Loun Srdanovic, le gamin des Avanchets qui veut « marquer le foot »

Loun Srdanovic, le gamin des Avanchets qui veut « marquer le foot »

Il y a des jeunes qui parlent comme s’ils passaient un oral. Et puis il y a Loun Srdanovic.
Lui parle sans filtre, posé, sûr de lui. Poli et agréable à écouter, il nous à reçu lors de la traditionnelle conférence de presse d’avant match. 

Au milieu d’une conférence de presse de fin de saison assez classique du Servette FC, le latéral a livré quelque chose de plus rare : une ambition brute, presque désarmante, et une façon de raconter son parcours qui ressemble déjà à une histoire écrite à la première personne.

« Je savais que j’allais finir millionnaire »

La phrase tombe sans effort. Pas comme une provocation. Plutôt comme une certitude rangée depuis longtemps.

« Peut-être qu’on va me prendre pour un fou, mais je savais que j’allais finir millionnaire. »

Puis il enchaîne, sans pause :

« Moi, je veux marquer le foot. »

Pas réussir. Pas percer. Marquer le foot. Et dans sa bouche, ça sonne comme un objectif aussi concret qu’un centre au deuxième poteau. À 15 ans, il était déjà persuadé que sa trajectoire serait professionnelle. À son arrivée à Servette, il met fin à tout le reste : basket, tennis, natation, kickboxing. Tout.

« Dès que j’ai eu ma convocation à Servette, je me suis dit : OK, focus sur le foot. »

Longue période hors des terrains

Cette saison, pourtant, ressemble à l’exact opposé de cette projection. Des douleurs au dos. Des retours annoncés puis repoussés. Des entraînements stoppés en cours de route. Et surtout : beaucoup de temps à regarder les autres jouer.

« C’était très très long. Très dur de ne pas pouvoir s’exprimer sur le terrain. »

Le staff tente plusieurs approches. Rien n’est linéaire. On ajuste. On retire les courses solo. On réintègre directement dans le jeu. On simplifie. On adapte. Jusqu’à ce que ça tienne enfin. Aujourd’hui, Loun Srdanovic assure que les problèmes physiques sont derrière lui. Passage en Allemagne, soins spécialisés, travail de fond. Le genre de routine invisible qui précède souvent les vrais retours.

Mais la frustration reste là, symbolisée par ce quatrième carton jaune qui coupe net son élan.

« C’est horrible parce que la saison finit… mais elle commence pour moi. »

Un amoureux du foot 

Chez lui, le football n’est pas une activité. C’est un environnement permanent. Analyse de matchs, récupération, préparation, lecture du jeu : tout tourne autour.

« C’est important de regarder du football. »

Et surtout, pas d’idole unique. Il pioche.

Achraf Hakimi pour les projections.
Trent Alexander-Arnold pour les centres.

« Je n’ai jamais aimé avoir une seule idole. J’aime prendre un peu de plusieurs joueurs. »

Son profil se dessine là : un latéral moderne, encore brut, mais déjà très codé “haut niveau”.

« Servette, c’est mon club »

Il y a pourtant eu un moment où tout aurait pu basculer. Blessures. M21. Incertitudes. Première équipe loin. Très loin. Il l’admet : il a pensé partir.

Puis René Weiler intervient. Discussion. Projection. Assurance. Relance.

Et Srdanovic reste.

« Servette, c’est mon club et j’adore Servette. »

Dans le même temps, le club change de logique : plus de jeunes, plus de concurrence, plus de pression interne.

« La place peut vite sauter. »

Mais dans son discours, ce n’est pas une menace. C’est un moteur.

La Nati ? 

Forcément, avec un profil comme le sien, la question finit par tomber : quelle sélection nationale ? Loun Srdanovic ne contourne pas. Né et formé en Suisse, il possède le passeport suisse et ne cache pas son objectif prioritaire :

« La Suisse, clairement. C’est mon objectif. J’ai grandi ici, j’ai tout fait ici. C’est un pays que j’aime tant.»

Switzerland s’impose donc comme une évidence sportive et affective.

Mais le discours se nuance vite. Parce que dans son histoire familiale, les lignes sont multiples : origines serbes, croates, allemandes côté paternel, camerounaises côté maternel. Plusieurs portes existent.

Et lui ne ferme rien complètement.

« Je ne suis pas fermé. J’ai pas envie de fermer des portes. »

Une phrase qui résume bien le personnage : déterminé, mais jamais totalement verrouillé. A noter qu’il compte 17 sélections en équipe de Suisse junior.  

Un potentiel dingue 

Quelques minutes après lui, Jocelyn Gourvennec prend la parole. Le ton est plus posé, mais les mots sont lourds.

« Il a le potentiel pour être titulaire de la Nati. »

Le coach insiste : joueur complet, moderne, capable d’évoluer à haut niveau en Europe. Mais il ramène tout à une seule variable : la continuité.

« S’il arrive à enchaîner, il montrera tout son potentiel. »

Parce que tout est là. Depuis les débuts, le même schéma : talent visible, mais corps capricieux. Le staff estime pourtant avoir trouvé un équilibre cette fois. Et la fin de saison semble lui donner raison.

Humilité 

Ce qui frappe, au fond, c’est ce mélange assez rare : une assurance presque excessive et une lucidité sur les étapes à franchir. Le talent est là. L’idée de carrière aussi. Le reste dépend d’un détail que tout le monde répète autour de lui : le corps. S’il tient. S’il enchaîne. S’il survit à lui-même. Alors Loun Srdanovic pourrait bien faire partie de ces joueurs dont on raconte ensuite qu’ils avaient annoncé la couleur très tôt.

Le quartier 

Le reste de la conférence part presque dans une discussion de quartier. Les Avanchets, Meyrin, les terrains en bas d’immeuble, les après-midis qui finissent tard sans qu’on regarde l’heure.

Chez les Srdanovic, le sport ressemble à une seconde langue. Lui est l’aîné. Celui qui ouvre la voie. Celui qui répète à ses petits frères ce qu’on lui a répété toute sa vie :

« Rêvez grand. »

Et surtout un détail qui dit beaucoup : il n’est pas le seul à être sorti de là.

Dans son voisinage direct, il y a Jimmy Atangana, qu’il connaît depuis toujours. Même rues, même terrains, parfois mêmes gammes improvisées après l’école. Et un peu plus haut dans la hiérarchie locale, il y a aussi Dereck Kutesa, autre produit du coin, passé lui aussi par ce même décor avant de rejoindre le haut niveau.

Il y a chez Loun Srdanovic quelque chose qui dépasse le simple discours de jeune joueur prometteur. Une forme de certitude, parfois dérangeante, souvent fascinante, qui ne s’excuse pas d’exister. Mais au-delà des phrases fortes, il reste une réalité beaucoup plus simple et beaucoup plus exigeante : celle du très haut niveau, où les promesses ne pèsent rien sans continuité, où le talent seul ne suffit pas, et où le corps finit toujours par avoir le dernier mot. Srdanovic, lui, a déjà choisi son récit. Reste maintenant à voir s’il pourra le tenir dans la durée, là où le football cesse d’écouter les discours pour ne juger que les enchaînements. Quoi qu’il arrive, il ne reste qu’à lui souhaiter de transformer cette ambition en réalité, pour lui-même, pour le Servette FC, et peut-être un jour pour la Switzerland, s’il parvient à franchir toutes les étapes qui l’attendent.

90 minutes pour se dire au revoir

90 minutes pour se dire au revoir

L’émotion. Voilà sans doute le mot qui résume le mieux cette soirée de derby romand. Pour la dernière à domicile de Gaël Ondoua, Joël Mall et Jérémy Guillemenot, le Servette FC recevait Lausanne-Sport pour son ultime match de la saison à domicile. Dans une Praille affichant une bonne affluence — 10’112 spectateurs — les Grenat avaient à cœur de conclure en beauté devant leur public.

Le SFC restait sur une série de six matchs sans défaite avant cette rencontre, tandis que les Lausannois arrivaient à Genève après deux revers consécutifs. Si la saison n’a pas été parfaite pour les deux équipes, un derby reste toujours une occasion idéale de terminer sur une bonne note.

Le fil du match

La rencontre débute dans une épaisse fumée de fumigènes, au point qu’il devient presque impossible de distinguer ce qu’il se passe sur le terrain durant les premières minutes. Les deux équipes s’observent beaucoup dans ce début de match fermé, aucune ne voulant se découvrir et laisser des espaces potentiellement fatals.

Il faut attendre la 20e minute pour voir le premier vrai frisson. Bien servi par Junior Kadile, Miroslav Stevanovic élimine le gardien lausannois avant de tenter sa chance, mais sa frappe est sauvée sur la ligne par la défense vaudoise.

Pour le reste ? Peu de spectacle. Le derby prend rapidement des airs de bataille tactique où chaque mètre gagné semble avoir son importance. Pas forcément de quoi enthousiasmer les tribunes, mais une rencontre intense dans les duels et l’engagement.

Premier tournant à la 34e minute : Stevanovic, touché, doit céder sa place à Jérémy Guillemenot pour ce qui restera sa dernière apparition à la Praille sous les couleurs grenat. Une entrée particulière pour l’attaquant genevois, revenu au club avec beaucoup d’attentes après une excellente période au FC St. Gallen.

Après la rencontre, Guillemenot est revenu avec émotion sur son passage au club. Le souvenir qu’il retiendra avant tout reste le titre remporté dès son retour : « Revenir ici dans mon club et gagner un titre la première année, c’était extraordinaire et inoubliable. »

Mais derrière ce trophée, l’attaquant reconnaît également avoir traversé « deux saisons compliquées », autant sur le plan sportif que personnel. Il évoque notamment des difficultés extra sportives d’ordre privé ayant affecté son équilibre mental et, indirectement, ses performances sur le terrain : « Quand ça ne va pas à côté, ça ne peut pas marcher. »

Malgré les critiques et les sifflets reçus par moments, le Genevois assure n’avoir « jamais triché » avec son club formateur : « C’est mon club. Jusqu’au dernier jour, je donnerai mon maximum. » Sans parler de regrets, il admet toutefois que son retour ne s’est pas déroulé comme il l’espérait, ni pour lui, ni pour le Servette FC. Désormais, l’heure est surtout au repos et à la reconstruction, avec l’envie de « retrouver le plaisir, physiquement et mentalement ». Une chose reste certaine : malgré une aventure contrastée, Servette gardera toujours une place particulière dans son cœur. 

Mais revenons-en au match. L’arbitre renvoie les deux équipes aux vestiaires sur un score vierge après une première période pauvre en occasions. Peu d’émotions sur le terrain, mais certainement beaucoup dans les têtes de ceux qui disputaient leur dernier match à domicile avec Servette.

Au retour des vestiaires, le visage servettien change complètement. Jocelyn Gourvennec a ajusté la tactique à la pause. Les Grenat reviennent avec davantage d’agressivité, le couteau entre les dents, prêts à se battre sur chaque ballon. Le public suit immédiatement et la Praille s’enflamme.

Pour autant, les occasions franches restent rares et Karlo Letica passe une soirée relativement tranquille… jusqu’à la 60e minute. Après une tête de Mraz provoquant un corner. Junior Kadile enroule alors une frappe dont il a le secret : Letica repousse, mais David Douline suit parfaitement et pousse le ballon au fond des filets. La Praille explose (1-0).

Quelques minutes plus tard, le stade rugit une seconde fois. Sur un nouveau corner, Thomas Lopes récupère un ballon dans la surface, élimine un adversaire avant de servir parfaitement Mraz en retrait. L’attaquant ne tremble pas et double la mise (2-0).

La fin de rencontre baisse ensuite en intensité. Les entraîneurs procèdent à plusieurs changements, mais Lausanne ne parvient jamais à réellement revenir dans le match. Servette contrôle et valide une victoire logique dans ce derby romand.

Le Servette FC enchaîne ainsi un septième match sans défaite et répond parfaitement aux récentes annonces autour du club. Entre émotions, départs symboliques, ambiance bouillante dans les tribunes et succès dans le derby, cette dernière soirée de la saison à domicile avait tout d’un joli clap de fin.

Au coup de sifflet final, la Praille n’a peut-être pas seulement célébré une victoire dans le derby. Elle a surtout salué une génération de joueurs qui, chacun à leur manière, auront marqué une période du Servette FC. Entre les chants, les applaudissements et les regards perdus vers les tribunes, il flottait ce sentiment étrange propre aux fins d’histoire : celui où le résultat compte presque moins que les émotions laissées derrière. Et dans une saison parfois compliquée, Servette aura au moins réussi une chose ce soir-là : rappeler à tout un stade pourquoi ce club occupe une place à part dans le cœur des Genevois.

Photo : Julien Thurnherr

Servette FC : nouvelle ère annoncée, ambitions assumées

Servette FC : nouvelle ère annoncée, ambitions assumées

Le décor était inhabituel à la Praille. À quelques jours du derby face au Servette FC et au FC Lausanne-Sport, ce ne sont ni les joueurs ni Jocelyn Gourvennec qui se sont présentés devant la presse, mais bien le président Hervé Broch et le nouveau directeur sportif John Williams. Une prise de parole forte, dense, qui marque un tournant dans la stratégie grenat.

Le message est clair : Servette veut retrouver les sommets. Et cette fois, le club l’assume publiquement.

Remise en question 

Hervé Broch n’a pas cherché à contourner le sujet. La saison actuelle est jugée insuffisante par rapport aux ambitions du club.

« On s’est posé plusieurs questions sur les raisons de ce classement qui était bien loin de ce qu’on souhaitait. »

Le conseil d’administration a donc lancé une réflexion de fond sur l’organisation sportive. L’une des conclusions majeures : revenir à une structure avec un directeur sportif fort, capable d’incarner une vision à moyen et long terme. Le président explique également que plusieurs profils ont été étudiés. Le profil recherché était précis : leadership, vision sur plusieurs années, capacité à construire un effectif cohérent, maîtrise du mercato, grand réseau et connaissance du championnat suisse.

Et malgré un CV “moins flashy” que d’autres candidats, John Williams a rapidement convaincu.

« Il répondait très clairement à nos critères, par ses compétences, son attitude et son leadership. »

Redevenir un grand du football suisse

Le discours du président tranche avec la prudence habituelle du football suisse. Servette ne cache plus ses objectifs. À long terme, le club veut retrouver une phase de ligue européenne et ramener des titres à Genève.

« L’ambition, c’est d’aller chercher un championnat ou une Coupe. »

À court terme, l’objectif est déjà fixé : qualification européenne ou victoire en Coupe de Suisse la saison prochaine. Broch insiste également sur la volonté de faire grandir le club à tous les niveaux : administratif, financier et sportif. Avec un rêve assumé en toile de fond : décrocher un jour cette fameuse deuxième étoile.

« Il a fallu 135 ans pour gagner 17 titres. Je suis persuadé qu’un jour il y en aura 20. »

“Servette doit jouer le titre chaque saison”

Pour sa première grande prise de parole publique, John Williams a donné le ton. Ambitieux, direct, parfois brutal dans ses constats. Selon lui, le potentiel du club est immense… mais encore loin d’être exploité.

« Entre le niveau actuel et le potentiel du club, il y a un écart. Mon travail, c’est de réduire cet écart. »

Le nouveau directeur sportif refuse de voir Servette osciller entre une saison européenne et une autre dans le ventre mou.

« Une mauvaise saison doit être une troisième place. Une bonne saison doit être un titre. »

Williams veut remettre le club “dans le football moderne”, avec davantage d’intensité, de concurrence et une véritable culture de la gagne.

Place aux jeunes

L’un des axes majeurs du projet concerne la formation.

Servette veut désormais créer un vrai chemin vers la première équipe. Et cela passera par une réduction du contingent professionnel afin d’ouvrir des espaces aux jeunes talents.

« Il ne faut pas qu’un jeune arrive parce qu’il y a des blessés ou des suspendus. Il faut qu’il arrive parce qu’un chemin a été créé pour lui. »

Williams s’est également montré très critique sur certaines situations actuelles au sein des M21, regrettant le nombre de joueurs prêtés ou bloqués par des éléments extérieurs au club. Le message envoyé aux jeunes du centre de formation est limpide : s’ils ont le niveau, ils joueront. Une philosophie assumée, que partage pleinement Jocelyn Gourvennec.

Grille salariale 

Autre sujet abordé sans détour : la masse salariale. Williams souhaite instaurer une structure plus cohérente basée sur le statut des joueurs afin d’éviter les déséquilibres dans le vestiaire.

« Je ne veux pas de jalousie dans le vestiaire. » 

Le futur modèle reposera donc sur différentes catégories : cadres, joueurs de rotation, remplaçants et jeunes. Le directeur sportif a également reconnu un décalage entre certaines rémunérations actuelles et le rendement observé sur le terrain. Il souhaite que les joueurs qui signent au SFC, jouent pour gagner et non pas pour être surpayés. 

« Il y a parfois un écart entre le niveau de rémunération et le niveau de performance. »

Sans accuser directement les décisions passées, il promet un modèle “plus viable” et “plus juste”.

Le dynamic pricing ? Expérience ratée

Autre sujet qui a fait réagir ces derniers mois à Genève : le prix des billets. Et pour une fois, le club ne s’est pas caché derrière des éléments de langage corporate. Hervé Broch a reconnu que la politique de dynamic pricing mise en place cette saison n’avait pas vraiment fonctionné.

L’idée était pourtant claire : pousser les supporters à acheter plus tôt pour remplir davantage le Stade de Genève. Sauf qu’entre les résultats décevants et des prix parfois mal perçus, la sauce n’a jamais vraiment pris.

« On voit qu’on n’a malheureusement pas réussi avec ça. »

Le président a même ouvert la porte à un retour vers une politique plus simple et plus accessible dès la saison prochaine. Parce qu’au fond, le vrai objectif reste toujours le même : remplir la Praille.

« Notre ambition, c’est de garnir le stade le plus possible pour avoir ce douzième homme derrière l’équipe. »

Comme quoi, même dans un football de data, de modèles économiques et de grilles salariales, tout finit encore par revenir à une vieille vérité : un stade vide, ça ne fait peur à personne.

Kadile confirmé, Cognat encore espéré

Plusieurs dossiers chauds du mercato ont aussi été évoqués. Concernant Timothée Cognat, le club souhaite clairement le conserver malgré l’existence d’un bon de sortie.

Williams a même tenté une comparaison ambitieuse :

« Le jour où Mbappé est parti, Paris a gagné le titre. Je ne veux pas que Timo ait des regrets s’il part avant un futur titre ici. » 

Le directeur sportif assure cependant qu’un éventuel transfert ne se fera pas “à n’importe quel prix”. Il estime également que s’il y a 1% de chance que le numéro 8 reste, Williams saisira cette chance. 

Du côté de Junior Kadile, le ton était beaucoup plus affirmatif.

« Il a un avenir brillant au Servette. »

Le club va lever son option pour le conserver l’année prochaine. 

Quid des gardiens ? 

Autre annonce importante : la gestion des gardiens va changer.

« Avoir deux numéros 1, ça ne marche nulle part. »

La saison prochaine, la hiérarchie sera clairement établie avec un titulaire et une doublure assumée. Il déclare qu’un gardien numéro 1 devra être recruté. Une déclaration qui interroge forcément l’avenir de Jérémy Frick.

Un Servette plus ambitieux et mieux structuré 

Au-delà des déclarations fortes, cette conférence de presse marque surtout une rupture dans la communication du club. Servette ne veut plus simplement survivre dans le haut du tableau : Ils veulent instaurer une culture de la gagne et le club veut redevenir une référence du football suisse.

Avec une ligne directrice désormais claire :

  • une structure sportive forte,
  • une politique salariale rationalisée,
  • une vraie intégration des jeunes,
  • et une ambition assumée de jouer les premiers rôles.

Reste désormais à transformer le discours en résultats. Mais une chose est sûre : à Genève, le mot “titre” n’est plus tabou.Le chantier est immense, les promesses nombreuses et les attentes encore plus grandes. Mais une chose a changé à la Praille : le Servette ne parle plus comme un outsider sympathique.

Servette FC Chênois Féminin – FC Aarau Frauen : La Praille sourit encore aux Servettiennes et ouvre la porte aux demi-finales

Servette FC Chênois Féminin – FC Aarau Frauen : La Praille sourit encore aux Servettiennes et ouvre la porte aux demi-finales

Ce vendredi s’est joué le match retour des quarts de finale des playoffs de l’AXA Women’s Super League au Stade de la Praille, face à une équipe d’FC Aarau Frauen qui a eu beaucoup de peine cette saison.

Petit retour sur le match allé

Les Servettiennes sont allées s’imposer la semaine passée sur le petit score de 2 à 1 en Argovie. Une victoire précieuse, grâce aux réalisations de Cristina Librán et de Magdalena Sobral.

Elodie Nakkach a par la suite déclaré au Blick Romandie les conditions compliquées, évoquant un terrain et des installations en dessous des standards habituels. Elle avait notamment pointé du doigt une bande au milieu du terrain différente du reste de la pelouse, un détail qui avait rendu le jeu plus imprévisible et technique à maîtriser.

Malgré tout, les Genevoises pouvaient compter sur une avance d’un but avant la rencontre de vendredi à la Praille.

Une première mi-temps à sens unique

Ce sont pourtant les Argoviennes qui lancent les hostilités avec la première occasion de ce match et le premier coup de pied arrêté, mais rien pour inquiéter Enith Salón. Servette enchaînera par la suite les occasions. À la 7e, Magdalena Sobral part au but, mais le ballon est stoppé par la gardienne du FC Aarau après un cafouillage dans la surface. Cette fois, c’est Ascension Martinez qui centre, Therese Simonsson est au centre, mais n’arrive pas à le reprendre et le ballon passe tout droit devant le but.

Et de un pour les Genevoises

Therese Simonsson marque son 25e but de la saison grâce à une magnifique passe de Paula. À quelques jours de son 28e anniversaire, la Suédoise décrit la passe de l’Espagnole comme un beau cadeau d’anniversaire.

Les Genevoises ont quelques opportunités de but durant le reste de cette première mi-temps, mais c’est surtout à 10 minutes de la fin de celle-ci que Magdalena Sobral fait le break. En face, Aarau peine à exister. Malgré quelques coups de pied arrêtés, tout reste trop prévisible et est capté sans difficulté par Salón.

Magdalena Sobral en feu

Sobral triple la mise, la numéro onze. Si durant le match aller il y avait eu un doute, là il n’y en a plus aucun.

L’arbitre siffle la fin de la première mi-temps sans ajouter de temps additionnel.

À peine revenues du thé que Magdalena Sobral marque son troisième but. La Polonaise inscrit le premier triplé de sa carrière et explique à la fin du match être très heureuse de celui-ci.

Des jeunes apparitions sur le terrain

Lors des changements effectués, nous avons pu voir l’apparition de Garance Nein, 16 ans, qui fait sa deuxième apparition en championnat, et de Léa Magali Sergeant-Huet, 18 ans, qui fait sa quatrième apparition.

Direction les demi-finales !

Les 1012 spectateurs ont eu l’honneur de voir un spectacle de 4 buts. Si au match aller les Servettiennes avaient laissé planer un léger doute, là il n’y en a plus aucun. Ces dernières affronteront Zurich : le match aller aura lieu le week-end du 9 mai et le match retour celui du 16 mai.

Photo:  Antoine Andreani

Servette joue enfin comme une équipe qui sait où elle va

Servette joue enfin comme une équipe qui sait où elle va

Le décor est posé : une fin de saison sans pression comptable, mais pas sans ambition. Au Servette FC, on a décidé de jouer ça à fond. Quitte à transformer les dernières semaines en terrain de jeu sérieux.

Servette, version printemps : léger, mais pas relâché

« Pas de relâchement. » Le message est clair. Sur le terrain d’entraînement, ça bosse, mais différemment. Moins de tableaux tactiques, plus de jeu, plus de rythme, plus de plaisir. Une recette assumée par Jocelyn Gourvennec, qui privilégie la fraîcheur mentale au moment où les jambes commencent à tirer.

Et ça se voit. Le Servette 2026 n’a plus grand-chose à voir avec celui de l’automne : plus stable, plus solide, plus équilibré. Une équipe qui fait moins de bruit… mais plus de dégâts. Résultat ? Une dynamique positive, et surtout une impression : ce groupe a enfin trouvé son vrai visage.

Le déclic

Il y a toujours ce moment charnière dans une saison. Pour Servette, il porte un souvenir précis : cette victoire arrachée contre le FC Zurich à la dernière minute. Le genre de match qui libère tout un vestiaire.

Avant ça, il y avait déjà du mieux, mais sans récompense. Après ça, tout s’aligne. Les progrès deviennent visibles au tableau d’affichage. « Ça s’est décalé dans le temps », résume Gourvennec. Traduction : ils savaient que ça allait finir par payer. Il fallait juste encaisser la frustration et être patient.

Objectif : être les “meilleurs des autres”

Le plafond est connu : au mieux, une 7e place. Pas de quoi pavoiser, mais suffisamment pour envoyer un message. Finir premiers du “groupe du bas”, comme une manière de dire que Servette s’est trompé d’étage cette saison.

Pas question de lever le pied pour autant. « On est professionnels jusqu’au bout. » Une phrase bateau ? Peut-être. Mais dans un championnat où beaucoup lâchent l’affaire une fois le couperet tombé, elle prend un autre sens.

Un mois après avoir pris une claque (5-0), le Grasshopper Club Zurich ne sera pas là pas pour enfiler des perles. Plutôt pour rendre les coups.

« On s’attend à une équipe revancharde, engagée. À nous de confirmer ce qu’on fait depuis plusieurs semaines. »

Message reçu côté Servette : pas question de changer une formule qui tourne. Continuer à jouer, continuer à appuyer là où ça fait mal, et voir qui craque en premier.

Le facteur X : Junior Kadile

Dans cette montée en puissance, un nom revient sans cesse : Junior Kadile. Impactant, très impactant, sous trois aspects selon son coach.

D’abord, il libère ses coéquipiers. Parce qu’un joueur capable de faire des différences à tout moment, ça change la manière d’attaquer. Ensuite, il impose un standard de travail. Intensité, volume, répétition des efforts : Kadile ne triche pas. Enfin, il fait reculer et instaure de la peur chez les défenses, ce qui permet à l’équipe de s’installer un peu plus chez l’adversaire et donc d’être moins vulnérable. Et ça, c’est de l’or.

Même quand il ne marque pas, il pèse. Même fatigué, il reste dangereux. Le genre de joueur que tu ne sors pas… même quand tout le stade pense le contraire.

À ses côtés, Thomas Lopes trace sa route. Début poussif, montée progressive, et maintenant : de la régularité. Deux buts en deux matchs, mais surtout une vraie présence.

Le profil séduit : vitesse, dribble, volume, culot. Lopes apprend vite, très vite. Inspiré par Kadile, mais avec son propre style. Encore brut, mais déjà précieux.

Et surtout, bien dans sa tête : « Chaque minute est bonne à prendre. » Traduction : pas de caprice, juste du travail.

Ce Servette-là ne calcule plus trop. Il joue. Pour gagner, oui, mais aussi pour valider une progression, pour installer une identité, pour préparer la suite. Parce que le vrai enjeu n’est peut-être pas cette 7e place. Il est ailleurs : dans ce qu’elle raconte. Que Servette, enfin, ressemble à une équipe qui sait où elle va.

Servette tient tête à Young Boys

Servette tient tête à Young Boys

Le Servette FC se déplaçait au Wankdorf Stadium pour disputer la dernière journée de championnat avant la scission en deux groupes. Assurés d’évoluer dans le groupe de relégation, les Grenats avaient néanmoins à cœur de bien conclure cet exercice et d’envoyer un message fort à la concurrence en vue de la saison prochaine.

Le fil du match :

D’entrée, le BSC Young Boys impose un pressing haut et agressif, empêchant les Servettiens de relancer proprement. Les Bernois se montrent rapidement dangereux, avec une première frappe d’Alan Virginius détournée en corner par Jérémy Frick.

En difficulté durant la première demi-heure, les hommes de Jocelyn Gourvennec parviennent toutefois à faire le dos rond et à contenir des offensives adverses peu tranchantes. Tentant de procéder en transitions, les Grenats se heurtent à une organisation défensive bien en place du côté des joueurs de Gerardo Seoane.

La pression bernoise s’intensifie et le but semble se rapprocher. À la 35e minute, Armin Gigovic trouve le poteau après un une-deux avec Joël Monteiro, un sérieux avertissement pour la défense servettienne. Malgré cela, le Servette FC regagne les vestiaires sans encaisser.

Au retour des vestiaires, Thomas Lopes remplace Malek Ishuayed. Une entrée décisive : le nouvel entrant met rapidement en difficulté la défense bernoise, provoque un carton jaune et multiplie les différences aux abords de la surface. Il est finalement récompensé en reprenant de la tête un centre de Junior Kadile pour inscrire son premier but de la saison (0-1). Un coaching gagnant de Jocelyn Gourvennec.

Le Servette FC semble alors prendre l’ascendant, mentalement et dans le jeu. Mais Jérémy Frick manque de relancer proprement à deux reprises, sans conséquence immédiate. Dans la foulée, Steve Rouiller commet une faute sur Chris Bedia dans la surface. L’attaquant bernois se fait justice lui-même et égalise sur penalty (1-1).

La fin de match devient plus ouverte et décousue, offrant des espaces de part et d’autre. Timothé Cognat s’illustre en s’infiltrant dans la surface avant de voir sa frappe heurter la barre transversale.

Les occasions se multiplient pour les Grenats : Miroslav Stevanovic bute sur Marvin Keller, tandis que Samuel Mraz trouve le poteau de la tête. YB réplique avec un but refusé à Chris Bedia, puis une tentative de Samuel Essende qui passe à côté alors que Frick semblait battu.

Après quatre minutes de temps additionnel, l’arbitre Nico Gianforte met un terme à la rencontre. Les deux équipes se quittent sur un match nul.

Malmené en première période, le Servette FC a su réagir après la pause. L’entrée de Thomas Lopes a insufflé un nouveau dynamisme à l’équipe genevoise, qui repart de Berne avec un point. Des regrets subsistent néanmoins au vu des nombreuses occasions manquées en fin de match. En affichant un tel visage lors des dernières rencontres et en poursuivant sa progression, le club grenat peut toutefois envisager l’avenir avec optimisme.

Photo : Maxime Sallin