L’épopée européenne de 2001-2002

L’épopée européenne de 2001-2002

Nous sommes en septembre 2001 : Servette a entamé sa saison avec 4 victoires, 3 nuls ainsi que 3 défaites et s’apprête à débuter une nouvelle campagne en Coupe UEFA, obtenue grâce à la victoire en Coupe la saison dernière. Les Grenat, emmenés par l’actuel coach du Borussia Dortmund Lucien Favre, est composée d’anciens qui ont connu le titre de 99 (Pédat, Fournier, Lonfat et Wolf) et de jeunes espoirs qui deviendront des noms par la suite au sein de la Nati (Frei et Senderos). On pourrait citer Hilton ou Oruma comme autres joueurs fameux mais il y en avait tellement au sein de cet effectif qui voulait faire mieux que la cinquième place de l’an dernier.

Exemptés de tour préliminaire, Servette commence son premier tour face au Slavia Prague, vice-champion tchèque qui vient d’être reversé en C3 suite à leur élimination au troisième tour qualificatif contre la Panathinaïkos. Les Sešívaní, qui signifient ”les cousus”, comptent dans leurs rangs des joueurs comme Jan Suchoparek et Pavel Novotny, finalistes de l’Euro 1996 cinq ans auparavant. Le match aller a lieu quelques jours après les événements du 11 septembre, plus précisément le 20 au Stade des Charmilles. Durant une rencontre ou les occasions viennent de part et d’autre, c’est Wilson Oruma qui délivre tout le stade à un quart d’heure du terme pour permettre aux servettiens de s’imposer sur la plus petite des marges.

Le match retour a lieu une semaine plus tard au Stade Evzena Rosickeho devant une affluence digne des plus belles de la Pontaise (3000 spectateurs). Servette veut directement se mettre à l’abri et c’est ce que fait l’équipe genevoise, qui jouait en bleu ce soir-là, juste avant la quinzième minute de jeu par l’inévitable Wilson Oruma. Le champion olympique 1996 reprend du gauche à l’entrée des seize mètres pour ouvrir la marque et place son équipe sur orbite. Malgré un poteau trouvé par Dill, c’est le Slavia qui va égaliser à la 89e par Petrous, après avoir touché aussi les montants. Le score ne bougera plus et c’est donc le SFC qui se qualifie logiquement.

Le tirage au sort du deuxième tour offre un sympathique déplacement dans la capitale de l’Aragon Saragosse. Le Real Zaragoza s’est sauvé de justesse en Liga la saison dernière (17e et premier non-relégué) mais a remporté la Coupe du Roi en disposant du Celta Vigo en finale (3-1) pour pouvoir disputer la C3, durant laquelle ils ont éliminé Silkeborg sur le score de 5-1 dans les deux confrontations. Pourtant, les Blanquillos restaient sur une belle 4e place en 2000 devant le Real Madrid mais grâce à leur victoire en Champions League, la Maison Blanche leur ravira la dernière place qualificative en C1, mais revenons à notre rencontre du 18 octobre 2001.

Dans une Romareda à moitié garnie (18’000 spectateurs), c’est Servette qui entame de la meilleure des façons la rencontre avec un premier pétard d’Oruma (encore lui) dévié sur le poteau. Servette est clairement la meilleure équipe sur le terrain et mériterait d’ouvrir la marque. On pense que cela va intervenir à la 51ème minute de jeu lorsque Alex Frei allume Lainez qui relâche le ballon entre ses jambes et qui roule lentement ver mais malheureusement Esquerdinha dégage le ballon juste sur la ligne. Du côté espagnol, on ne montre rien du tout mais les coéquipiers de Yordi auront la plus grosse opportunité de la partie. Sur un centre de ce même Esquerdinha, Galletti remet pour Juanele qui n’a plus qu’à la pousser dedans mais heureusement pour les genevois ce dernier loupe l’immanquable. Score nul et vierge au final, tout se jouera le 1er novembre.

Dans un Stade des Charmilles comble, on assiste à un match équilibré ou chaque équipe a ses occasions mais n’arrive pas à inquiéter réellement les portiers Pédat et Juanmi. Les Servettiens perdent Sébastien Fournier sur blessure et qui aurait pu être expulsé mais Monsieur l’arbitre en décida autrement. On se dirige gentiment vers une prolongation lorsque Goran Obradovic, sur une contre-attaque, sert ce diable de Wilson Oruma qui se joue de Pablo pour ajuster Juanmi et faire exploser les Charmilles à la 87e minute. Servette sera au rendez-vous des seizièmes tandis que le Real Saragosse terminera lanterne rouge de Liga en fin de saison.

C’est le Hertha Berlin qui se dresse sur la route de Servette en seizièmes. Le club de la capitale a terminé cinquième de la dernière édition de Bundesliga en ratant de peu la qualification en C1. Ils se sont débarassés aisément de Westerlo et du Viking Stavanger par le même score sur les deux confrontations, à savoir 3-0. C’est donc le 22 novembre que le match aller a lieu aux Charmilles entre un Servette qui vient de s’incliner dans le derby du Rhône et un Hertha privé de son portier au jogging Kiraly, que vous avez pu voir lors de l’Euro 2016, et Sebastian Deisler. Au terme d’un match qui aurait pu basculé d’un côté comme de l’autre, le score de 0-0 laisse tout ouvert pour le match retour le 6 décembre à l’Olympiastadion.

C’est donc un Servette FC qui vient d’assurer sa qualification pour le tour final qui se présente sur le pré face à un Hertha Berlin qui reste sur dix matchs sans défaite, notamment le dernier ou les hommes de Jürgen Röber se sont imposés face au Bayern devant 52’000 personnes. Malheureusement, seuls 10’000 personnes ont bravé le froid pour cette rencontre qui voit le Hertha se porter à l’assaut du but de Pédat qui montre qu’il est présent.

Servette est au niveau de son adversaire et va profiter de sa première offensive pour ouvrir le score par l’increvable Vitorino Hilton (43 ans et toujours en activité à l’heure ou j’écris ces lignes !) bien servi sur coup franc par Oscar Londono. Malgré l’expulsion de van Burik, les berlinois assiègent toujours le but adverse mais Eric Pédat dégoûte Marcelinho et ses coéquipiers pour permettre aux Grenat d’être devant à la pause.

Les servettiens vont faire le trou juste après le retour après un contre mené par Londono qui transmet le ballon à Obradovic. Le numéro 10 trouve Alexander Frei qui ne se pose pas de questions. Le coup de grâce sera donné par ce même Obradovic qui reprend victorieusement de la tête un coup franc de ”Piquet” qui s’était écrasé sur la barre et plus rien ne bougera. Le Servette FC vient très certainement de réaliser le plus grand exploit européen de son histoire (Fournier avouera plus tard avoir estimé à 20% les chances de qualification avant le match retour) en éliminant une équipe avec un budget huit fois supérieur au sien. Pour la première fois depuis onze ans, un club suisse sera au rendez-vous printanier des Coupes d’Europe !

Toutefois, le tirage au sort ne fut pas le plus clément pour les Grenat, qui héritèrent du FC Valence qui est à ce moment-là une redoutable équipe sur la scène nationale et continentale. En effet, les hommes de Rafael Benitez restent sur deux finales consécutives de Champions League perdues face au Real et au Bayern et malgré une qualification ratée pour la C1, se bat pour un titre de champion qui le fuit depuis 30 ans et qu’il obtiendront en fin de saison.

Néanmoins, malgré deux qualifications aisées lors de deux premiers tours face au Tchernomorets puis au Legia Varsovie, les Blanquinegros ont été obligés de passer par les tirs au but contre le Celtic, laissant penser qu’un autre exploit des genevois est possible. Malheureusement, la manche aller le 19 février 2002 à Mestalla tournera largement en faveur des coéquipiers de David Albelda qui s’imposent 3-0 grâce à un CSC d’Hilton ainsi que des buts de Pablo Aimar et Salva. Les hommes de Lucien Favre pourront ruminer deux grosses occasions ratées qui auraient pu mettre l’équipe dans une meilleure posture avant le match retour.

Avant ce match retour, les joueurs veulent terminer sur une bonne note mais aucun d’eux n’évoque un improbable exploit. Croyaient-ils vraiment au fond d’eux-même ? Si c’est le cas, leurs espoirs vont vite être douchés par Sanchez dans le premier quart d’heure. Servette pousse face à une équipe valencienne remaniée mais ne trouve pas la faille jusqu’à la 37e minute par Robert. On se dirige vers un score de parité lorsque Angulo ajuste Pédat et glace le 9018 spectateurs présents au Charmilles.

Alex Frei évitera une nouvelle défaite face aux Espagnols en égalisant à la 67e pour établir le score final à 2-2, avec un score cumulé de 2-5 qui qualifie les coéquipiers de Canizares pour les quarts ou ils seront battus par l’Inter mais remportera la Coupe UEFA en 2004 avec le championnat par la même occasion. De son côté, le Servette FC gagnera le droit de re-disputer la Coupe UEFA en finissant 4e de LNA. Ils élimineront le Spartak Erevan avant de tomber face à l’Amica Wronki au 1er tour. C’est d’ailleurs la dernière fois que le club aux 17 titres atteindra le tour principal d’une compétition européenne.

Si vous souhaitez en apprendre plus sur cette épopée :

http://www.super-servette.ch/europa_uefacup_FR.htm

Un Ballon d’Or au Servette ! Karl-Heinz Rummenigge est grenat.

Un Ballon d’Or au Servette ! Karl-Heinz Rummenigge est grenat.

N’avez-vous jamais rêvé de voir un Ballon d’Or fouler la pelouse de votre stade, porter vos couleurs et marquer d’innombrables buts devant une foule de supporters ? Un joueur ayant gagné la Coupe d’Europe des clubs champions, l’Euro et ayant participé à deux finales de coupes du monde. Imaginez un joueur de ce type signer au Servette. C’est exactement ce qu’ont vécu les supporters Grenats en 1987 avec Rummenigge. Retour sur son parcours et sur sa période grenat.

Actuellement président du conseil d’administration du Bayern Munich, Rummenigge n’est pas un inconnu dans le monde du football. Les plus jeunes ont sûrement oublié, ou n’ont jamais su, quel énorme joueur il était. Voici donc le parcours de notre cher Karl-Heinz.

Un nouveau roi de Munich

Formé au Borussia Lippstadt, un petit club amateur, Karl-Heinz rejoint dès le début de sa carrière le Bayern Munich. A 19 ans, personne ne doute de son talent, il s’impose assez rapidement en tant que titulaire et aide le club à atteindre la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions, dès sa première saison au club. Une finale contre Leeds United qu’il ne jouera malheureusement pas (il reste sur le banc) mais cela n’empêche pas le club de soulever le trophée et de lancer une carrière que très peu de joueurs ont eu.

Il ne lui fallut attendre pas plus que l’année suivante pour atteindre de nouveau la finale de la Coupe d’Europe, en battant des équipes comme le Benfica et le Real Madrid. Mais cette fois, il était bel et bien sur le terrain. Il soulève donc sa deuxième Coupe d’Europe d’affilée à seulement 20 ans.

Il est important de citer qu’il ne jouait pas avec n’importe qui. Lors de cette finale en 1976, il jouait en attaque avec le grand Gerd Muller, avec Uli Hoeness en soutien et personne d’autre que Beckenbauer en défense. Quelle équipe !

Après une période un peu creuse du club, Rummenigge montre toute l’étendue de ses talents entre 1979 et 1981, en finissant à plus de 25 buts en championnat durant ces 2 saisons (26 buts 79/80 et 29 buts 80/81). Gagnant du coup le Ballon d’Or à deux reprises en 1980 et 1981.

(Diego Maradona et Rummenigge à la finale de Coupe du Monde 1986)

Parcours avec l’Allemagne de l’Ouest (RFA)

Son premier Ballon d’Or n’est pas seulement grâce à ses excellentes performances avec le Bayern Munich, mais aussi grâce à ses prestations durant les matchs de l’équipe nationale. En effet, lors de la Coupe d’Europe 1980, « Kalle » amène l’Allemagne de l’Ouest en finale contre la Belgique, une finale qu’ils gagnent 2:1 avec une passe décisive de Rummenigge. Le voilà donc Champion d’Europe.

Après cela il devient peu à peu capitaine de l’équipe nationale et va participer à deux finales de Coupe du Monde. Une en 1982, perdue face à l’Italie et l’autre en 1986, perdue elle aussi face à l’Argentine de Diego Maradona, malgré un but de Karl-Heinz.

Passage en Italie

(Karl-Heinz Rummenigge et Michel Platini)

Après 310 matches et 217 buts, il prend la direction de l’Inter Milan, en 1984, pour un transfert de 8,5 milliards de lire (l’équivalent de 5,9 millions de francs suisse aujourd’hui). Une somme record, il faut aussi dire qu’il venait de finir meilleur buteur de la Bundesliga avec 26 buts.

A l’Inter Milan, il eut un parcours mitigé, malgré avoir atteint deux fois les demi-finales en Coupe d’Europe sortant à chaque fois face au Real Madrid et avoir marqué 24 buts en 64 matches.

Arrivée en terres Genevoises

C’est bien là que l’histoire avec les Servettiens commence. Le double champion d’Europe en clubs, champion d’Europe, capitaine de l’équipe nationale de l’Allemagne de l’Ouest et surtout double Ballon d’Or pose ses valises à Genève.

Après une longue blessure, « Kalle » se lance un nouveau défi. Malgré des offres financièrement meilleures en Italie et en Allemagne, il décide de venir en Suisse en partie grâce au président de l’époque.

« Non, croyez moi, l’aspect financier à été secondaire. J’aurai pu gagné beaucoup plus en allant jouer dans d’autres clubs […] j’ai refusé des offres de Pescara, Cesena et du Bayern » declara-t’il à l’illustré.

(Ici Kalle contre St-Gall)

Son premier match à lieu le 13 octobre 1987, revenant donc de blessure, il prend du temps à trouver ses marques et marque son premier but le 13 décembre 1987 au stade des Charmilles. Puis il echaine,  comme par exemple son triplé contre Young Boys ou doublé contre Xamax, pour ne citer que ceux-là. Il finit la saison avec 10 buts en 17 matches.

Numéro 11 sur le dos, il est innarêtable. Il faut dire que là aussi il est bien entouré. Avec le brésilien José Sinval, le Danois John Eriksen (36 buts en 34 matchs !), Lucien Favre à la baguette et Pascal Besnard l’équipe joue très bien. Mais elle finira malheureusement à la deuxième place derrière le rival Neuchâtelois.

En Suisse alémanique Rummenigge attire les foules, par exemple lors du déplacement à St-Gall, le 24 avril 1988, pas moins de 13’000 personnes sont venues voir le match. Un match où il ravi ses fans en marquant un but de la tête.

Sa deuxième saison en Grenat est encore meilleure, en tout cas individuellement. On peut citer son quadruplé contre St-Gall ou son doublé face aux Lausannois à la Pontaise. Il finit sa deuxième saison avec 25 buts en 37 matchs. Un bilan permettant à Servette terminé deuxième de son championnat.

(Rummenigge, 3ème en partant de la droite, avec d’autres visages familier, Lucien Favre, 1er en haut a gauche, et Pascal Besnard, tout en bas à droite)

Un court passage de 2 ans au club, mais tout de même, un joueur d’une telle réputation qui finit sa carrière à Servette il n’y en a pas eu beaucoup. De plus, comme il le disait lui-même, il n’était pas venu pour une retraite dorée et effectivement les statistiques ne mentent pas.

Suite à sa grande carrière de footballeur Kalle a été commentateur pour l’équipe d’Allemagne sur une chaine TV, avant de devenir vice-président du Bayern Munich en 1991 et puis président du conseil d’administration du club avec ses bons vieux amis tels que Uli Hoeness et Beckenbauer.

Espérons à l’avenir revoir d’aussi grands joueurs au club que ce soit pendant ou en fin de carrière.

1890: LES DEBUTS D’UNE LEGENDE

1890: LES DEBUTS D’UNE LEGENDE

Il est très difficile de dire avec précision quand on joua pour la première fois au football (alors le football rugby) à Genève. Une chose est certaine, ce sport a été pratiqué bien avant la formation du Servette puisque c’est vers 1869 que certains instituts internationaux de jeunes gens, comme la Châtelaine et le Château de Lancy, ont commencé à pratiquer cette discipline sportive. En Suisse allemande, ce sport se développa dès 1881 dans la plupart des instituts internationaux d’éducation. C’est en 1881 également que l’on note l’existence du F.C de Genève, club formé en majorité d’Anglais, qui obtiendra à la fin de l’année le titre de champion suisse en battant à Berne une formation de Zürich.

A Genève, les enfants des écoles s’intéressent de plus en plus à ce nouveau sport et le pratiquent sur la Plaine de Plainpalais. Plusieurs clubs se forment entre 1880 et 1890, soit avant Servette à savoir le « Grand Club, le « Moyen Club », le « Club du Nord » Le Servette est fondé le 20 mars 1890.

Une fondation quelque peu fortuite. Le club fut en effet crée parce qu’un jeune garçon venait de recevoir un ballon ovale que son père lui avait rapporté d’un voyage en Angleterre. Et comment mieux utiliser ce ballon qu’en fondant un club ? L’histoire de la naissance du Servette FC est heureusement connue dans ses moindres détails grâce au rapport que fit son deuxième président Paul Ackermann à l’occasion du premier anniversaire du club. Paul Ackermann n’avait que 16 ans lorsqu’il succéda au premier président servettien, Emile Bally. Nous publions ci-contre les passages les plus importants relatant la fondation du club.

Rédigé par: Jacques Ducret, hors-ligne, 1990

1891: LE RAPPORT D’ACKERMANN

1891: LE RAPPORT D’ACKERMANN

Genève le 31 Juillet 1891  

Chers collègues et membres du Football-Club de la Servette. Nous voici enfin au premier anniversaire de notre Société et ce n’est pas sans peine que nous sommes arrivés à ce présent résultat. Ayant appris que mon collègue Gouy fondait un club de football, j’exposai à Emile Fiala l’idée suivante : « Vous qui, à la Servette, êtes nombreux, ne pourriez-vous pas fonder un club et, tout en étant en bonne relations avec le club de Gouy, vous pourriez vous exercer en faisant des matches ensemble ; surtout ayant déjà un ballon, ceci vous faciliterait beaucoup mieux la formation de votre société »

Fiala trouvant ses idées parfaitement d’accord avec les miennes, alla de suite vers Perrenod et Liomin pour leur présenter ces idées qu’ils acceptèrent avec empressement. Pendant notre récréation, Fiala, Perrenod et Liomin allèrent avec ardeur recruter des membres pour leur futures société. Ils en trouvèrent deux : Bally et Fiala Albert. C’est depuis ce jour du 20 mars que date notre Société. Ce ne fut pas tout de former un club mais il fallait le ballon, c’était l’essentiel.

Aussi Fiala Emile prêta le sien, ce qui arrangea toute l’affaire car sans ballon notre Société n’existerait pas aujourd’hui.Emile Bally donna aussi un bon coup de main en faisant les cartes d’entrée et en se donnant beaucoup de peine pour trouver les candidats. Les drapeaux furent décidés rouge et vert, dont l’étoffe fut fournier par M.Fiala et les manches achetés aux frais de la Société.

M.Perrenod, de son côté, fournissait des rubans servant pour les décorations de la Société : rouge, vert, blanc. Pour le jeudi suivant, tout était prêt : ballon, drapeaux et engins. Il y eut dix candidats qui se sont présentés ce jour là. Le jeu fut installé dans le pré Wendt, près de chez Fiala. Depuis ce jeudi les candidats arrivent peu à peu. Ce furent : Damon, 22 mars ; Egger, 27 mars ; Dethurens 27 mars ; Deschamps, 27 mars ; Zbinden 27 mars. La Société se composait, le 3 avril, de 12 membres.

La caisse fut ensuite visitée par le président et le capitaine. Ce dernier offrit au président de la ranger, vu qu’avec cet arrangement on ne pouvait arriver à aucune vérification. Le président accepta et le capitane mit la caisse à jour. Depuis ce temps la caisse fut vérifiée et de cette façon la principale chose marchait. Au 1er mai, la Société se composait de 17 membres, c’est-à-dire 5 membres en plus, qui furent Iturbine, Gouy, Paillard, Schroeder, Pagliero. Nous avons eu, le 1er avril, la première démission qui fut celle de Liomin pour cause de travail. Jusqu’ici, la Société n’avait point eu de ballon à elle. Une pétition décida l’achat d’un ballon et que chaque membre serait obligé de donner 50 centimes ; elle fut acceptée par 9 oui contre 3 non.

Le jeu était installé dans le pré Wendt et un jeudi matin, peu après la fondation de notre Société, le propriétaire de l’emplacement où l’on jouait arriva et nous fit déménager en nous disant qu’il ne voulait pas qu’on lui gâtât son pré. Alors nous plions sacs et bagages et nous nous établissons dans un pré situé au-dessus du collège de la Prairie. Là nous commençâmes à jouer avec plaisir.

Déjà depuis la fondation de la Société à nos jours une chose qui fut heureuse et ce qui sauva notre société est que le jeu marcha à cause des amendes que le président, M.Bally mettait aux membres. Sans cela l’on ne serait arrivé à rien, chacun aurait voulu commander dans le club et cela n’aurait pas marché. Un beau jouer, un nouvel obstacle se présenta. Une société de football s’était aussi fondée et jouait sur le même remplacement que nous et le même jour, de manière à nous forcer de dissoudre notre Société. Mais nous ne perdîmes pas courage et nous écrivions une lettre au maire de Plainpalais de manière à savoir si nous pouvions jouer sur la Plaine de Plainpalais.

Le 22 mai 1890 nous recevions une lettre, réponse du maire de Plainpalais avec la permission de jouer sur la plaine ; aussi nous l’acceptâmes avec plaisir. A ce moment le club se composait de 17 membres.

Nous arrivons donc un beau jeudi matin à la plaine où nous nous établîmes ; ceci alla bien, mais peu à peu ceux du Moyen Club ne nous connaissant pas, se moquent de nous ; ceci ne nous encouragea pas moins ; nous les laissions tout simplement faire. Lors de l’assemblée de juin, les cotisations furent fixée à 10 centimes par mois et les amendes des perdants abolies. L’assemblée qui eut lieu en juillet décida bien des artifices sur les membres passifs, de même que l’on jouera le dimanche matin, et c’est aussi depuis ce jour que les casquettes furent obligatoire. Le comité remercie Mlle Bally, qui a bien voulut se charger de faire les casquettes avec plaisir. C’est à partir de cette assemblée que M.Ballydonna sa démission de président et que j’ai été nommé pour prendre les charges de ce dernier…

Rédigé par: Jacques Ducret, hors-ligne, 1990

1899: DE PLAINPALAIS AU PARC DES SPORTS

1899: DE PLAINPALAIS AU PARC DES SPORTS

Le Football-Club de la Servette faillit bien disparaître quelques années seulement après sa fondation. Après avoir dû quitter le Pré Wendt puis le terrain de la Prairie, il obtint donc l’autorisation d’évoluer sur la Plaine de Plainpalais. Les choses se passaient même très bien : le nombre des sociétaires augmentait et les entraînements étaient bien suivis.

Tout va cependant être remis en question en 1896.. Car Genève va recevoir l’Exposition Nationale Suisse et les organisateurs ont besoin de la Plaine de Plainpalais. Les Servettiens doivent trouver un autre terrain. Ils se rendent à Sécheron ou à Plan-Les-Ouates mais les surfaces ne sont pas aptes au jeu. On décide alors de suspendre l’activité du club. Sans l’amitié qui unissait les fondateurs et les nouveaux sociétaires, Servette disparaissait. Mais non, il survit et repart en 1889, année où il récupère les terrains de la Plaine de Plainpalais pour rejouer au rugby puisque c’était le sport que l’on pratiquait alors au Servette.

A l’époque où Servette était condamné à l’inactivité, d’autres clubs étaient crées et imitaient les collèges de Lancy et de la Châtelaine pour se lancer le football association. C’est ainsi qu’en 1896 naissaient le Racing-Club de Genève qui pouvait jouer sur le terrain de l’hippodrome des Charmilles et le F.C la Garance. Ce club avait l’avantage de pouvoir évoluer sur les terrains de la Garance, mis à disposition par M.Barton, qui comptaient parmi les meilleurs « grounds » d’Europe pour la pratique du football et du cricket.

Servette n’avait pu évoluer sur ces magnifiques terrains de la Garance parce qu’il ne jouait pas encore au « football association » mais au rugby. Pas étonnant dès lors si Servette ne fit pas partie des clubs qui fondèrent l’ASF, le 7 avril1895 à Olten et qui furent Grasshoppers, Anglo-American Zurich, Excelsior Zurich, Lausanne FC, La Villa Lausanne, La Villa Longchamp Lausanne, Yverdon, Château de Lancy, la Châtelaine, Bâle, Saint-Gall et Neuchâtel. A l’époque, les Anglais dirigeaient le Football Association suisse et imposaient leur manière de jouer et leurs vue, exigeant par exemple de jouer le samedi ce qui allait provoquer bien des problèmes quelques années plus tard.

C’est en automne 1898 que Servette reprît l’entraînement sur la Plaine de Plainpalais. Le club prenait en effet son vrai départ puisque dimanche après dimanche ses joueurs se rendaient sur la plaine pour s’entraîner. Comme ils pratiquaient le rugby alors que tous les autres clubs genevois se mettaient au football association, il devenait toujours plus difficile de trouver des adversaires. Le comité, alors présidé par Marc Perrenod dût donc se tourner vers la France pour conclure le premier match amical international, face au Stade Grenoblois. L’affrontement eût lieu le lundi de Pâques 3 Avril 1899 à Grenoble et les Servettiens s’inclinèrent 3 à 9.

Servette reçut ensuite la grande équipe de Lyon (3-11 sur la Plaine de Plainpalais, devant 3000 spectateurs) puis sous l’impulsion de son capitaine Déjerine qui jouait au rugby avec Servette et au football association avec le Stellula, l’équipe du Collège puis de l’université, une véritable transformation s’opérait. Réticents au début, les membres du comité du Servette créaient ainsi une section football association.

Celle-ci se développa d’autant plus rapidement que la section rugby ne pouvait rencontrer que des équipes étrangères. Cette année (1899) le championnat de l’ASF fut remporté par l’Anglo American de Zurich. La saison se termina par d’âpres discussions et une scission qui aboutit à la création de la ligue romande. Celle-ci était dirigée par les directeurs des instituts de jeunes gens où prédominaient les Anglais et ceux-ci ne voulaient pas jouer le dimanche. Dégerine, partisan des matches du dimanche, créa alors la « Coupe du dimanche » et fonda le « Sunday team » que l’on peut considérer comme le précurseur de l’équipe de football association du Servette. Le « Sunday team » fit sa première sortie le 3 décembre 1899 à la Chevillarde où il battit le FC Excelsior 2-1.

Dégerine était secrétaire de rédaction à la « Suisse Sportive », revue dont le premier numéro était sorti de presse le 27 avril 1897. Le rédacteur en chef était le DR Aimé Schwob donna son accord et il devait diriger le club du 17 janvier 1900jusqu’en 1912. Aimé Schwob, qui allait s’avérer comme un grand dirigeant, forma un nouveau comité puis fit adopter officiellement par Servette le football et association et le 14 janvier 1900, l’ex-Sunday Team devenu Servette FC battait le FC Exclesior 2-0 sur le terrain de la Garance.

Cette année, Servette remportait la Coupe du dimanche créée parDéjerine  : 14-0 contre Aigle, 2-0 contre le FC Genève et 4-0 en finale contre le FC Neuchâtel. Servette devint membre de l’ASF le 21 Octobre 1900, en même temps que le FC Baden et le FC Fire Flies de Zurich. Après s’être reconstitué, Servette a joué sur la Plaine de Plainpalais puis sur le terrain de la Garance qu’il loue au Stellula, puis loue directement pour… Le sous-louer au même Stellula. Les deux clubs s’entendent parfaitement et leurs joueurs participent la semaine aux match de la ligue romande et le dimanche à ceux de l’ASF.

A cette époque (déjà !) la question des emplacements de jeu est très importante. Certains clubs disparaissent parce qu’ils n’ont pas de terrain. Servette se tourne donc vers le pré Cayla qui deviendra le Parc des Sports. C’était alors l’emplacement du Tennis Club de Genève. Servette obtint l’autorisation d’y jouer au début de 1901. Le premier match au Parc des Sports eut lieu le 31 mars 1901. C’est l’équipe de… Rugby du Servette qui l’inaugura.

Rédigé par: Jacques Ducret, hors-ligne, 1990

1907: LE PREMIER TITRE

1907: LE PREMIER TITRE


Le Servette va connaître un rapide développement dès l’inauguration du Parc des Sports. Il devient le premier club de Genève, tant en rugby qu’en football. En 1902, alors que le club compte plus de cent membres, on construit la première tribune réservée aux dames et aux membres du comité. Sa réalisation coûta quelque 2000 francs, somme couverte par les souscriptions des joueurs qui achètent des parts de 5 francs.
 
Cette même année, Servette assit de manière spectaculaire sa suprématie genevois. Il est défié par son grand rival du moment, le FC Excelsior, et les quatre équipes des deux clubs s’affrontent en janvier aux Charmilles. Servette l, ll et lV s’imposent, alors que Servette lll concède le match nul à Excelsior lll. Cette même année Servette football (on ne parlera plus désormais de Football association) effectue son premier déplacement à l’étranger, allant affronter à Paris le Racing-Club de France et obtenant un méritoire 2 à 2.


A l’époque, le championnat suisse est divisé en trois régions. Servette doit attendre 1904 pour remporter le groupe romand, ce qui lui vaut de participer aux finales pour le titre. A Berne, il tient en échec Saint-Gall 1-1 mais s’incline ensuite 2-0 devant les Bâlois d’Old-Boys. Servette dispute encore les finales en 1906 (défaite contre Winterthour, victoire sur les Young-Boys-Winterthour champion grâce à sa nette victoire de 5-2 sur les Bernois). Ce n’est  toutefois que partie remise. Servette est à nouveau vainqueur du groupe romand en 1907, devant Genève, Neuchâtel, Montriond et la Chaux-de-Fonds. Les autres champions de groupe sont Bâle pour la Suisse centrale et les Young-Fellows pour la Suisse orientale.

Servette remporte son premier titre de champion suisse en battant en finale Bâle 5-1 puis les Young-Fellows 1-0 après prolongations.
En 1908, la Suisse est divisée en deux régions. Servette termine sa poule à égalité de points avec les Young-Boys mais s’incline en match de barrage. Cette saison est marquée par le premier match international sur le terrain de football des Charmilles qui se trouvait alors le long de la rue de Lyon, la tribune agrandie pour contenir 200 places étant parallèle à la route. Le terrain de rugby était lui à l’emplacement actuel du stade.

Les buts de l’équipe de Suisse sont défendu par le gardien servettien Dreyfuss qui ne peut empêcher le succès de la France (2-1). Jusqu’à la mobilisation en 1814 les « grenat » remportent encore trois fois le titre romand mais échouent régulièrement dans les finales. Outre Dreyfuss, un autre Servettien devait s’illustrer avec l’équipe nationale, l’attaquant Renand qui émerveilla même les Anglais en 1910. En1914, l’ASF décide de n’organiser qu’un championnat intérimaire en quatre régions. L’année suivante, les « grenat » sont champions romands et en demi-finale ils battent les Youg-Boys, tandis que Bruhl se défait d’Aarau. Le 6 juin 1915 en finale à Berne, Bruhl gagne 3-0. Les deux prochaines saison sont moins fructueuses, Cantonal et la Chaux-de-Fonds dominant le groupe romand.


Autre événement d’importance à signaler pour cette période. Le DR. Aimé Schwob, président du club depuis 1900décide de ne plus accepter de réélection en 1912. Il a énormément apporté au club, le structurant, le dirigeant avec une compétente autorité, le plaçant sur les rails du succès. Le DR. Schwob a également crée le « bulletin officiel du Servette F.C » en 1911 et a fait partie de la commission des arbitres. Pierre Carteret (1912-1913) André Vierne (1913-1915) et surtout Gabriel Bonnet (1915-1927) se succèdent à la présidence du club.


Autre événement d’importance à signaler pour cette période. Le DR. Aimé Schwob, président du club depuis 1900décide de ne plus accepter de réélection en 1912. Il a énormément apporté au club, le structurant, le dirigeant avec une compétente autorité, le plaçant sur les rails du succès. Le DR. Schwob a également crée le « bulletin officiel du Servette F.C » en 1911 et a fait partie de la commission des arbitres. Pierre Carteret (1912-1913) André Vierne (1913-1915) et surtout Gabriel Bonnet (1915-1927) se succèdent à la présidence du club.

Rédigé par: Jacques Ducret, hors-ligne, 1990

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