L’émotion. Voilà sans doute le mot qui résume le mieux cette soirée de derby romand. Pour la dernière à domicile de Gaël Ondoua, Joël Mall et Jérémy Guillemenot, le Servette FC recevait Lausanne-Sport pour son ultime match de la saison à domicile. Dans une Praille affichant une bonne affluence — 10’112 spectateurs — les Grenat avaient à cœur de conclure en beauté devant leur public.
Le SFC restait sur une série de six matchs sans défaite avant cette rencontre, tandis que les Lausannois arrivaient à Genève après deux revers consécutifs. Si la saison n’a pas été parfaite pour les deux équipes, un derby reste toujours une occasion idéale de terminer sur une bonne note.
Le fil du match
La rencontre débute dans une épaisse fumée de fumigènes, au point qu’il devient presque impossible de distinguer ce qu’il se passe sur le terrain durant les premières minutes. Les deux équipes s’observent beaucoup dans ce début de match fermé, aucune ne voulant se découvrir et laisser des espaces potentiellement fatals.
Il faut attendre la 20e minute pour voir le premier vrai frisson. Bien servi par Junior Kadile, Miroslav Stevanovic élimine le gardien lausannois avant de tenter sa chance, mais sa frappe est sauvée sur la ligne par la défense vaudoise.
Pour le reste ? Peu de spectacle. Le derby prend rapidement des airs de bataille tactique où chaque mètre gagné semble avoir son importance. Pas forcément de quoi enthousiasmer les tribunes, mais une rencontre intense dans les duels et l’engagement.
Premier tournant à la 34e minute : Stevanovic, touché, doit céder sa place à Jérémy Guillemenot pour ce qui restera sa dernière apparition à la Praille sous les couleurs grenat. Une entrée particulière pour l’attaquant genevois, revenu au club avec beaucoup d’attentes après une excellente période au FC St. Gallen.
Après la rencontre, Guillemenot est revenu avec émotion sur son passage au club. Le souvenir qu’il retiendra avant tout reste le titre remporté dès son retour : « Revenir ici dans mon club et gagner un titre la première année, c’était extraordinaire et inoubliable. »
Mais derrière ce trophée, l’attaquant reconnaît également avoir traversé « deux saisons compliquées », autant sur le plan sportif que personnel. Il évoque notamment des difficultés extra sportives d’ordre privé ayant affecté son équilibre mental et, indirectement, ses performances sur le terrain : « Quand ça ne va pas à côté, ça ne peut pas marcher. »
Malgré les critiques et les sifflets reçus par moments, le Genevois assure n’avoir « jamais triché » avec son club formateur : « C’est mon club. Jusqu’au dernier jour, je donnerai mon maximum. » Sans parler de regrets, il admet toutefois que son retour ne s’est pas déroulé comme il l’espérait, ni pour lui, ni pour le Servette FC. Désormais, l’heure est surtout au repos et à la reconstruction, avec l’envie de « retrouver le plaisir, physiquement et mentalement ». Une chose reste certaine : malgré une aventure contrastée, Servette gardera toujours une place particulière dans son cœur.
Mais revenons-en au match. L’arbitre renvoie les deux équipes aux vestiaires sur un score vierge après une première période pauvre en occasions. Peu d’émotions sur le terrain, mais certainement beaucoup dans les têtes de ceux qui disputaient leur dernier match à domicile avec Servette.
Au retour des vestiaires, le visage servettien change complètement. Jocelyn Gourvennec a ajusté la tactique à la pause. Les Grenat reviennent avec davantage d’agressivité, le couteau entre les dents, prêts à se battre sur chaque ballon. Le public suit immédiatement et la Praille s’enflamme.
Pour autant, les occasions franches restent rares et Karlo Letica passe une soirée relativement tranquille… jusqu’à la 60e minute. Après une tête de Mraz provoquant un corner. Junior Kadile enroule alors une frappe dont il a le secret : Letica repousse, mais David Douline suit parfaitement et pousse le ballon au fond des filets. La Praille explose (1-0).
Quelques minutes plus tard, le stade rugit une seconde fois. Sur un nouveau corner, Thomas Lopes récupère un ballon dans la surface, élimine un adversaire avant de servir parfaitement Mraz en retrait. L’attaquant ne tremble pas et double la mise (2-0).
La fin de rencontre baisse ensuite en intensité. Les entraîneurs procèdent à plusieurs changements, mais Lausanne ne parvient jamais à réellement revenir dans le match. Servette contrôle et valide une victoire logique dans ce derby romand.
Le Servette FC enchaîne ainsi un septième match sans défaite et répond parfaitement aux récentes annonces autour du club. Entre émotions, départs symboliques, ambiance bouillante dans les tribunes et succès dans le derby, cette dernière soirée de la saison à domicile avait tout d’un joli clap de fin.
Au coup de sifflet final, la Praille n’a peut-être pas seulement célébré une victoire dans le derby. Elle a surtout salué une génération de joueurs qui, chacun à leur manière, auront marqué une période du Servette FC. Entre les chants, les applaudissements et les regards perdus vers les tribunes, il flottait ce sentiment étrange propre aux fins d’histoire : celui où le résultat compte presque moins que les émotions laissées derrière. Et dans une saison parfois compliquée, Servette aura au moins réussi une chose ce soir-là : rappeler à tout un stade pourquoi ce club occupe une place à part dans le cœur des Genevois.
Photo : Julien Thurnherr


