Le décor était inhabituel à la Praille. À quelques jours du derby face au Servette FC et au FC Lausanne-Sport, ce ne sont ni les joueurs ni Jocelyn Gourvennec qui se sont présentés devant la presse, mais bien le président Hervé Broch et le nouveau directeur sportif John Williams. Une prise de parole forte, dense, qui marque un tournant dans la stratégie grenat.

Le message est clair : Servette veut retrouver les sommets. Et cette fois, le club l’assume publiquement.

Remise en question 

Hervé Broch n’a pas cherché à contourner le sujet. La saison actuelle est jugée insuffisante par rapport aux ambitions du club.

« On s’est posé plusieurs questions sur les raisons de ce classement qui était bien loin de ce qu’on souhaitait. »

Le conseil d’administration a donc lancé une réflexion de fond sur l’organisation sportive. L’une des conclusions majeures : revenir à une structure avec un directeur sportif fort, capable d’incarner une vision à moyen et long terme. Le président explique également que plusieurs profils ont été étudiés. Le profil recherché était précis : leadership, vision sur plusieurs années, capacité à construire un effectif cohérent, maîtrise du mercato, grand réseau et connaissance du championnat suisse.

Et malgré un CV “moins flashy” que d’autres candidats, John Williams a rapidement convaincu.

« Il répondait très clairement à nos critères, par ses compétences, son attitude et son leadership. »

Redevenir un grand du football suisse

Le discours du président tranche avec la prudence habituelle du football suisse. Servette ne cache plus ses objectifs. À long terme, le club veut retrouver une phase de ligue européenne et ramener des titres à Genève.

« L’ambition, c’est d’aller chercher un championnat ou une Coupe. »

À court terme, l’objectif est déjà fixé : qualification européenne ou victoire en Coupe de Suisse la saison prochaine. Broch insiste également sur la volonté de faire grandir le club à tous les niveaux : administratif, financier et sportif. Avec un rêve assumé en toile de fond : décrocher un jour cette fameuse deuxième étoile.

« Il a fallu 135 ans pour gagner 17 titres. Je suis persuadé qu’un jour il y en aura 20. »

“Servette doit jouer le titre chaque saison”

Pour sa première grande prise de parole publique, John Williams a donné le ton. Ambitieux, direct, parfois brutal dans ses constats. Selon lui, le potentiel du club est immense… mais encore loin d’être exploité.

« Entre le niveau actuel et le potentiel du club, il y a un écart. Mon travail, c’est de réduire cet écart. »

Le nouveau directeur sportif refuse de voir Servette osciller entre une saison européenne et une autre dans le ventre mou.

« Une mauvaise saison doit être une troisième place. Une bonne saison doit être un titre. »

Williams veut remettre le club “dans le football moderne”, avec davantage d’intensité, de concurrence et une véritable culture de la gagne.

Place aux jeunes

L’un des axes majeurs du projet concerne la formation.

Servette veut désormais créer un vrai chemin vers la première équipe. Et cela passera par une réduction du contingent professionnel afin d’ouvrir des espaces aux jeunes talents.

« Il ne faut pas qu’un jeune arrive parce qu’il y a des blessés ou des suspendus. Il faut qu’il arrive parce qu’un chemin a été créé pour lui. »

Williams s’est également montré très critique sur certaines situations actuelles au sein des M21, regrettant le nombre de joueurs prêtés ou bloqués par des éléments extérieurs au club. Le message envoyé aux jeunes du centre de formation est limpide : s’ils ont le niveau, ils joueront. Une philosophie assumée, que partage pleinement Jocelyn Gourvennec.

Grille salariale 

Autre sujet abordé sans détour : la masse salariale. Williams souhaite instaurer une structure plus cohérente basée sur le statut des joueurs afin d’éviter les déséquilibres dans le vestiaire.

« Je ne veux pas de jalousie dans le vestiaire. » 

Le futur modèle reposera donc sur différentes catégories : cadres, joueurs de rotation, remplaçants et jeunes. Le directeur sportif a également reconnu un décalage entre certaines rémunérations actuelles et le rendement observé sur le terrain. Il souhaite que les joueurs qui signent au SFC, jouent pour gagner et non pas pour être surpayés. 

« Il y a parfois un écart entre le niveau de rémunération et le niveau de performance. »

Sans accuser directement les décisions passées, il promet un modèle “plus viable” et “plus juste”.

Le dynamic pricing ? Expérience ratée

Autre sujet qui a fait réagir ces derniers mois à Genève : le prix des billets. Et pour une fois, le club ne s’est pas caché derrière des éléments de langage corporate. Hervé Broch a reconnu que la politique de dynamic pricing mise en place cette saison n’avait pas vraiment fonctionné.

L’idée était pourtant claire : pousser les supporters à acheter plus tôt pour remplir davantage le Stade de Genève. Sauf qu’entre les résultats décevants et des prix parfois mal perçus, la sauce n’a jamais vraiment pris.

« On voit qu’on n’a malheureusement pas réussi avec ça. »

Le président a même ouvert la porte à un retour vers une politique plus simple et plus accessible dès la saison prochaine. Parce qu’au fond, le vrai objectif reste toujours le même : remplir la Praille.

« Notre ambition, c’est de garnir le stade le plus possible pour avoir ce douzième homme derrière l’équipe. »

Comme quoi, même dans un football de data, de modèles économiques et de grilles salariales, tout finit encore par revenir à une vieille vérité : un stade vide, ça ne fait peur à personne.

Kadile confirmé, Cognat encore espéré

Plusieurs dossiers chauds du mercato ont aussi été évoqués. Concernant Timothée Cognat, le club souhaite clairement le conserver malgré l’existence d’un bon de sortie.

Williams a même tenté une comparaison ambitieuse :

« Le jour où Mbappé est parti, Paris a gagné le titre. Je ne veux pas que Timo ait des regrets s’il part avant un futur titre ici. » 

Le directeur sportif assure cependant qu’un éventuel transfert ne se fera pas “à n’importe quel prix”. Il estime également que s’il y a 1% de chance que le numéro 8 reste, Williams saisira cette chance. 

Du côté de Junior Kadile, le ton était beaucoup plus affirmatif.

« Il a un avenir brillant au Servette. »

Le club va lever son option pour le conserver l’année prochaine. 

Quid des gardiens ? 

Autre annonce importante : la gestion des gardiens va changer.

« Avoir deux numéros 1, ça ne marche nulle part. »

La saison prochaine, la hiérarchie sera clairement établie avec un titulaire et une doublure assumée. Il déclare qu’un gardien numéro 1 devra être recruté. Une déclaration qui interroge forcément l’avenir de Jérémy Frick.

Un Servette plus ambitieux et mieux structuré 

Au-delà des déclarations fortes, cette conférence de presse marque surtout une rupture dans la communication du club. Servette ne veut plus simplement survivre dans le haut du tableau : Ils veulent instaurer une culture de la gagne et le club veut redevenir une référence du football suisse.

Avec une ligne directrice désormais claire :

  • une structure sportive forte,
  • une politique salariale rationalisée,
  • une vraie intégration des jeunes,
  • et une ambition assumée de jouer les premiers rôles.

Reste désormais à transformer le discours en résultats. Mais une chose est sûre : à Genève, le mot “titre” n’est plus tabou.Le chantier est immense, les promesses nombreuses et les attentes encore plus grandes. Mais une chose a changé à la Praille : le Servette ne parle plus comme un outsider sympathique.