sûrement aperçu un maillot floqué Fatton n°11 en haut de la Tribune Sud. Ce maillot appartient à Jacques Fatton dit Jacky Fatton, légende du Servette FC, légende du football suisse.

Jacky naît le 19 décembre 1925 à Exincourt, un petit village français en Bourgogne-Franche-Comté. Compte tenu de l’époque, on ne sait pas quel parcours de vie à emprunter le jeune Fatton pour se retrouver au Servette FC 18 années plus tard. Il est toutefois envisageable que, puisqu’en 1943, l’atmosphère européenne n’était pas des plus conviviales et que le petit village d’Exincourt était aux mains de l’Allemagne nazie, la famille Fatton ait été amenée à rejoindre Genève, neutre et francophone.

Le petit Fatton, par son âge et par sa taille (1m66 et 18 ans), a beaucoup plu aux supporters grenats dès son arrivée. Sur le terrain, il était partout, il transcendait les foules et réchauffait les cœurs servettiens de toute classe sociale venue au Stade des Charmilles pour le voir. En dehors du terrain, c’était un personnage attachant et humble doté d’un vrai charisme.

De 1943 à 1954, Jacky joue 191 matchs en 11 ans pour Servette et inscrit plus de 185 buts. Des statistiques très impressionnantes pour l’époque qui sont à nuancer avec celles d’aujourd’hui. À l’époque, on ne jouait pas autant de matchs que de nos jours, car les compétitions européennes n’existaient pas encore, les championnats nationaux étaient plus courts et les remplacements n’étaient pas autorisés : on prenait 11 joueurs et puis c’est tout. De plus, le professionnalisme dans le monde du football est tout nouveau, seules les grandes nations du football l’ont déjà mis en place dans les années 30, ce qui n’est donc pas le cas de la Suisse. Ainsi, la plupart des footballeurs de l’époque travaillaient à côté pour gagner leur vie, jouant donc moins de matchs. Dans les années 40, on jouait 30 matchs maximum par saison tandis qu’aujourd’hui, on peut en jouer le double.

Durant ces belles années servettiennes, Jacky décroche deux championnats suisses (1945/46 et 1949/50), deux souliers d’or (1948/49 et 1949/50) et une coupe nationale (1949).

Niveau international, Fatton est appelé en sélection suisse à 53 reprises entre 1946 et 1955. Sa première sélection sera contre l’Angleterre, le 11 mai 1946, à Stamford Bridge (défaite 4-1). Cependant, il inscrit son premier but 6 mois plus tard, le 5 janvier 1947 contre le Portugal et récidive dans le même match une seconde fois (match nul 2-2).

En 1948, Jacky disputa la Coupe internationale européenne, une sorte de précurseur de l’Euro, qui a duré de 1927 à 1960 et qui opposait seulement 5 nations voisines : la Suisse, l’Italie, la Hongrie, l’Autriche et la Tchécoslovaquie. Cette compétition, créée dans les années 20, était censée rassembler les plus grandes nations footballistiques de l’époque. Les Britanniques, à leur habitude de complexe de supériorité, ne souhaitaient pas y participer. Lors de toutes les éditions, la Suisse a toujours fini lanterne rouge, largement dominée par le reste des nations. L’édition de 1948 était toutefois particulière et signa le déclin de la compétition. La compétition dura 5 années et la Guerre froide rendit difficiles les déplacements en Hongrie et Tchécoslovaquie. Le drame de la Superga, catastrophe aérienne qui décima une partie de l’effectif italien, ne facilita pas les choses. Suite à cette édition, l’UEFA fraîchement créée reprit la compétition.

Ce n’est assurément pas la compétition qui a marqué la Nati ou Jacky Fatton. En effet, c’est en 1950 que le joueur helvète va marquer les esprits. Même si la Suisse ne passe pas le 1er tour, elle va s’en sortir avec une victoire contre le Mexique et un match nul contre le Brésil, pays hôte et grand favori de la compétition. Dans ce match, notamment, Fatton inscrira un doublé devant plus de 42 000 spectateurs à Sao Paulo.

Jacky Fatton faisant la promotion de la marque Ovomaltine pour l’équipe nationale suisse

Le dernier grand fait de Jacky en équipe nationale est la Coupe du monde 1954 qui se déroule en Suisse. Dans un groupe assez relevé, la Suisse et sa vedette Fatton battent l’Italie à deux reprises (2-1 puis 4-1 en match d’appui) dont une réalisation de ce dernier, ce qui permet à la Suisse d’accéder aux quarts de finale. La Suisse échoue aux portes du dernier carré, lors du match le plus prolifique des coupes du monde, une défaite contre le voisin autrichien 7-5 dans le stade flambant neuf de la Pontaise, bien que menant par 3 buts à la 19e minute de jeu. L’aventure de Fatton en équipe nationale finit en 1955, à l’âge de 30 ans, après 29 buts en 53 sélections.

Après la Coupe du monde à la maison, Fatton signe à l’Olympique Lyonnais. En trois saisons avec les Gones, Jacky joue 98 matchs et plante 42 buts. La première saison, Fatton est élu joueur lyonnais de la saison avec 20 réalisations et 9 passes décisives qui ont permis d’éviter la relégation du club lyonnais.

En signant à l’OL, il reçoit la licence de joueur professionnel, ce qui était rare pour un footballeur suisse à l’époque.

Lors de sa dernière saison dans la capitale des Gaules, Jacky va vivre un épisode assez particulier. C’est le jour de Noël en 1956, son équipe se déplace à Paris pour affronter le Racing et l’Helvète reçoit un drôle de cadeau. Le grand espoir Gabriel Solakian, gardien de l’OL de 24 ans, se fracture violemment la jambe lors d’un contact avec un Parisien en fin de première mi-temps. Souvenez-vous en 1956, la règle du remplacement n’existe pas : c’est alors l’attaquant suisse qui doit enfiler les gants. À 10 contre 11, avec Fatton comme gardien, l’OL réalisera quand même l’exploit de gagner 2-1. Malheureusement, le jeune gardien de l’OL qui s’est fracturé la jambe ne jouera plus jamais au football.

Après trois saisons à l’OL, Fatton quitte le club pour des raisons financières. Le joueur revient alors au Servette pour y finir sa carrière. De 1957 à 1963, Fatton joue encore 109 matchs pour 90 buts. Il décroche le championnat pour la saison 1960/61 et 1961/62 où il finit également meilleur buteur de la compétition. Il participe aussi à la toute nouvelle Coupe des clubs champions européens, créée en 1955. À deux reprises, exactement, puisque la compétition était réservée aux champions de toutes les ligues nationales européennes. La première édition que dispute Jacky est en 1961/62, le club grenat atteindra les ⅛ de finale avant d’échouer contre le Dukla Prague. La seconde et dernière fois est l’édition 1962/63, où Servette ne passera pas le 1er tour au terme d’une triple confrontation très riche en suspens contre le Feyenoord Rotterdam.

Depuis la gauche: Vonlanthen, Rahis, Heuri, Schneider, Schaller, Maffiolo, Trainer Leduc, Fatton, Makay, Bosson, Pazmandy, Desbaillet, Farner, Mocellin, Kaiserauer

Finalement, Fatton raccroche les crampons à 38 ans après 17 ans au Servette FC. Dans sa carrière, il aura disputé 397 matchs pour 317 buts, redoutable finisseur, il fut le tout premier serial buteur suisse. Il reste à notre jour le meilleur buteur du club grenat.

Depuis la fin de sa carrière, Fatton est resté un fervent supporter grenat. Le plus souvent possible, on le retrouvait dans les travées du Stade des Charmilles ou celles de la Praille accompagné de son épouse à suivre les bons et mauvais moments du club grenat. Malheureusement, c’est à l’âge de 85 ans, en 2011, que notre cher Jacky nous quitta, laissant derrière lui son histoire. Alors, la prochaine fois que votre cœur vous mène à un match du Servette FC, regardez en direction de la Tribune sud et racontez à la personne qui vous a tendrement accompagné qui est Jacques dit “Jacky” Fatton, légende du Servette FC, légende du football suisse.

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Maradona Servettien ? Pas si impossible que ça !

Maradona Servettien ? Pas si impossible que ça !

Le 25 novembre dernier, le monde du football pleurait la disparition de l’idole de tout un peuple, le Grand Diego Armando Maradona, qui venait de fêter ses 60 ans un mois auparavant. On se remémorait sa légendaire ”Main de Dieu” ainsi que son numéro de soliste face aux Anglais lors du Mondial 1986, tout en abordant sa petite carrière d’entraîneur qui fut moins couronnée de succès. Pourtant, c’est dans ce costume que El Pibe de Oro a failli débarquer au bout du Lac !

On ne va pas se mentir : voir Maradona débarquer sur la pelouse des Charmilles, tunique grenat sur le dos, aurait été un rêve pour bon nombre de supporters à l’époque. Il avait foulé cette pelouse mythique le 21 septembre 1982 avec le Barça, chose dont bon nombre de médias suisses ont évoqué lors de son décès. L’arrivée de Rummenigge en 1987 ainsi que la ”presque-arrivée” de Michel Platini un an auparavant aura quand même permis aux habitués des Charmilles de rêver. En revanche, voir Servette et Diego être liés aurait pu être tout à fait possible ! Explications.

Nous sommes le 18 avril 2004, Servette s’incline 2-0 à la Praille face à YB mais l’événement se passe hors du terrain : Marc Roger, alors président du club, invite son ami de longue date, le Roi Pelé, à assister à la rencontre et ainsi marquer le coup. Le jour même, le triple vainqueur de la Coupe du Monde apprend que Maradona venait de faire un arrêt cardiaque et que son pronostic vital était engagé. Le Brésilien contacte la famille de l’Argentin et associe Marc Roger à son télégramme. Un premier contact qui précède le suivant quelques mois plus tard.

La saison 2004-2005 vient de débuter et Marco Schällibaum vient de prendre la porte. La direction Genevoise entend, au détour d’une interview, DM10 clamer son envie de venir entraîner en Europe et se presse pour le contacter. Roger se met à rêver de Pelé et Maradona dans l’organigramme, comme il le confiait récemment à L’Illustré : «Maradona nous a demandé de lui envoyer des vidéos de nos matchs ainsi que des informations sur le club et les joueurs. Il se disait prêt à garder Adrian Ursea, notre nouveau coach, comme adjoint. L’argent? Nous n’en avions pas encore parlé. A cette époque, Maradona cherchait avant tout à se retaper et à vivre une expérience dans un pays et une ville où il ne serait pas constamment harcelé et épié. Et puis, je n’ai jamais eu l’impression que l’argent était sa motivation principale. Comme Pelé d’ailleurs, qui ne m’a jamais demandé 1 franc pour le soutien qu’il a apporté au Servette.»

Malheureusement et comme tout le monde le sait, l’avenir va s’assombrir à Servette par la suite jusqu’à la faillite en février 2005, faisant voler en éclat le rêve de l’ancien agent de joueur qui a connu une première fois l’idole de Naples dans les années 90 par l’intermédiaire de Michel Basilevitch, l’agent de Johan Cruyff et également son associé. Il affirme également : «N’empêche que, grâce à Pelé, Diego a failli venir au Servette. Nous avions même convenu qu’il fêterait le réveillon du 31 à Genève, en famille. Cela aurait tout changé». Alors que Lionel Messi est en fin de contrat en juin, ne faudrait-il pas mieux lui proposer de venir plus tard en tant qu’entraîneur du côté du Stade de Genève ? À méditer.

Source : https://www.illustre.ch/magazine/grace-pele-maradona-failli-venir-servette

1890: LES DEBUTS D’UNE LEGENDE

1890: LES DEBUTS D’UNE LEGENDE

Il est très difficile de dire avec précision quand on joua pour la première fois au football (alors le football rugby) à Genève. Une chose est certaine, ce sport a été pratiqué bien avant la formation du Servette puisque c’est vers 1869 que certains instituts internationaux de jeunes gens, comme la Châtelaine et le Château de Lancy, ont commencé à pratiquer cette discipline sportive. En Suisse allemande, ce sport se développa dès 1881 dans la plupart des instituts internationaux d’éducation. C’est en 1881 également que l’on note l’existence du F.C de Genève, club formé en majorité d’Anglais, qui obtiendra à la fin de l’année le titre de champion suisse en battant à Berne une formation de Zürich.

A Genève, les enfants des écoles s’intéressent de plus en plus à ce nouveau sport et le pratiquent sur la Plaine de Plainpalais. Plusieurs clubs se forment entre 1880 et 1890, soit avant Servette à savoir le « Grand Club, le « Moyen Club », le « Club du Nord » Le Servette est fondé le 20 mars 1890.

Une fondation quelque peu fortuite. Le club fut en effet crée parce qu’un jeune garçon venait de recevoir un ballon ovale que son père lui avait rapporté d’un voyage en Angleterre. Et comment mieux utiliser ce ballon qu’en fondant un club ? L’histoire de la naissance du Servette FC est heureusement connue dans ses moindres détails grâce au rapport que fit son deuxième président Paul Ackermann à l’occasion du premier anniversaire du club. Paul Ackermann n’avait que 16 ans lorsqu’il succéda au premier président servettien, Emile Bally. Nous publions ci-contre les passages les plus importants relatant la fondation du club.

Rédigé par: Jacques Ducret, hors-ligne, 1990

1891: LE RAPPORT D’ACKERMANN

1891: LE RAPPORT D’ACKERMANN

Genève le 31 Juillet 1891  

Chers collègues et membres du Football-Club de la Servette. Nous voici enfin au premier anniversaire de notre Société et ce n’est pas sans peine que nous sommes arrivés à ce présent résultat. Ayant appris que mon collègue Gouy fondait un club de football, j’exposai à Emile Fiala l’idée suivante : « Vous qui, à la Servette, êtes nombreux, ne pourriez-vous pas fonder un club et, tout en étant en bonne relations avec le club de Gouy, vous pourriez vous exercer en faisant des matches ensemble ; surtout ayant déjà un ballon, ceci vous faciliterait beaucoup mieux la formation de votre société »

Fiala trouvant ses idées parfaitement d’accord avec les miennes, alla de suite vers Perrenod et Liomin pour leur présenter ces idées qu’ils acceptèrent avec empressement. Pendant notre récréation, Fiala, Perrenod et Liomin allèrent avec ardeur recruter des membres pour leur futures société. Ils en trouvèrent deux : Bally et Fiala Albert. C’est depuis ce jour du 20 mars que date notre Société. Ce ne fut pas tout de former un club mais il fallait le ballon, c’était l’essentiel.

Aussi Fiala Emile prêta le sien, ce qui arrangea toute l’affaire car sans ballon notre Société n’existerait pas aujourd’hui.Emile Bally donna aussi un bon coup de main en faisant les cartes d’entrée et en se donnant beaucoup de peine pour trouver les candidats. Les drapeaux furent décidés rouge et vert, dont l’étoffe fut fournier par M.Fiala et les manches achetés aux frais de la Société.

M.Perrenod, de son côté, fournissait des rubans servant pour les décorations de la Société : rouge, vert, blanc. Pour le jeudi suivant, tout était prêt : ballon, drapeaux et engins. Il y eut dix candidats qui se sont présentés ce jour là. Le jeu fut installé dans le pré Wendt, près de chez Fiala. Depuis ce jeudi les candidats arrivent peu à peu. Ce furent : Damon, 22 mars ; Egger, 27 mars ; Dethurens 27 mars ; Deschamps, 27 mars ; Zbinden 27 mars. La Société se composait, le 3 avril, de 12 membres.

La caisse fut ensuite visitée par le président et le capitaine. Ce dernier offrit au président de la ranger, vu qu’avec cet arrangement on ne pouvait arriver à aucune vérification. Le président accepta et le capitane mit la caisse à jour. Depuis ce temps la caisse fut vérifiée et de cette façon la principale chose marchait. Au 1er mai, la Société se composait de 17 membres, c’est-à-dire 5 membres en plus, qui furent Iturbine, Gouy, Paillard, Schroeder, Pagliero. Nous avons eu, le 1er avril, la première démission qui fut celle de Liomin pour cause de travail. Jusqu’ici, la Société n’avait point eu de ballon à elle. Une pétition décida l’achat d’un ballon et que chaque membre serait obligé de donner 50 centimes ; elle fut acceptée par 9 oui contre 3 non.

Le jeu était installé dans le pré Wendt et un jeudi matin, peu après la fondation de notre Société, le propriétaire de l’emplacement où l’on jouait arriva et nous fit déménager en nous disant qu’il ne voulait pas qu’on lui gâtât son pré. Alors nous plions sacs et bagages et nous nous établissons dans un pré situé au-dessus du collège de la Prairie. Là nous commençâmes à jouer avec plaisir.

Déjà depuis la fondation de la Société à nos jours une chose qui fut heureuse et ce qui sauva notre société est que le jeu marcha à cause des amendes que le président, M.Bally mettait aux membres. Sans cela l’on ne serait arrivé à rien, chacun aurait voulu commander dans le club et cela n’aurait pas marché. Un beau jouer, un nouvel obstacle se présenta. Une société de football s’était aussi fondée et jouait sur le même remplacement que nous et le même jour, de manière à nous forcer de dissoudre notre Société. Mais nous ne perdîmes pas courage et nous écrivions une lettre au maire de Plainpalais de manière à savoir si nous pouvions jouer sur la Plaine de Plainpalais.

Le 22 mai 1890 nous recevions une lettre, réponse du maire de Plainpalais avec la permission de jouer sur la plaine ; aussi nous l’acceptâmes avec plaisir. A ce moment le club se composait de 17 membres.

Nous arrivons donc un beau jeudi matin à la plaine où nous nous établîmes ; ceci alla bien, mais peu à peu ceux du Moyen Club ne nous connaissant pas, se moquent de nous ; ceci ne nous encouragea pas moins ; nous les laissions tout simplement faire. Lors de l’assemblée de juin, les cotisations furent fixée à 10 centimes par mois et les amendes des perdants abolies. L’assemblée qui eut lieu en juillet décida bien des artifices sur les membres passifs, de même que l’on jouera le dimanche matin, et c’est aussi depuis ce jour que les casquettes furent obligatoire. Le comité remercie Mlle Bally, qui a bien voulut se charger de faire les casquettes avec plaisir. C’est à partir de cette assemblée que M.Ballydonna sa démission de président et que j’ai été nommé pour prendre les charges de ce dernier…

Rédigé par: Jacques Ducret, hors-ligne, 1990

1899: DE PLAINPALAIS AU PARC DES SPORTS

1899: DE PLAINPALAIS AU PARC DES SPORTS

Le Football-Club de la Servette faillit bien disparaître quelques années seulement après sa fondation. Après avoir dû quitter le Pré Wendt puis le terrain de la Prairie, il obtint donc l’autorisation d’évoluer sur la Plaine de Plainpalais. Les choses se passaient même très bien : le nombre des sociétaires augmentait et les entraînements étaient bien suivis.

Tout va cependant être remis en question en 1896.. Car Genève va recevoir l’Exposition Nationale Suisse et les organisateurs ont besoin de la Plaine de Plainpalais. Les Servettiens doivent trouver un autre terrain. Ils se rendent à Sécheron ou à Plan-Les-Ouates mais les surfaces ne sont pas aptes au jeu. On décide alors de suspendre l’activité du club. Sans l’amitié qui unissait les fondateurs et les nouveaux sociétaires, Servette disparaissait. Mais non, il survit et repart en 1889, année où il récupère les terrains de la Plaine de Plainpalais pour rejouer au rugby puisque c’était le sport que l’on pratiquait alors au Servette.

A l’époque où Servette était condamné à l’inactivité, d’autres clubs étaient crées et imitaient les collèges de Lancy et de la Châtelaine pour se lancer le football association. C’est ainsi qu’en 1896 naissaient le Racing-Club de Genève qui pouvait jouer sur le terrain de l’hippodrome des Charmilles et le F.C la Garance. Ce club avait l’avantage de pouvoir évoluer sur les terrains de la Garance, mis à disposition par M.Barton, qui comptaient parmi les meilleurs « grounds » d’Europe pour la pratique du football et du cricket.

Servette n’avait pu évoluer sur ces magnifiques terrains de la Garance parce qu’il ne jouait pas encore au « football association » mais au rugby. Pas étonnant dès lors si Servette ne fit pas partie des clubs qui fondèrent l’ASF, le 7 avril1895 à Olten et qui furent Grasshoppers, Anglo-American Zurich, Excelsior Zurich, Lausanne FC, La Villa Lausanne, La Villa Longchamp Lausanne, Yverdon, Château de Lancy, la Châtelaine, Bâle, Saint-Gall et Neuchâtel. A l’époque, les Anglais dirigeaient le Football Association suisse et imposaient leur manière de jouer et leurs vue, exigeant par exemple de jouer le samedi ce qui allait provoquer bien des problèmes quelques années plus tard.

C’est en automne 1898 que Servette reprît l’entraînement sur la Plaine de Plainpalais. Le club prenait en effet son vrai départ puisque dimanche après dimanche ses joueurs se rendaient sur la plaine pour s’entraîner. Comme ils pratiquaient le rugby alors que tous les autres clubs genevois se mettaient au football association, il devenait toujours plus difficile de trouver des adversaires. Le comité, alors présidé par Marc Perrenod dût donc se tourner vers la France pour conclure le premier match amical international, face au Stade Grenoblois. L’affrontement eût lieu le lundi de Pâques 3 Avril 1899 à Grenoble et les Servettiens s’inclinèrent 3 à 9.

Servette reçut ensuite la grande équipe de Lyon (3-11 sur la Plaine de Plainpalais, devant 3000 spectateurs) puis sous l’impulsion de son capitaine Déjerine qui jouait au rugby avec Servette et au football association avec le Stellula, l’équipe du Collège puis de l’université, une véritable transformation s’opérait. Réticents au début, les membres du comité du Servette créaient ainsi une section football association.

Celle-ci se développa d’autant plus rapidement que la section rugby ne pouvait rencontrer que des équipes étrangères. Cette année (1899) le championnat de l’ASF fut remporté par l’Anglo American de Zurich. La saison se termina par d’âpres discussions et une scission qui aboutit à la création de la ligue romande. Celle-ci était dirigée par les directeurs des instituts de jeunes gens où prédominaient les Anglais et ceux-ci ne voulaient pas jouer le dimanche. Dégerine, partisan des matches du dimanche, créa alors la « Coupe du dimanche » et fonda le « Sunday team » que l’on peut considérer comme le précurseur de l’équipe de football association du Servette. Le « Sunday team » fit sa première sortie le 3 décembre 1899 à la Chevillarde où il battit le FC Excelsior 2-1.

Dégerine était secrétaire de rédaction à la « Suisse Sportive », revue dont le premier numéro était sorti de presse le 27 avril 1897. Le rédacteur en chef était le DR Aimé Schwob donna son accord et il devait diriger le club du 17 janvier 1900jusqu’en 1912. Aimé Schwob, qui allait s’avérer comme un grand dirigeant, forma un nouveau comité puis fit adopter officiellement par Servette le football et association et le 14 janvier 1900, l’ex-Sunday Team devenu Servette FC battait le FC Exclesior 2-0 sur le terrain de la Garance.

Cette année, Servette remportait la Coupe du dimanche créée parDéjerine  : 14-0 contre Aigle, 2-0 contre le FC Genève et 4-0 en finale contre le FC Neuchâtel. Servette devint membre de l’ASF le 21 Octobre 1900, en même temps que le FC Baden et le FC Fire Flies de Zurich. Après s’être reconstitué, Servette a joué sur la Plaine de Plainpalais puis sur le terrain de la Garance qu’il loue au Stellula, puis loue directement pour… Le sous-louer au même Stellula. Les deux clubs s’entendent parfaitement et leurs joueurs participent la semaine aux match de la ligue romande et le dimanche à ceux de l’ASF.

A cette époque (déjà !) la question des emplacements de jeu est très importante. Certains clubs disparaissent parce qu’ils n’ont pas de terrain. Servette se tourne donc vers le pré Cayla qui deviendra le Parc des Sports. C’était alors l’emplacement du Tennis Club de Genève. Servette obtint l’autorisation d’y jouer au début de 1901. Le premier match au Parc des Sports eut lieu le 31 mars 1901. C’est l’équipe de… Rugby du Servette qui l’inaugura.

Rédigé par: Jacques Ducret, hors-ligne, 1990

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