Servette-Grasshopper: Les notes

Servette-Grasshopper: Les notes

Servette a dominé, Servette a tenté mais Servette a perdu. Si le club Zürichois était en peine en cette seconde partie de saison, c’est car il n’était pas tombé sur notre équipe: Le Robin des Bois de la Super League. Il vole aux riches et donne aux pauvres. Si votre club est dans une mauvaise phase quoi de mieux que d’affronter les grenat !

Blague à part, un Servette ultra-dominateur qui s’incline face à un Grasshopper peu imaginatif…

LES NOTES DES GRENAT


JEREMY FRICK: 6,5

Le gardien grenat a vécu une soirée atypique. Peu sollicité, il n’a pas eu de réelles parades à faire. Sur le pénalty, il part du bon côté et n’est pas loin de l’avoir.


Nicolas Vouilloz: 4

Geiger doit se faire à l’idée que Vouilloz ne doit pas évoluer à droite. Trop souvent débordé, beaucoup de déchets dans ses passes et un positionnement hasardeux, Vouilloz était le maillon faible du Servette FC aujourd’hui. Il concède finalement le pénalty (sévère) à la 10e minute. Un choix d’arrière droit étonnant quand tu as Bauer et Diallo sur le banc…

Il cèdera sa place à la mi-temps pour Diallo: Le français fut ménagé en première période car il faisait le Ramadan. Ironiquement, c’est aussi le grenat qui avait le plus faim sur le terrain. 


Vincent Sasso: 6,5

Le défenseur français a fait une partie solide. Toutefois, à la fin de la rencontre, il s’est improvisé attaquant et des imprécisions de sa part ont coûté quelques actions de but…


Steve Rouiller: 7,5

Un grand match de la part de Steve ce soir. Il a parmi à Servette de contrôler le match défensivement avec de très bonnes récupérations. Vouilloz peut le remercier car c’est lui qui durant toute la 1ère mi-temps a rattrapé ses gaffes. 


Gaël Clichy: 6,5/10

Valton Behrami: 6

Pour son 3e match en tant que titulaire au club, le jeune Valton a montré une prestation assez moyenne. Peu percutant, il n’a pas réussi à combiner aussi bien que lors de ces deux derniers matchs. Cela reste quand même une bonne prestation pour un jeune de 17 ans.

Remplacé par Bauer à la 63e: l’autrichien s’est montré déterminé et on se demande pourquoi il n’a pas commencé le match…


Boris Cespedes: 7

Bon match du bolivien qui en plus d’être costaud physiquement, nous régale techniquement. Un peu surpris de sa sortie à la 63e…

Remplacé par Nyakossi qui a fait parlé son 1m94 et qui a solidement gagné tout ses duels aériens.


Timothé Cognat: 7,5

L’infatigable Cognat! Ce mec respire le foot, il est partout. Il ne s’arrête jamais et c’est lui qui tape un sprint de 70m pour récupérer le ballon et éviter une contre-attaque dans les dernières minutes du match. Très à l’aise techniquement aussi, il a brisé quelques lignes zürichoise à diverses reprises.


Kastriot Imeri: 6

Oui il peut arriver que Kastriot fasse aussi un match moyen. Mis à part son pénalty manqué, Imeri a loupé quelques gestes simples et n’était pas en réussite dans les coup de pied arrêtés. Même si comme à son habitude il était très à l’aise techniquement.


Miroslav Stevanovic: 6,5

Il est difficile des fois de reconnaître des défauts à Micha, mais sur ce match il aurait peut-être fallu qu’il soit un peu plus égoïste. Quelques fois, il a centré mais ses coéquipiers n’ont pas suivi. Mais dans l’ensemble il a fait un plutôt bon match.


Chris Bédia: 5,5

Comme à son habitude, 20 minutes très percutante où il arrive à se créer deux/trois actions (dont le pénalty qu’il obtient). Mais ensuite le gâteau s’essouffle et Bedia disparaît de plus en plus de la rencontre. Et puis en 2e mi-temps il a disparu.

Remplacé par Oberlin à la 64e: qu’on a peu trouvé et qui reste toujours aussi maladroit avec le ballon.


Ronny Rodelin: 7

Ronny Rodelin continue sur sa bonne dynamique et efface peu à peu son mauvais début de saison. Très adroit techniquement, il a été très utile dans l’entrejeu grenat. Toutefois parfois, on a l’impression qu’il veut trop déployer son catalogue technique et fait l’impasse sur le collectif.


Photos: Simon Hutin

Le Servette Grand Genève FC en Ligue 1 !

Le Servette Grand Genève FC en Ligue 1 !

Stupeur à Genève: ce mercredi, les dirigeants du Servette FC et du Thonon Evian Grand Genève FC se sont rencontrés pour parachever avec la Fédération Française de Football (FFF), la Ligue de Football Professionnelle (LFP), l’Association Suisse de Football (ASF) et la Swiss Football League (SFL) l’avenir des deux clubs. 

Tout s’est fait dans l’ombre depuis le 1er avril 2019, mais c’est désormais officiel: Servette fusionne avec Evian et devient le Servette Grand Genève Football Club (Servette GGFC) et intègre officiellement la Ligue 1 dès l’horizon 2023/24.

L’information devrait être relayé sous peu chez chacun des partis concernés. Vous vous demandez sûrement comment cela est possible. Nous avons en exclusivité les raisons :

  1. Jean-Michel Aulas, président de l’Olympique Lyonnais aurait milité pour cette fusion chez chacun des dirigeants de club français. C’est simple: Le Servette FC et l’Olympique Lyonnais entretiennent des très bonnes relations avec notamment beaucoup de transferts. Jean-Michel Aulas a même fait un test grandeur nature pour tester les infrastructures du Stade de Genève lors du match amical Lyon-Liverpool en août 2019.
  1. La LFP, toujours en quête d’améliorer sa ligue et ses droits TV, a proposé une réforme à 18 clubs dès la saison 2023/24 et dans les coulisses, fusionner 2 clubs pour avoir un engouement populaire dans la région de Haute Savoie (qui est le département qui regarde le plus la Ligue 1) était primordial. De plus avec l’échec de Mediapro, avoir désormais une base juridique en Suisse et l’accord de banques genevoises permettra la sérénité financière du championnat.
  1. Le Servette FC, qui rêve toujours plus grand, a du mal depuis quelques saisons avec l’ASF et cela s’est ressenti avec l’arbitrage nettement en sa défaveur ces derniers temps. De plus, le club en a marre de devoir se déplacer en Suisse alémanique et de devoir communiquer en allemand ou encore pire de devoir aller au Tessin, perdre encore et toujours contre Lugano et devoir faire 12h de route. Dernier point, les clubs “rivaux” romands ne sont pas au niveau du Grand Servette, que ce soit les consanguins de Sion ou les pêcheurs de Lausanne. Servette veut affronter Lyon et Marseille en Derby du Rhône. ( Le club a d’ailleurs affronter les deux clubs en amical ces deux dernières saisons, comme un signe…)
  1. Thonon Evian Grand Genève FC, à qui cette fusion sonne comme une renaissance. Le club veut revenir en Ligue 1 et pour cela il est plus rapide de s’associer que de reconstruire. Le club de la marque d’eau a d’ailleurs affronté Servette en août 2020, c’est d’ailleurs ce jour-là que les papiers ont été signé entre les deux clubs.
  1. Le Paris Saint-Germain et plus particulièrement son président Nasser Al-Khelaïfi, qui voit en la ville de Genève le parfait atout diplomatique puisque le siège de l’UEFA se trouve à quelques kilomètres de celle-ci. Lui, qui suite à l’affaire de la Super League de Florentino Perez, est devenu le président de l’Association Européenne des Clubs mais aussi le chouchou d’Aleksander Čeferin, président de l’UEFA. Le rajout de Genève, cité internationale, dans son championnat est un point d’ancre pour le qatari

Ainsi Servette quittera la Super League dès le 1er juillet 2023. Le club sera remplacé par Etoile Carouge. Le Servette GGFC obtiendra comme l’AS Monaco d’un titre privilégié de club étranger au championnat, ceci lui permettra d’échapper à quelques contraintes budgétaires et financières. De quoi attirer de nombreux nouveaux investisseurs, un certain Majid Pishyar serait intéressé…

Anthony Sauthier: Notre capitaine

Anthony Sauthier: Notre capitaine

Qu’est-ce qu’un capitaine? Le capitaine est celui qui porte, qui représente et qui pousse son équipe à faire de son mieux en tout temps, en tout lieu. Il parle à l’arbitre, il crie, il encourage et sans lui l’âme de l’équipe disparaît. Un capitaine c’est bien plus qu’un brassard, c’est l’Homme qui le porte. 

Jeunesse grenat 

Mercredi 12 janvier, on apprenait la fin de l’aventure de notre cher capitaine Anthony Sauthier au Servette FC. Genevois de naissance, Anthony naît dans la cité de Calvin le 5 février 1991. Passionné par le club grenat dès son plus jeune âge, Anthony regarde des étoiles pleins les yeux, le Servette des années 90. Il est décidé, il veut marquer ce club de son empreinte. C’est à l’âge de 13 ans que le Genevois effectue ses classes dans l’Académie du club grenat. 

Le joueur aime le club mais celui-ci n’a plus les mêmes capacités et le même standing que le club qu’il a admiré dans sa jeunesse. 4 ans plus tard, le latéral droit prend la décision de signer dans le club rival sédunois, évoluant quant à lui en Super League.

Début pro au FC Sion 

Sauthier arrive à Sion lors de la saison 2009/2010. Le Genevois impressionne en équipe de jeunes et inscrit deux buts en 13 matchs avec l’équipe M21. Il acquiert la confiance de Didier Tholot qui le lance en équipe première le lendemain de ses 19 ans contre Saint-Gall à la 70e minute. Suite à cela, Anthony va enchaîner les minutes et les titularisations et finir la saison avec 16 apparitions. Il est même appelé en équipe Suisse U19 à 5 reprises en marquant 1 but. 

La saison d’après, le nouvel entraîneur Bernard Challandes confirme la confiance du club sédunois à Sauthier et en 32 matchs (2 buts et 2 passes décisives) il participe au titre en Coupe de Suisse du FC Sion. Durant la saison, il monte en équipe Suisse U20 pour 6 matchs (1 but). 

Toutefois les deux saisons suivantes vont être plus décevantes pour le jeune Anthony qui est à nouveau relégué partiellement avec les M21. Le joueur se rend compte alors qu’il doit partir, et c’est du côté de son cœur que le Genevois a décidé de poser bagages. 

Sais-tu pourquoi mon cœur est grenat? 

C’est dans un Servette en pleine perdition dans lequel revient Sauthier en prêt de deux ans. Relégué de Super League, au bord d’une nouvelle faillite, Sauthier essaie tant bien que mal de redonner cette grandeur qu’avait le club. Malgré deux très bonnes saisons sur le plan individuel (4 buts et 5 passes décisives) tant que collectif (2e de Challenge League), le club grenat ne va pas bien financièrement et évite de peu la faillite par la reprise de Didier Fischer et la Fondation 1890. Le club est toutefois rétrogradé en 1ère Ligue Promotion pour faute de licence. 

Mais Anthony ne part pas et reste au Servette FC. De la 1ère Ligue Promotion au match de la promotion en Super League en mai 2019, le Genevois va lutter pour le club, donner son âme sur le terrain, vibrer avec les supporters et crier de joie. 

Au bout de 4 saisons au club, le petit Anthony, devenu grand, prend le précieux brassard de capitaine. Quoi de plus logique pour celui qui depuis tout petit supporte le club, celui qui y a été formé et celui qui a désormais ramené le Servette FC avec ses coéquipiers dans l’élite suisse. 

En Super League, il s’imposera dans le schéma tactique d’Alain Geiger comme le leader sur le couloir droit de l’équipe. Il ne marquera qu’un seul petit but en trois saisons (mais quel but!) mais délivrera les prestations de qualité qu’on attend d’un latéral droit de la renommé du Servette FC des années 90. 

Ainsi, le grenat de cœur réalise son rêve d’enfant: jouer au Servette FC, jouer l’Europe à deux reprises et surtout marquer l’histoire du club, en devenant le capitaine du club servettien. 

Le joueur, l’homme, le supporter 

L’histoire d’amour entre Sauthier et Servette finit malheureusement en janvier 2022. Le numéro 2, cette saison-là, fut relégué au banc de touche par son coach. Le joueur a par ailleurs été aperçu en Tribune Nord lorsqu’il n’était pas convoqué, ce qui montre l’amour qu’il porte au maillot grenat. Il prend désormais la direction d’Yverdon-Sport et il est désormais temps de tourner une page de l’histoire. Alors, pour cette fin de parcours grenat, Anthony, de ma part et celle de toute l’équipe de Servettiens.ch, nous aimerions t’adresser un message: 

Cher Anthony, même si nos chemins se séparent, tu resteras à jamais dans le cœur des supporters grenat. Tu as apporté tout ce qu’un capitaine avait à apporter, tu es devenu un exemple pour beaucoup de jeunes Genevois qui rêvent de devenir comme toi. Comme toi derrière ta TV il y a plus de 20 ans, il y a peut-être un petit Anthony qui t’admire les yeux brillants. 

Merci pour tout Capitaine <3

De champion suisse à barragiste: La longue déroute du XXIe siècle du Servette FC

De champion suisse à barragiste: La longue déroute du XXIe siècle du Servette FC

Club historique ?

Comment reconnaît-on un club historique ? Est-ce sa capacité à dominer son championnat national pendant plusieurs années ? À gagner toujours plus de titres ? Certes, l’histoire veut qu’on ne retienne que les vainqueurs, le Real Madrid de Zidane, le Manchester United de Sir Alex Ferguson ou encore le Brésil de Pelé pour ne citer qu’eux. Dans les livres d’histoire, ces noms sont marqués au fer-blanc, sous-lignés et surlignés. Mais on n’oublie souvent que ce qui fait l’histoire est souvent ce qui étonne, une équipe qui se relève, qui sort de nul part et n’abdique jamais : l’Ajax en Ligue des Champions récemment, la Juventus reléguée en
Serie B en 2006, les Pays-bas des années 70. Des équipes qui n’ont jamais rien gagné, mais qui ont marqué le cœur des supporters et des amoureux de football.

L’histoire que je vais vous raconter montre ce qui fait du Servette FC, un club historique. Mettons de côté le palmarès, les titres glanés, les joueurs légendaires, les épopées européennes, toutes plus belles les unes que les autres, qui certes contribuent, sans aucun doute, à l’image et au prestige du club, mais qui ne sont rien comparés à ce que je vais raconter.

Car c’est à travers les pires moments qu’on reconnait les gagnants, n’est-ce pas ce qu’on vous a toujours appris ? “Oui c’est un bon entraîneur mais il n’a jamais été dans une équipe qui n’a pas le niveau”, “Oui c’est une bonne équipe mais elle n’a jamais été mené au score”, “Oui c’est un bon joueur, mais il n’a jamais confirmé ailleurs”. Le compétiteur se relève, le
perdant reste à terre. On respecte celui qui s’impose aussi bien quand il gagne que quand il perd. C’est exactement ce qui s’est passé avec Servette en ce début de siècle. Le club a réussi là où beaucoup auraient échoué : il est revenu, alors qu’il était au plus bas.

Laissez-moi, alors, vous raconter la longue déroute du Servette FC des années 2000-2010, de la double faillite à l’Europe.

Tout allait bien…

Au sortir de la saison 98/99, le Servette remporte le championnat suisse pour la 17e fois face au Lausanne-Sport, l’éternel rival. Personne ne se dit alors que le club genevois ne va plus en gagner un suite à ça et que le club va bientôt disparaître des radars de l’élite suisse footballistique. Quelques mois plus tard, le club sous la houlette de Christian Hervé, du groupe Canal+, entame la construction d’un stade à la hauteur du prestige du club. Au revoir le Stade des Charmilles, bonjour le Stade de Genève. Malheureusement, entre 2000 et 2003, les comptes du club s’aggravent, le stade coûte cher, le budget n’est pas respecté, les joueurs ne reçoivent plus leur salaire et les lunettes d’illusions que portaient les dirigeants se brisent.

Le club qui en une saison a perdu le Stade des Charmilles et Alexander Frei (cf. Alexander Frei, meilleur suisse de l’histoire ?), mais aussi Canal+, le bénéficiaire majoritaire du club. De plus, on se rend compte aussi que les affluences prévues ne sont pas au rendez-vous : « Nous avions budgété une moyenne de 8000 spectateurs payants par match (avec les
abonnés) et sur un sponsoring en hausse. La moyenne s’est élevée à 6500-7000, avec les 30 000 personnes du match d’ouverture (15 000 payants). Une diminution de 1000 spectateurs coûte 25 000 francs à Servette par match. Quant au sponsoring, nous avons encaissé 30 à 40% de moins que prévu.
»1 (cf. Affluences des supporters grenats au fil des
époques.
).

Le Stade de Genève, partiellement rempli à son habitude…

À la trêve estivale, le responsable financier du club, Olivier Bull démissionne : «Je suis arrivé sous l’ère de Canal +, et les choses ont bien changé depuis. Les problèmes incessants de trésorerie rendent mon travail nettement moins intéressant. Je suis un financier d’un certain niveau, et dans la structure actuelle, je n’ai plus ma place ici. Pour gérer les dettes au quotidien, le club peut engager un «scribouillard» bien rigoureux. Je comprends la situation économique, je cautionne le travail de fond effectué, mais j’ai d’autres ambitions.»2

Pelé et Marc Roger

Pas le temps de se préoccuper, Marc Roger, agent de joueurs français, reprend le club. Il est connu pour être l’agent de plusieurs stars du foot tel qu’Anelka, Vieira, Makélélé, et même Ronaldo. Ceci va lui permettre d’attirer beaucoup de grands joueurs au club comme Karembeu, Moldovan, Valdivia ou Beauséjour.

Pour permettre de retrouver une sérénité financière, les joueurs acceptent de baisser leur salaire la saison suivante. Marc Roger souhaite aussi réaliser le plus de plus-value possible sur le transfert de jeunes talents du club comme Senderos à Arsenal, mais cela ne couvre pas toutes les dettes. Car en effet, Canal+ injectait 4 à 5 millions de francs par année dans le club pour boucher les trous et combler les dettes s’élevant à 7 millions de francs. Les derniers 2 millions de francs étaient avancés par les actionnaires. Les choix de Roger se sont avérés très aléatoires, et même s’il était un bon agent, il n’est pas devenu un bon dirigeant. Les résultats sportifs de Servette n’ont pas aidé le dirigeant et après une saison, le club est à nouveau en difficulté financière ce qui lui fait débuter le championnat 2004-05 avec 3 points de retard.

Au plus bas

Malheureusement, le club ne terminera jamais cette saison en Super League, car le 4 février 2005, le juge proclame la faillite de Servette, les M-21 devenant ainsi l’équipe première. Le club est alors relégué au statut d’amateur et est relégué en 1ère Ligue. Le club finit 14e de 1ère ligue, jouant contre Etoile Carouge, Chênois, Grand-Lancy ou UGS dont la moitié dans un Stade de Genève démesurément vide. Francisco Vinas, catalan actionnaire du club, reprend le Servette durant cette période difficile.

Toutefois, Servette n’y reste pas longtemps, puisque la saison d’après le club finit premier et rejoint avec Etoile Carouge la Challenge League. On est loin des Senderos ou Frei, mais des jeunes émergent comme Tibert Pont cette saison-là. Et puis en Coupe de Suisse, le club franchira quand même les quarts de finale en ayant éliminé Meyrin, Collombey-Muraz et Thoune avant de s’incliner à Winterthur.

L’euphorie de la montée et de la Coupe, nous ferait presque penser que cette faillite est du passé, que Servette va très vite remonter dans l’élite et que le pire est derrière.

C’est pourtant dans le ventre mou de Challenge League que Servette va passer deux saisons sans rien proposer de vraiment bien ni en championnat, ni en coupe. Au début de saison 2008-09, Francisco Vinas dépose sa démission au sein du club à la suite de la défaite du club contre le FC Bienne 1-5. De tous les présidents cités précédemment, c’est la première fois que ce n’est pas pour des raisons financières que le président quitte le club. Vinas a aussi nettement contribué à la rénovation du centre sportif de Balexert. Mais les supporters trouvaient en Vinas quelqu’un de trop prudent et lorsque le projet de Majid Pishyar est arrivé sur table tout le monde a été séduit.

“Magic” Pishyar

L’homme d’affaires iranien gérant de la compagnie 32group propose un projet d’investissement à long terme dans le club. Sa première saison en tant que dirigeant n’est pas optimale puisque le club finissait en bas de tableau et est éliminé assez vite en Coupe face à Concordia Bâle, mais c’est pardonnable, car il n’y a pas de temps d’adaptation encore. La saison 2009-10 est alors très encourageante, l’équipe finit 4e de Challenge League, franchit les ⅛ de Coupe de Suisse et le club enregistre cette année les arrivées de Christopher Mfuyi, François Moubandje et de Marcos de Azevedo.

Plus le temps avance, plus le projet de Majid Pishyar se concrétise, l’équipe reprend du galon de saison en saison. La saison 2010-11 est tonitruante avec 19 victoires et seulement 6 défaites durant l’exercice. Le club est la meilleure défense et attaque du championnat avec Eudis (16 buts), de Azevedo (14 buts), Vitkieviez et Esteban (12 buts). Malheureusement, le club ne décroche pas la première place, mais la deuxième signe de barrage. Servette affronte alors Bellinzone d’abord au Tessin. Au terme d’un match serré, le club tessinois décroche la victoire dans les dernières minutes.

Il faut alors un miracle pour le club grenat s’il veut retrouver l’élite suisse après 6 ans d’absence. Le 31 mai 2011, 20h15, devant plus de 23’000 spectateurs (première depuis l’inauguration du stade), Nikolaj Hänni donne le coup d’envoi du match. Boostée par des supporters très animés, Servette est au mieux de sa forme. 1-0 à la 11e, 2-0 à la 45e et 3-0 à la 56e, le public est en extase. Et même si Bellinzone revient à 3-1, les fumigènes éclatent, un gros brouillard s’installe, les supporters n’attendent que le coup de sifflet final. Et parmi les supporters, Majid Pishyar se ronge les ongles. Il est à quelques secondes d’accomplir l’exploit de remonter une équipe qu’on croyait finie. Sur une dernière contre-attaque servettienne, le dernier défenseur tessinois fauche l’attaquant grenat et voit rouge. Quelques secondes plus tard, l’arbitre libère les 22 acteurs et c’est les 23’000 spectateurs qui entrent sur le terrain qui célèbre cette ascension après une longue attente.

Majid Pishyar devient “Magic” et les supporters grenats saluent le dirigeant comme il se doit. Pour le coach Joao Alves: «Servette mérite vraiment cette promotion. (…) La Challenge League est trop petite pour eux.»3

Le coach Joao Alves et Majid Pishyar, les deux artisans de la remontée en Super League

Brève euphorie en Super League (2011-2013)

Le club est revenu dans l’élite suisse et cherche à reconquérir son statut de grand club. Première saison dans l’élite, Servette néo-promu, étonne tous les bookmakers et arrache une 4e place, signe de qualification en barrage d’Europa League. Alors l’histoire devrait s’arrêter là, n’est-ce pas ? Le club n’est plus au fond du trou, est à nouveau européen, que faut-il de plus ? Alors, comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, nous découvrons avec effroi que “Magic” Pishyar, devant la situation financière catastrophique du club, est très pessimiste quant à l’obtention de la licence de Super League pour la saison prochaine. Face à la menace d’une nouvelle faillite, “Tragic” Pishyar ne voit pas d’autre alternative que
de céder ses actions, pour 1 franc symbolique à Hugh Quennec, le président du Genève Servette Hockey Club.

Le Canadien, nouvellement président, se voit très optimiste sur l’avenir du club. Affichant toujours un grand sourire, il est très proche des supporters,
rejoignant à quasi chaque match à domicile, la Tribune Nord. Mais côté sportif Servette est au plus mal, éliminé en Europa League, le club enchaîne les défaites et plafonne à la dernière place. Rien n’y fait, avec seulement 26 petits points, le rêve de l’élite est terminé pour le club grenat au bout seulement de deux saisons. C’est la première fois que le club est relégué pour des raisons sportives.

Rebelote, on redescend

La saison 2013-14 est plus que moyenne, le club n’arrive plus à retrouver son standing habituel. L’effectif vieillit, la plupart qui ont joué contre Bellinzone il y a 2 ans sont partis, le recrutement sous Quennec n’est pas optimal à l’image d’un Jocelyn Roux en perdition. Le club ne fait pas mieux qu’une 5e place. Décevant.

La saison d’après est plus optimiste. Côté sportif, la formation helvète permet au club grenat d’aligner quelques beaux noms : Guillemenot, Zakaria, Kutesa. Le club se hisse à la 2e place derrière Lugano, qui n’est pas synonyme de barrage suite au retrait de cette règle en 2012 (réintroduite en 2019). Sauf que pour une énième fois, Servette va mal financièrement, 5 millions de francs de dettes sont à noter et Hugh Quennec n’obtient pas la licence pour la Challenge League de la saison prochaine. Le club est au bord de la faillite à nouveau et risque de tomber en 2e Ligue Inter. Un groupe d’entrepreneurs genevois arrive à la rescousse sous la bannière de la Fondation 1890 dirigée par Didier Fischer. La Fondation efface les dettes et met en place une structure financière sereine pour l’avenir. Le club est quand même relégué en 1ère Ligue Promotion. Pour Fischer : «Servette doit redevenir un grand club et briller»4

Et Servette brille !

Il n’a pas fallu plus d’une saison pour que le club quitte la 1ère Ligue Promotion. En 30 matchs, les grenats survolent la compétition portée par un Tibert Pont de haut niveau et un Vitkieviez de retour. En 2016, on assiste peut-être à la Challenge League la plus relevée depuis longtemps, avec un Xamax de retour (lui aussi en faillite en 2012), un Zürich relégué (anomalie pour une équipe de ce calibre) et Servette qui revient aussi. Les hommes de Meho Kodro finissent derrière les deux cadors à la 3e place. À noter que cette saison le club grenat bénéficie des services du grand Jean-Pierre Nsame, auteur de 23 buts en 31 matchs.

À la saison 2017-2018, Servette est cette fois devancé par Xamax. Il faut
attendre la saison 2018-2019, pour que Servette prenne ses responsabilités de leader. Alors que tous les bookmakers voyaient Lausanne remonter en Super League, les hommes d’Alain Geiger, nouvellement entraîneur, ne le voyaient pas de cet oeil-là. En 36 matchs, le club grenat empile 79 points et seulement 5 petites défaites. Meilleure attaque et défense du championnat, l’histoire a quand même voulu retarder la promotion du club jusqu’au match contre l’éternel rival : le Lausanne-Sport. Ceux contre qui Servette est descendu en 2012, ceux contre qui en 1999 Servette a gagné son dernier titre de champion suisse. Servette décroche sa promotion le 10 mai 2019, à la Praille, sous le score de 3-1.

La suite de l’histoire, vous la connaissez : Servette retrouve la Super League galvaude la 4e (2019-20) et 3e place (2020-21), se qualifie deux fois pour l’Europe (Europa League et Conference League), le club atteint la demi-finale de Coupe de Suisse en 2021, une première depuis le sacre en 2001. Il n’y a pas à dire : Servette brille depuis !

Alors, il paraît presque aujourd’hui égoïste, d’un point de vue externe et récent, quand on entend les fans se plaindre de la situation actuelle du club. Mais au vu de ces 20 dernières années, le supporter grenat a vécu de véritables montagnes russes et on peut comprendre la peur de certains vis-à-vis d’une nouvelle contre performance du club. Cependant, financièrement, le club semble avoir repris nettement du galon depuis l’arrivée de la Fondation 1890 et côté sportif, Servette semble posséder un effectif à la hauteur de la division. Ainsi, quand vous regardez un match de Servette à la TV ou au stade, observez aussi l’évolution qu’on a parcouru, de Marc Roger à Pascal Besnard, de Sébastien Fournier à Alain Geiger, de Jocelyn Roux à Gaël Clichy et appréciez ce qu’est redevenu aujourd’hui le Servette Football Club. Un club historique dont même l’argent n’a pas réussi à le faire couler.

Post Tenebras Lux!

1LE SERVETTE FC S’ENFONCE DANS LA CRISE, Le Temps, Publié jeudi 10 juillet 2003

2 ibid.

3SERVETTE REVIENT EN SUPER LEAGUE!, RTS Sport, le 1er juin 2011

4«SERVETTE DOIT REDEVENIR UN GRAND CLUB ET BRILLER», Tribune de Genève, le 20 juillet 2019

Jacky Fatton, la première légende du football suisse

Jacky Fatton, la première légende du football suisse

Si vous vous êtes déjà rendus au Stade de Genève, vous avez sûrement aperçu un maillot floqué Fatton n°11 en haut de la Tribune Sud. Ce maillot appartient à Jacques Fatton dit Jacky Fatton, légende du Servette FC, légende du football suisse.

Jacky naît le 19 décembre 1925 à Exincourt, un petit village français en Bourgogne-Franche-Comté. Compte tenu de l’époque, on ne sait pas quel parcours de vie à emprunter le jeune Fatton pour se retrouver au Servette FC 18 années plus tard. Il est toutefois envisageable que, puisqu’en 1943, l’atmosphère européenne n’était pas des plus conviviales et que le petit village d’Exincourt était aux mains de l’Allemagne nazie, la famille Fatton ait été amenée à rejoindre Genève, neutre et francophone.

Le petit Fatton, par son âge et par sa taille (1m66 et 18 ans), a beaucoup plu aux supporters grenats dès son arrivée. Sur le terrain, il était partout, il transcendait les foules et réchauffait les cœurs servettiens de toute classe sociale venue au Stade des Charmilles pour le voir. En dehors du terrain, c’était un personnage attachant et humble doté d’un vrai charisme.

De 1943 à 1954, Jacky joue 191 matchs en 11 ans pour Servette et inscrit plus de 185 buts. Des statistiques très impressionnantes pour l’époque qui sont à nuancer avec celles d’aujourd’hui. À l’époque, on ne jouait pas autant de matchs que de nos jours, car les compétitions européennes n’existaient pas encore, les championnats nationaux étaient plus courts et les remplacements n’étaient pas autorisés : on prenait 11 joueurs et puis c’est tout. De plus, le professionnalisme dans le monde du football est tout nouveau, seules les grandes nations du football l’ont déjà mis en place dans les années 30, ce qui n’est donc pas le cas de la Suisse. Ainsi, la plupart des footballeurs de l’époque travaillaient à côté pour gagner leur vie, jouant donc moins de matchs. Dans les années 40, on jouait 30 matchs maximum par saison tandis qu’aujourd’hui, on peut en jouer le double.

Durant ces belles années servettiennes, Jacky décroche deux championnats suisses (1945/46 et 1949/50), deux souliers d’or (1948/49 et 1949/50) et une coupe nationale (1949).

Niveau international, Fatton est appelé en sélection suisse à 53 reprises entre 1946 et 1955. Sa première sélection sera contre l’Angleterre, le 11 mai 1946, à Stamford Bridge (défaite 4-1). Cependant, il inscrit son premier but 6 mois plus tard, le 5 janvier 1947 contre le Portugal et récidive dans le même match une seconde fois (match nul 2-2).

En 1948, Jacky disputa la Coupe internationale européenne, une sorte de précurseur de l’Euro, qui a duré de 1927 à 1960 et qui opposait seulement 5 nations voisines : la Suisse, l’Italie, la Hongrie, l’Autriche et la Tchécoslovaquie. Cette compétition, créée dans les années 20, était censée rassembler les plus grandes nations footballistiques de l’époque. Les Britanniques, à leur habitude de complexe de supériorité, ne souhaitaient pas y participer. Lors de toutes les éditions, la Suisse a toujours fini lanterne rouge, largement dominée par le reste des nations. L’édition de 1948 était toutefois particulière et signa le déclin de la compétition. La compétition dura 5 années et la Guerre froide rendit difficiles les déplacements en Hongrie et Tchécoslovaquie. Le drame de la Superga, catastrophe aérienne qui décima une partie de l’effectif italien, ne facilita pas les choses. Suite à cette édition, l’UEFA fraîchement créée reprit la compétition.

Ce n’est assurément pas la compétition qui a marqué la Nati ou Jacky Fatton. En effet, c’est en 1950 que le joueur helvète va marquer les esprits. Même si la Suisse ne passe pas le 1er tour, elle va s’en sortir avec une victoire contre le Mexique et un match nul contre le Brésil, pays hôte et grand favori de la compétition. Dans ce match, notamment, Fatton inscrira un doublé devant plus de 42 000 spectateurs à Sao Paulo.

Jacky Fatton faisant la promotion de la marque Ovomaltine pour l’équipe nationale suisse

Le dernier grand fait de Jacky en équipe nationale est la Coupe du monde 1954 qui se déroule en Suisse. Dans un groupe assez relevé, la Suisse et sa vedette Fatton battent l’Italie à deux reprises (2-1 puis 4-1 en match d’appui) dont une réalisation de ce dernier, ce qui permet à la Suisse d’accéder aux quarts de finale. La Suisse échoue aux portes du dernier carré, lors du match le plus prolifique des coupes du monde, une défaite contre le voisin autrichien 7-5 dans le stade flambant neuf de la Pontaise, bien que menant par 3 buts à la 19e minute de jeu. L’aventure de Fatton en équipe nationale finit en 1955, à l’âge de 30 ans, après 29 buts en 53 sélections.

Après la Coupe du monde à la maison, Fatton signe à l’Olympique Lyonnais. En trois saisons avec les Gones, Jacky joue 98 matchs et plante 42 buts. La première saison, Fatton est élu joueur lyonnais de la saison avec 20 réalisations et 9 passes décisives qui ont permis d’éviter la relégation du club lyonnais.

En signant à l’OL, il reçoit la licence de joueur professionnel, ce qui était rare pour un footballeur suisse à l’époque.

Lors de sa dernière saison dans la capitale des Gaules, Jacky va vivre un épisode assez particulier. C’est le jour de Noël en 1956, son équipe se déplace à Paris pour affronter le Racing et l’Helvète reçoit un drôle de cadeau. Le grand espoir Gabriel Solakian, gardien de l’OL de 24 ans, se fracture violemment la jambe lors d’un contact avec un Parisien en fin de première mi-temps. Souvenez-vous en 1956, la règle du remplacement n’existe pas : c’est alors l’attaquant suisse qui doit enfiler les gants. À 10 contre 11, avec Fatton comme gardien, l’OL réalisera quand même l’exploit de gagner 2-1. Malheureusement, le jeune gardien de l’OL qui s’est fracturé la jambe ne jouera plus jamais au football.

Après trois saisons à l’OL, Fatton quitte le club pour des raisons financières. Le joueur revient alors au Servette pour y finir sa carrière. De 1957 à 1963, Fatton joue encore 109 matchs pour 90 buts. Il décroche le championnat pour la saison 1960/61 et 1961/62 où il finit également meilleur buteur de la compétition. Il participe aussi à la toute nouvelle Coupe des clubs champions européens, créée en 1955. À deux reprises, exactement, puisque la compétition était réservée aux champions de toutes les ligues nationales européennes. La première édition que dispute Jacky est en 1961/62, le club grenat atteindra les ⅛ de finale avant d’échouer contre le Dukla Prague. La seconde et dernière fois est l’édition 1962/63, où Servette ne passera pas le 1er tour au terme d’une triple confrontation très riche en suspens contre le Feyenoord Rotterdam.

Depuis la gauche: Vonlanthen, Rahis, Heuri, Schneider, Schaller, Maffiolo, Trainer Leduc, Fatton, Makay, Bosson, Pazmandy, Desbaillet, Farner, Mocellin, Kaiserauer

Finalement, Fatton raccroche les crampons à 38 ans après 17 ans au Servette FC. Dans sa carrière, il aura disputé 397 matchs pour 317 buts, redoutable finisseur, il fut le tout premier serial buteur suisse. Il reste à notre jour le meilleur buteur du club grenat.

Depuis la fin de sa carrière, Fatton est resté un fervent supporter grenat. Le plus souvent possible, on le retrouvait dans les travées du Stade des Charmilles ou celles de la Praille accompagné de son épouse à suivre les bons et mauvais moments du club grenat. Malheureusement, c’est à l’âge de 85 ans, en 2011, que notre cher Jacky nous quitta, laissant derrière lui son histoire. Alors, la prochaine fois que votre cœur vous mène à un match du Servette FC, regardez en direction de la Tribune sud et racontez à la personne qui vous a tendrement accompagné qui est Jacques dit “Jacky” Fatton, légende du Servette FC, légende du football suisse.

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