De champion suisse à barragiste: La longue déroute du XXIe siècle du Servette FC

De champion suisse à barragiste: La longue déroute du XXIe siècle du Servette FC

Club historique ?

Comment reconnaît-on un club historique ? Est-ce sa capacité à dominer son championnat national pendant plusieurs années ? À gagner toujours plus de titres ? Certes, l’histoire veut qu’on ne retienne que les vainqueurs, le Real Madrid de Zidane, le Manchester United de Sir Alex Ferguson ou encore le Brésil de Pelé pour ne citer qu’eux. Dans les livres d’histoire, ces noms sont marqués au fer-blanc, sous-lignés et surlignés. Mais on n’oublie souvent que ce qui fait l’histoire est souvent ce qui étonne, une équipe qui se relève, qui sort de nul part et n’abdique jamais : l’Ajax en Ligue des Champions récemment, la Juventus reléguée en
Serie B en 2006, les Pays-bas des années 70. Des équipes qui n’ont jamais rien gagné, mais qui ont marqué le cœur des supporters et des amoureux de football.

L’histoire que je vais vous raconter montre ce qui fait du Servette FC, un club historique. Mettons de côté le palmarès, les titres glanés, les joueurs légendaires, les épopées européennes, toutes plus belles les unes que les autres, qui certes contribuent, sans aucun doute, à l’image et au prestige du club, mais qui ne sont rien comparés à ce que je vais raconter.

Car c’est à travers les pires moments qu’on reconnait les gagnants, n’est-ce pas ce qu’on vous a toujours appris ? “Oui c’est un bon entraîneur mais il n’a jamais été dans une équipe qui n’a pas le niveau”, “Oui c’est une bonne équipe mais elle n’a jamais été mené au score”, “Oui c’est un bon joueur, mais il n’a jamais confirmé ailleurs”. Le compétiteur se relève, le
perdant reste à terre. On respecte celui qui s’impose aussi bien quand il gagne que quand il perd. C’est exactement ce qui s’est passé avec Servette en ce début de siècle. Le club a réussi là où beaucoup auraient échoué : il est revenu, alors qu’il était au plus bas.

Laissez-moi, alors, vous raconter la longue déroute du Servette FC des années 2000-2010, de la double faillite à l’Europe.

Tout allait bien…

Au sortir de la saison 98/99, le Servette remporte le championnat suisse pour la 17e fois face au Lausanne-Sport, l’éternel rival. Personne ne se dit alors que le club genevois ne va plus en gagner un suite à ça et que le club va bientôt disparaître des radars de l’élite suisse footballistique. Quelques mois plus tard, le club sous la houlette de Christian Hervé, du groupe Canal+, entame la construction d’un stade à la hauteur du prestige du club. Au revoir le Stade des Charmilles, bonjour le Stade de Genève. Malheureusement, entre 2000 et 2003, les comptes du club s’aggravent, le stade coûte cher, le budget n’est pas respecté, les joueurs ne reçoivent plus leur salaire et les lunettes d’illusions que portaient les dirigeants se brisent.

Le club qui en une saison a perdu le Stade des Charmilles et Alexander Frei (cf. Alexander Frei, meilleur suisse de l’histoire ?), mais aussi Canal+, le bénéficiaire majoritaire du club. De plus, on se rend compte aussi que les affluences prévues ne sont pas au rendez-vous : « Nous avions budgété une moyenne de 8000 spectateurs payants par match (avec les
abonnés) et sur un sponsoring en hausse. La moyenne s’est élevée à 6500-7000, avec les 30 000 personnes du match d’ouverture (15 000 payants). Une diminution de 1000 spectateurs coûte 25 000 francs à Servette par match. Quant au sponsoring, nous avons encaissé 30 à 40% de moins que prévu.
»1 (cf. Affluences des supporters grenats au fil des
époques.
).

Le Stade de Genève, partiellement rempli à son habitude…

À la trêve estivale, le responsable financier du club, Olivier Bull démissionne : «Je suis arrivé sous l’ère de Canal +, et les choses ont bien changé depuis. Les problèmes incessants de trésorerie rendent mon travail nettement moins intéressant. Je suis un financier d’un certain niveau, et dans la structure actuelle, je n’ai plus ma place ici. Pour gérer les dettes au quotidien, le club peut engager un «scribouillard» bien rigoureux. Je comprends la situation économique, je cautionne le travail de fond effectué, mais j’ai d’autres ambitions.»2

Pelé et Marc Roger

Pas le temps de se préoccuper, Marc Roger, agent de joueurs français, reprend le club. Il est connu pour être l’agent de plusieurs stars du foot tel qu’Anelka, Vieira, Makélélé, et même Ronaldo. Ceci va lui permettre d’attirer beaucoup de grands joueurs au club comme Karembeu, Moldovan, Valdivia ou Beauséjour.

Pour permettre de retrouver une sérénité financière, les joueurs acceptent de baisser leur salaire la saison suivante. Marc Roger souhaite aussi réaliser le plus de plus-value possible sur le transfert de jeunes talents du club comme Senderos à Arsenal, mais cela ne couvre pas toutes les dettes. Car en effet, Canal+ injectait 4 à 5 millions de francs par année dans le club pour boucher les trous et combler les dettes s’élevant à 7 millions de francs. Les derniers 2 millions de francs étaient avancés par les actionnaires. Les choix de Roger se sont avérés très aléatoires, et même s’il était un bon agent, il n’est pas devenu un bon dirigeant. Les résultats sportifs de Servette n’ont pas aidé le dirigeant et après une saison, le club est à nouveau en difficulté financière ce qui lui fait débuter le championnat 2004-05 avec 3 points de retard.

Au plus bas

Malheureusement, le club ne terminera jamais cette saison en Super League, car le 4 février 2005, le juge proclame la faillite de Servette, les M-21 devenant ainsi l’équipe première. Le club est alors relégué au statut d’amateur et est relégué en 1ère Ligue. Le club finit 14e de 1ère ligue, jouant contre Etoile Carouge, Chênois, Grand-Lancy ou UGS dont la moitié dans un Stade de Genève démesurément vide. Francisco Vinas, catalan actionnaire du club, reprend le Servette durant cette période difficile.

Toutefois, Servette n’y reste pas longtemps, puisque la saison d’après le club finit premier et rejoint avec Etoile Carouge la Challenge League. On est loin des Senderos ou Frei, mais des jeunes émergent comme Tibert Pont cette saison-là. Et puis en Coupe de Suisse, le club franchira quand même les quarts de finale en ayant éliminé Meyrin, Collombey-Muraz et Thoune avant de s’incliner à Winterthur.

L’euphorie de la montée et de la Coupe, nous ferait presque penser que cette faillite est du passé, que Servette va très vite remonter dans l’élite et que le pire est derrière.

C’est pourtant dans le ventre mou de Challenge League que Servette va passer deux saisons sans rien proposer de vraiment bien ni en championnat, ni en coupe. Au début de saison 2008-09, Francisco Vinas dépose sa démission au sein du club à la suite de la défaite du club contre le FC Bienne 1-5. De tous les présidents cités précédemment, c’est la première fois que ce n’est pas pour des raisons financières que le président quitte le club. Vinas a aussi nettement contribué à la rénovation du centre sportif de Balexert. Mais les supporters trouvaient en Vinas quelqu’un de trop prudent et lorsque le projet de Majid Pishyar est arrivé sur table tout le monde a été séduit.

“Magic” Pishyar

L’homme d’affaires iranien gérant de la compagnie 32group propose un projet d’investissement à long terme dans le club. Sa première saison en tant que dirigeant n’est pas optimale puisque le club finissait en bas de tableau et est éliminé assez vite en Coupe face à Concordia Bâle, mais c’est pardonnable, car il n’y a pas de temps d’adaptation encore. La saison 2009-10 est alors très encourageante, l’équipe finit 4e de Challenge League, franchit les ⅛ de Coupe de Suisse et le club enregistre cette année les arrivées de Christopher Mfuyi, François Moubandje et de Marcos de Azevedo.

Plus le temps avance, plus le projet de Majid Pishyar se concrétise, l’équipe reprend du galon de saison en saison. La saison 2010-11 est tonitruante avec 19 victoires et seulement 6 défaites durant l’exercice. Le club est la meilleure défense et attaque du championnat avec Eudis (16 buts), de Azevedo (14 buts), Vitkieviez et Esteban (12 buts). Malheureusement, le club ne décroche pas la première place, mais la deuxième signe de barrage. Servette affronte alors Bellinzone d’abord au Tessin. Au terme d’un match serré, le club tessinois décroche la victoire dans les dernières minutes.

Il faut alors un miracle pour le club grenat s’il veut retrouver l’élite suisse après 6 ans d’absence. Le 31 mai 2011, 20h15, devant plus de 23’000 spectateurs (première depuis l’inauguration du stade), Nikolaj Hänni donne le coup d’envoi du match. Boostée par des supporters très animés, Servette est au mieux de sa forme. 1-0 à la 11e, 2-0 à la 45e et 3-0 à la 56e, le public est en extase. Et même si Bellinzone revient à 3-1, les fumigènes éclatent, un gros brouillard s’installe, les supporters n’attendent que le coup de sifflet final. Et parmi les supporters, Majid Pishyar se ronge les ongles. Il est à quelques secondes d’accomplir l’exploit de remonter une équipe qu’on croyait finie. Sur une dernière contre-attaque servettienne, le dernier défenseur tessinois fauche l’attaquant grenat et voit rouge. Quelques secondes plus tard, l’arbitre libère les 22 acteurs et c’est les 23’000 spectateurs qui entrent sur le terrain qui célèbre cette ascension après une longue attente.

Majid Pishyar devient “Magic” et les supporters grenats saluent le dirigeant comme il se doit. Pour le coach Joao Alves: «Servette mérite vraiment cette promotion. (…) La Challenge League est trop petite pour eux.»3

Le coach Joao Alves et Majid Pishyar, les deux artisans de la remontée en Super League

Brève euphorie en Super League (2011-2013)

Le club est revenu dans l’élite suisse et cherche à reconquérir son statut de grand club. Première saison dans l’élite, Servette néo-promu, étonne tous les bookmakers et arrache une 4e place, signe de qualification en barrage d’Europa League. Alors l’histoire devrait s’arrêter là, n’est-ce pas ? Le club n’est plus au fond du trou, est à nouveau européen, que faut-il de plus ? Alors, comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, nous découvrons avec effroi que “Magic” Pishyar, devant la situation financière catastrophique du club, est très pessimiste quant à l’obtention de la licence de Super League pour la saison prochaine. Face à la menace d’une nouvelle faillite, “Tragic” Pishyar ne voit pas d’autre alternative que
de céder ses actions, pour 1 franc symbolique à Hugh Quennec, le président du Genève Servette Hockey Club.

Le Canadien, nouvellement président, se voit très optimiste sur l’avenir du club. Affichant toujours un grand sourire, il est très proche des supporters,
rejoignant à quasi chaque match à domicile, la Tribune Nord. Mais côté sportif Servette est au plus mal, éliminé en Europa League, le club enchaîne les défaites et plafonne à la dernière place. Rien n’y fait, avec seulement 26 petits points, le rêve de l’élite est terminé pour le club grenat au bout seulement de deux saisons. C’est la première fois que le club est relégué pour des raisons sportives.

Rebelote, on redescend

La saison 2013-14 est plus que moyenne, le club n’arrive plus à retrouver son standing habituel. L’effectif vieillit, la plupart qui ont joué contre Bellinzone il y a 2 ans sont partis, le recrutement sous Quennec n’est pas optimal à l’image d’un Jocelyn Roux en perdition. Le club ne fait pas mieux qu’une 5e place. Décevant.

La saison d’après est plus optimiste. Côté sportif, la formation helvète permet au club grenat d’aligner quelques beaux noms : Guillemenot, Zakaria, Kutesa. Le club se hisse à la 2e place derrière Lugano, qui n’est pas synonyme de barrage suite au retrait de cette règle en 2012 (réintroduite en 2019). Sauf que pour une énième fois, Servette va mal financièrement, 5 millions de francs de dettes sont à noter et Hugh Quennec n’obtient pas la licence pour la Challenge League de la saison prochaine. Le club est au bord de la faillite à nouveau et risque de tomber en 2e Ligue Inter. Un groupe d’entrepreneurs genevois arrive à la rescousse sous la bannière de la Fondation 1890 dirigée par Didier Fischer. La Fondation efface les dettes et met en place une structure financière sereine pour l’avenir. Le club est quand même relégué en 1ère Ligue Promotion. Pour Fischer : «Servette doit redevenir un grand club et briller»4

Et Servette brille !

Il n’a pas fallu plus d’une saison pour que le club quitte la 1ère Ligue Promotion. En 30 matchs, les grenats survolent la compétition portée par un Tibert Pont de haut niveau et un Vitkieviez de retour. En 2016, on assiste peut-être à la Challenge League la plus relevée depuis longtemps, avec un Xamax de retour (lui aussi en faillite en 2012), un Zürich relégué (anomalie pour une équipe de ce calibre) et Servette qui revient aussi. Les hommes de Meho Kodro finissent derrière les deux cadors à la 3e place. À noter que cette saison le club grenat bénéficie des services du grand Jean-Pierre Nsame, auteur de 23 buts en 31 matchs.

À la saison 2017-2018, Servette est cette fois devancé par Xamax. Il faut
attendre la saison 2018-2019, pour que Servette prenne ses responsabilités de leader. Alors que tous les bookmakers voyaient Lausanne remonter en Super League, les hommes d’Alain Geiger, nouvellement entraîneur, ne le voyaient pas de cet oeil-là. En 36 matchs, le club grenat empile 79 points et seulement 5 petites défaites. Meilleure attaque et défense du championnat, l’histoire a quand même voulu retarder la promotion du club jusqu’au match contre l’éternel rival : le Lausanne-Sport. Ceux contre qui Servette est descendu en 2012, ceux contre qui en 1999 Servette a gagné son dernier titre de champion suisse. Servette décroche sa promotion le 10 mai 2019, à la Praille, sous le score de 3-1.

La suite de l’histoire, vous la connaissez : Servette retrouve la Super League galvaude la 4e (2019-20) et 3e place (2020-21), se qualifie deux fois pour l’Europe (Europa League et Conference League), le club atteint la demi-finale de Coupe de Suisse en 2021, une première depuis le sacre en 2001. Il n’y a pas à dire : Servette brille depuis !

Alors, il paraît presque aujourd’hui égoïste, d’un point de vue externe et récent, quand on entend les fans se plaindre de la situation actuelle du club. Mais au vu de ces 20 dernières années, le supporter grenat a vécu de véritables montagnes russes et on peut comprendre la peur de certains vis-à-vis d’une nouvelle contre performance du club. Cependant, financièrement, le club semble avoir repris nettement du galon depuis l’arrivée de la Fondation 1890 et côté sportif, Servette semble posséder un effectif à la hauteur de la division. Ainsi, quand vous regardez un match de Servette à la TV ou au stade, observez aussi l’évolution qu’on a parcouru, de Marc Roger à Pascal Besnard, de Sébastien Fournier à Alain Geiger, de Jocelyn Roux à Gaël Clichy et appréciez ce qu’est redevenu aujourd’hui le Servette Football Club. Un club historique dont même l’argent n’a pas réussi à le faire couler.

Post Tenebras Lux!

1LE SERVETTE FC S’ENFONCE DANS LA CRISE, Le Temps, Publié jeudi 10 juillet 2003

2 ibid.

3SERVETTE REVIENT EN SUPER LEAGUE!, RTS Sport, le 1er juin 2011

4«SERVETTE DOIT REDEVENIR UN GRAND CLUB ET BRILLER», Tribune de Genève, le 20 juillet 2019

Jacky Fatton, la première légende du football suisse

Jacky Fatton, la première légende du football suisse

Si vous vous êtes déjà rendus au Stade de Genève, vous avez sûrement aperçu un maillot floqué Fatton n°11 en haut de la Tribune Sud. Ce maillot appartient à Jacques Fatton dit Jacky Fatton, légende du Servette FC, légende du football suisse.

Jacky naît le 19 décembre 1925 à Exincourt, un petit village français en Bourgogne-Franche-Comté. Compte tenu de l’époque, on ne sait pas quel parcours de vie à emprunter le jeune Fatton pour se retrouver au Servette FC 18 années plus tard. Il est toutefois envisageable que, puisqu’en 1943, l’atmosphère européenne n’était pas des plus conviviales et que le petit village d’Exincourt était aux mains de l’Allemagne nazie, la famille Fatton ait été amenée à rejoindre Genève, neutre et francophone.

Le petit Fatton, par son âge et par sa taille (1m66 et 18 ans), a beaucoup plu aux supporters grenats dès son arrivée. Sur le terrain, il était partout, il transcendait les foules et réchauffait les cœurs servettiens de toute classe sociale venue au Stade des Charmilles pour le voir. En dehors du terrain, c’était un personnage attachant et humble doté d’un vrai charisme.

De 1943 à 1954, Jacky joue 191 matchs en 11 ans pour Servette et inscrit plus de 185 buts. Des statistiques très impressionnantes pour l’époque qui sont à nuancer avec celles d’aujourd’hui. À l’époque, on ne jouait pas autant de matchs que de nos jours, car les compétitions européennes n’existaient pas encore, les championnats nationaux étaient plus courts et les remplacements n’étaient pas autorisés : on prenait 11 joueurs et puis c’est tout. De plus, le professionnalisme dans le monde du football est tout nouveau, seules les grandes nations du football l’ont déjà mis en place dans les années 30, ce qui n’est donc pas le cas de la Suisse. Ainsi, la plupart des footballeurs de l’époque travaillaient à côté pour gagner leur vie, jouant donc moins de matchs. Dans les années 40, on jouait 30 matchs maximum par saison tandis qu’aujourd’hui, on peut en jouer le double.

Durant ces belles années servettiennes, Jacky décroche deux championnats suisses (1945/46 et 1949/50), deux souliers d’or (1948/49 et 1949/50) et une coupe nationale (1949).

Niveau international, Fatton est appelé en sélection suisse à 53 reprises entre 1946 et 1955. Sa première sélection sera contre l’Angleterre, le 11 mai 1946, à Stamford Bridge (défaite 4-1). Cependant, il inscrit son premier but 6 mois plus tard, le 5 janvier 1947 contre le Portugal et récidive dans le même match une seconde fois (match nul 2-2).

En 1948, Jacky disputa la Coupe internationale européenne, une sorte de précurseur de l’Euro, qui a duré de 1927 à 1960 et qui opposait seulement 5 nations voisines : la Suisse, l’Italie, la Hongrie, l’Autriche et la Tchécoslovaquie. Cette compétition, créée dans les années 20, était censée rassembler les plus grandes nations footballistiques de l’époque. Les Britanniques, à leur habitude de complexe de supériorité, ne souhaitaient pas y participer. Lors de toutes les éditions, la Suisse a toujours fini lanterne rouge, largement dominée par le reste des nations. L’édition de 1948 était toutefois particulière et signa le déclin de la compétition. La compétition dura 5 années et la Guerre froide rendit difficiles les déplacements en Hongrie et Tchécoslovaquie. Le drame de la Superga, catastrophe aérienne qui décima une partie de l’effectif italien, ne facilita pas les choses. Suite à cette édition, l’UEFA fraîchement créée reprit la compétition.

Ce n’est assurément pas la compétition qui a marqué la Nati ou Jacky Fatton. En effet, c’est en 1950 que le joueur helvète va marquer les esprits. Même si la Suisse ne passe pas le 1er tour, elle va s’en sortir avec une victoire contre le Mexique et un match nul contre le Brésil, pays hôte et grand favori de la compétition. Dans ce match, notamment, Fatton inscrira un doublé devant plus de 42 000 spectateurs à Sao Paulo.

Jacky Fatton faisant la promotion de la marque Ovomaltine pour l’équipe nationale suisse

Le dernier grand fait de Jacky en équipe nationale est la Coupe du monde 1954 qui se déroule en Suisse. Dans un groupe assez relevé, la Suisse et sa vedette Fatton battent l’Italie à deux reprises (2-1 puis 4-1 en match d’appui) dont une réalisation de ce dernier, ce qui permet à la Suisse d’accéder aux quarts de finale. La Suisse échoue aux portes du dernier carré, lors du match le plus prolifique des coupes du monde, une défaite contre le voisin autrichien 7-5 dans le stade flambant neuf de la Pontaise, bien que menant par 3 buts à la 19e minute de jeu. L’aventure de Fatton en équipe nationale finit en 1955, à l’âge de 30 ans, après 29 buts en 53 sélections.

Après la Coupe du monde à la maison, Fatton signe à l’Olympique Lyonnais. En trois saisons avec les Gones, Jacky joue 98 matchs et plante 42 buts. La première saison, Fatton est élu joueur lyonnais de la saison avec 20 réalisations et 9 passes décisives qui ont permis d’éviter la relégation du club lyonnais.

En signant à l’OL, il reçoit la licence de joueur professionnel, ce qui était rare pour un footballeur suisse à l’époque.

Lors de sa dernière saison dans la capitale des Gaules, Jacky va vivre un épisode assez particulier. C’est le jour de Noël en 1956, son équipe se déplace à Paris pour affronter le Racing et l’Helvète reçoit un drôle de cadeau. Le grand espoir Gabriel Solakian, gardien de l’OL de 24 ans, se fracture violemment la jambe lors d’un contact avec un Parisien en fin de première mi-temps. Souvenez-vous en 1956, la règle du remplacement n’existe pas : c’est alors l’attaquant suisse qui doit enfiler les gants. À 10 contre 11, avec Fatton comme gardien, l’OL réalisera quand même l’exploit de gagner 2-1. Malheureusement, le jeune gardien de l’OL qui s’est fracturé la jambe ne jouera plus jamais au football.

Après trois saisons à l’OL, Fatton quitte le club pour des raisons financières. Le joueur revient alors au Servette pour y finir sa carrière. De 1957 à 1963, Fatton joue encore 109 matchs pour 90 buts. Il décroche le championnat pour la saison 1960/61 et 1961/62 où il finit également meilleur buteur de la compétition. Il participe aussi à la toute nouvelle Coupe des clubs champions européens, créée en 1955. À deux reprises, exactement, puisque la compétition était réservée aux champions de toutes les ligues nationales européennes. La première édition que dispute Jacky est en 1961/62, le club grenat atteindra les ⅛ de finale avant d’échouer contre le Dukla Prague. La seconde et dernière fois est l’édition 1962/63, où Servette ne passera pas le 1er tour au terme d’une triple confrontation très riche en suspens contre le Feyenoord Rotterdam.

Depuis la gauche: Vonlanthen, Rahis, Heuri, Schneider, Schaller, Maffiolo, Trainer Leduc, Fatton, Makay, Bosson, Pazmandy, Desbaillet, Farner, Mocellin, Kaiserauer

Finalement, Fatton raccroche les crampons à 38 ans après 17 ans au Servette FC. Dans sa carrière, il aura disputé 397 matchs pour 317 buts, redoutable finisseur, il fut le tout premier serial buteur suisse. Il reste à notre jour le meilleur buteur du club grenat.

Depuis la fin de sa carrière, Fatton est resté un fervent supporter grenat. Le plus souvent possible, on le retrouvait dans les travées du Stade des Charmilles ou celles de la Praille accompagné de son épouse à suivre les bons et mauvais moments du club grenat. Malheureusement, c’est à l’âge de 85 ans, en 2011, que notre cher Jacky nous quitta, laissant derrière lui son histoire. Alors, la prochaine fois que votre cœur vous mène à un match du Servette FC, regardez en direction de la Tribune sud et racontez à la personne qui vous a tendrement accompagné qui est Jacques dit “Jacky” Fatton, légende du Servette FC, légende du football suisse.

➡️ Retrouvez le dernier article rétro sur Alex Frei

Alexander Frei, meilleur Suisse de l’histoire ?

Alexander Frei, meilleur Suisse de l’histoire ?

Qui est pour vous le meilleur joueur suisse de tous les temps ? Les plus vieux répondront Stéphane Chapuisat, les plus jeunes citeront Xherdan Shaqiri, mais Alexander Frei fait incontestablement partie des plus grands joueurs suisse de l’histoire, voire le plus grand. Résumé de la carrière hors-norme de notre cher Alex national.

Débuts juvéniles

Tout a commencé le 15 juillet 1979, dans la ville de Bâle. Bien qu’étant né en Suisse alémanique, le petit Alexander grandit en Romandie. Fan de l’AC Milan des années 80, Frei était admiratif du néerlandais Marco van Basten. À 9 ans, il repart au FC Aesh, à Bâle-Campagne, où il évolue jusqu’à ses 16 ans. Lors de la saison 1994-1995, le jeune Rhénan performe à tel point qu’il se fait remarquer par les recruteurs du néo-promu de Ligue Nationale A, le FC Bâle.

Débuts pro au FC Bâle

Saison 1997/98, le club bâlois décide après une saison moyenne de faire monter deux jeunes du centre de formation en équipe première. Parmi ces deux jeunes, se trouvait Alexander Frei. Le 26 juillet 1997, Alexander Frei fait ses débuts en Ligue Nationale A contre le FC Zürich à la 87’ (0-0). Il va ensuite enchaîner 8 matchs à la suite. Mais suite à de mauvais résultats, l’entraîneur se fait licencier. L’adjoint du précédent ne croit pas en Alex Frei et le relègue sur le banc sur 6 des 8 matchs. La situation empire lorsque le 1er janvier, le nouvel entraîneur Guy Mathez prend les rênes du club. Alex ne va disputer que 16 petites minutes sur 14 matchs.

Bref passage au FC Thoune

Le Suisse doit alors se résigner à quitter le club rhénan libre lors du mercato estival. Il signe alors au FC Thoune pour la saison 1998/1999 en Ligue Nationale B. Ce n’est guère mieux, il ne va jouer que 4 matchs sur l’ensemble de la saison pour quand même 2 buts inscrits.

Emergence à Lucerne

À l’aube des années 2000, Frei, du haut de ses 20 ans, n’a pas encore explosé et ses deux dernières saisons sont plus que moyennes mais l’espoir demeure. Lors de la saison 1999/2000, les dirigeants du FC Lucerne engagent l’Helvète. Titulaire indiscutable, il dispute 32 matchs sur les 36 possibles avec le club. Le Rhénan va planter 13 buts dont une quasi-série où il marque lors de 8 matchs consécutifs. Lors de la saison 2000/2001, le Suisse est en confiance et il commence en trombe. Il marque 5 buts en première moitié de saison avec Lucerne.

Révélation au Servette FC

En janvier 2001, aux abords du Lac de Genève, l’attaquant suisse attire un certain technicien : Lucien Favre, entraîneur du Servette FC. Un échange Alexandre Rey – Alexander Frei s’envisage (niveau administratif ça doit bien arranger aussi il n’y a qu’à changer trois lettres). Malgré les intérêts du leader Lugano et du tenant du titre Saint-Gall, c’est le club genevois qui rafle la mise.

Le bâlois dispute son premier match sous les couleurs grenats le 25 février 2001 contre son club formateur. Sans demi-mesure, il marque et délivre une passe décisive. Servette bat le FC Bâle 3-0.

Le score fait très vite le tour de la presse suisse, et la nouvelle recrue genevoise est vue comme l’homme du match. Le buteur servettien récidive de 5 autres buts le reste de la saison dont un magnifique doublé lors du derby contre le Lausanne-Sport. En Coupe, il marque en demi-finale le seul but de la rencontre contre Saint-Gall et il clôture la marque en finale contre Yverdon-Sport (3-0) gagnant ainsi le premier titre de sa jeune carrière.

En sélection, l’attaquant servettien impressionne le sélectionneur suisse de l’époque l’Argentin Enzo Trossero, qui le sélectionne pour les éliminatoires de la Coupe du monde 2002 organisée par le Japon et la Corée du Sud. Le 24 mars 2001, Alexander Frei fait ses premières foulées sous la tunique de la Nati contre la Yougoslavie, le match finira par un match nul 1-1. Quatre jours plus tard, l’attaquant helvète est titulaire contre le Luxembourg et claque un triplé. Cette saison est bien celle de la révélation.

Saison 2001/2002, nouvelle saison mêmes standards, l’attaquant ravi les supporters grenats. Véritable bourreau des formations suisses, Frei plante 18 buts en 33 matchs. Le 13 avril 2002, il inscrit même un quadruplé contre la formation sédunoise. Virtuose.

Cette saison est celle de l’épopée européenne pour Servette déjà racontée dans un article précédent : L’épopée européenne de 2001-2002

Le n°11 servettien clôture son aventure avec le club grenat par un exercice 2002/2003 avec 13 buts en 19 matchs en championnat. Un soir de décembre 2002 contre les Young Boys (4-4), Alexander Frei, à l’âge de 23 ans, dispute son dernier match avec le Servette FC. Ce soir-là, nous avons perdu deux monuments : Alexander Frei et le Stade des Charmilles.

En France: Stade Rennais

En hiver 2003, le club grenat reçoit une offre qu’il ne peut pas refuser : 1,5M € pour l’attaquant rhénan. Les débuts du buteur suisse en Ligue 1 sont plus que mauvais. Sur 15 matchs lors de la saison 2002/2003, il ne marque que deux petits buts. En fin de saison, il sera mis à l’écart par son coach ne croyant plus en lui. Dès novembre 2003, il reprend sa place de titulaire. Frei enchaîne alors les buts dont un mémorable quadruplé contre l’OM de Fabien Barthez qui permet à son équipe de s’imposer 4-3. Il finit l’exercice 2003/2004 avec 20 buts en 28 matchs, second meilleur buteur de Ligue 1 derrière un certain Djibril Cissé.

À l’Euro 2004, Alexander Frei, après un match moyen contre l’Angleterre, est suspendu pour le reste de la compétition suite à un crachat à l’encontre de Steven Gerrard lors du match contre l’Angleterre.

Sa saison 2004/2005, continue sur la lancée de celle d’avant. Alex Frei va planter 20 buts et 2 passes décisives en 36 matchs ce qui va lui permettre cette fois-ci de finir en tête du classement des buteurs de la Ligue 1 et dans l’équipe-type du championnat.

L’histoire Alexander Frei et le Stade Rennais prend fin lors de l’exercice 2005/2006. Une saison en demi-teinte, car malgré un bon début de saison, le buteur helvète va contracter une pubalgie qui va durer toute la seconde partie de saison. Mais l’international suisse se remet sur pied juste avant la Coupe du monde 2006.

Dans le groupe de la France, du Togo et de la Corée du Sud, la Nati va mener un véritable récital, finissant première du groupe avec 2 victoires et un match nul et 2 réalisations de notre Alex national. Malheureusement, même si l’équipe n’a pas concédé de buts de toute la compétition grâce à un Zuberbühler aux mains d’or, la Nati sort en ⅛ de finale aux tirs au but sans en transformer un seul contre l’Ukraine.

En Allemagne: Dortmund

En Allemagne, le Rhénan a tapé dans l’œil et durant le mercato estival, Dortmund sort le chéquier et signe l’Helvète pour 4,1M €. Le Suisse ne va pas décevoir : 17 buts et 6 passes décisives en 34 matchs. Le Bâlois va même claquer un doublé et une passe décisive contre l’ogre bavarois et permettre la victoire 3-2 des siens. Il finit second meilleur buteur de Bundesliga derrière Theofanis Gekas.

Toutefois, la saison 2007/2008 d’Alex Frei va être accompagnée de problèmes à la hanche et une grosse blessure musculaire qui va l’écarter des terrains jusqu’en février 2008. Il va quand même être promu au rang de capitaine pour la fin de saison et en 15 matchs de Bundesliga, il va planter 6 buts et 5 passes décisives.

Tout s’annonçait bien pour l’Euro 2008, le capitaine et l’idole du pays joue à domicile chez lui. Le 7 juin 2008, à Bâle, c’est le match d’ouverture Suisse-République Tchèque. Frei brille, mais ne trouve pas le chemin des filets. À la 42e, Barnetta prolonge pour son capitaine, le ballon lui vient trop en arrière, Grygera lui rentre dedans, le genou tourne. L’attaquant suisse vient de subir un début de rupture du ligament intra articulaire du genou. Il doit sortir. Suite à ça, la Suisse fera un parcours désastreux où la victoire contre le Portugal 2-0 ne sera qu’anecdotique.

Frei revient de blessure en mi-septembre 2008. Un nouveau coach à la tête du Dortmund: Jurgen Klopp. Il revient en bonne forme puisqu’à son retour, lors du Derby de la Ruhr, Alex rentre en jeu à la mi-temps et permet à son équipe de revenir de 3-0 à 3-3 grâce à deux buts et une passe décisive. Lors de cette saison 2008/2009, il va enregistrer 12 buts et 9 passes décisives en 29 matchs. Mais en fin de saison, le joueur âgé de 30 ans cherche désormais un retour à la maison.

Le retour au sources au FC Bâle

Le 18 juillet 2009, le FC Bâle annonce la venue d’Alexander Frei pour la somme de 4,25M€. En championnat, Frei finit l’exercice avec 15 buts et 11 passes décisives en 19 matchs. Il manque une grande partie du second tour à cause d’une fracture au bras. Il revient juste à temps pour la finale de la Coupe de Suisse face au Lausanne-Sport. Victoire 6-0, l’attaquant helvète décroche ainsi son deuxième titre. Et quelques semaines plus tard, il remporte la Super League pour la première fois.

Côté sélection, la Suisse se qualifie pour la Coupe du monde 2010. Absent au premier match, il est présent contre le Chili, comme à l’Euro 2008 contre la République Tchèque, il sort sur blessure à la 42e et son équipe perd 1-0. Il revient contre l’Honduras en rentrant à la 70e, mais n’arrive pas à débloquer le score (0-0).

La perspective de l’année 2010/2011 a l’air bonne. En Super League, il réalise alors sa meilleure saison : 27 buts et 10 passes décisives en 35 matchs. Le club remporte à nouveau le championnat et Frei est élu meilleur joueur de la compétition en plus d’être le meilleur buteur.

Avec la Suisse, Frei voit son rôle petit à petit diminuer sous Ottmar Hitzfeld. Il disputera encore un match de qualifications contre la Bulgarie en mars 2011 avant qu’il ne décide de quitter la sélection suisse à cause des sifflets qu’il reçoit depuis plus d’un an. C’est donc la fin de son aventure helvétique. Frei et la Suisse, c’est fini. Il aura marqué 42 buts et fait 8 passes décisives en 84 matchs ce qui fait de lui le meilleur buteur de l’histoire de la sélection suisse.

Saison 2011/2012, le Bâlois est comme un bon vin : plus il est vieux, plus il est bon. Il marque 33 buts et 14 passes décisives en 44 matchs. En Super League, comme la saison dernière, il finit meilleur buteur et remporte le championnat. En Coupe de Suisse, il remporte aussi le titre en étant décisif à chaque tour (4 buts et 2 passes décisives en 5 matchs).

En Ligue des Champions, Bâle tombe dans le groupe du Manchester United. Lors de la double confrontation, Frei va performer à son plus haut niveau en inscrivant un doublé à Old Trafford alors que Bâle était mené 2-1. Au match retour, Streller et Frei donnent une véritable leçon à la défense Ferdinand-Vidic en inscrivant chacun un but, victoire 2-1. Le FC Bâle se qualifie en ⅛ de finale de la Ligue des Champions avant d’échouer contre le rouleau compresseur bavarois.

Je vous laisse apprécier ce but de Frei à la 83e qui décrit parfaitement son rôle. Un véritable renard des surfaces. Sur le centre de Shaqiri, il est caché derrière Rio Ferdinand. Ce dernier se croyant seul, laisse rebondir le ballon. Grosse erreur, Frei n’attendait que ça et se jette dessus pour crucifier un De Gea impuissant.

La saison 2012/2013 serait la dernière pour Alexander Frei. Du haut de ses 33 ans, il sent son corps faiblir et préfère arrêter au meilleur de sa forme. Son ancien coéquipier Murat Yakin, devenant le nouvel entraîneur, relègue Frei sur le banc petit à petit. En 18 petits matchs de Super League, il marque 7 buts et délivre 4 passes décisives. Le Bâlois enchaîne avec son club son 4e championnat d’affilée. Le 14 avril 2013 marque la fin de la carrière du légendaire Suisse. Contre Lucerne, il clôt son aventure en inscrivant un magnifique coup-franc avant de céder sa place à Marco Streller à la 64e sous une standing ovation.

Alexander Frei, c’est 262 buts et 76 passes décisives en 511 matchs. Alexander Frei, ce sont 4x Super League, 3x Coupe de Suisse, 3x Soulier d’or (2x Suisse, 1x France), élu 3x Meilleur suisse de la saison. Depuis, l’Helvète s’est converti dans une carrière en dehors des terrains. D’abord Directeur sportif à Lucerne, puis entraîneur chez les jeunes de Bâle, il est désormais coach du FC Wil 1900, club de Challenge League.

À l’image de la Suisse, Alexander Frei incarne la simplicité, la justesse, le calme et la rigueur. Il a réussi à re développer l’image du pays à l’international et à inspirer de nombreux jeunes Suisses des années 2000.

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